La lumière au bout de la maladie mentale

André Amyot est entouré de ses deux enfants,... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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André Amyot est entouré de ses deux enfants, Marc-Antoine et Sophia. La famille, qui apprend à vivre avec des troubles de maladie mentale, témoigne de son histoire.

Spectre Média, Julien Chamberland

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(Sherbrooke) C'est un message porteur d'espoir que souhaitent communiquer André Amyot et ses enfants, Sophia et Marc-Antoine, en acceptant de parler de leur réalité qui est celle de vivre avec la maladie mentale. Pour clore la Semaine nationale de la santé mentale, voici le témoignage d'une famille qui a traversé les «ténèbres» avant de voir la lumière.

Sophia, 18 ans, souffre d'un problème schizo-affectif, d'un trouble de déficit de l'attention et d'anorexie. Son frère Marc-Antoine, 20 ans, souffre de dépression avec psychose. Les deux ont attenté à leur vie. Elle a avalé, à quelques reprises, des surdoses de médicaments. Il s'est jeté en bas d'un viaduc.

«Quand la maladie mentale se déclare, c'est un poids presque impossible à endurer. Parce qu'on ne comprend pas ce qui se passe», raconte André Amyot.

Sophia a 14 ans en 2011 lorsque son parcours s'assombrit. Elle avait toujours eu de la difficulté avec l'autorité. Alors quand elle décide de ne plus aller à l'école, son père croit que son comportement est cohérent avec sa personnalité rebelle. «J'insistais pour qu'elle y aille. Mais peu importe les conséquences que je lui imposais, elle restait à la maison. Et éventuellement, elle s'est mise à fixer le mur», explique le père monoparental. 

La mère des enfants est américaine et elle vit dans la région de Détroit, endroit où les enfants sont nés et ont grandi jusqu'en 2010, année où M. Amyot s'installe en Estrie avec Sophia et Marc-Antoine.

«Il faut dire que quand j'ai déménagé au Québec, j'ai commencé à prendre de la drogue. Et après quelques mois, je me sentais différente, se souvient Sophia. Je croyais que j'étais poursuivie. J'entendais des voix dans ma tête à tout moment sauf lorsque je dormais. Des voix de gens que je connaissais ou pas. Je croyais que lorsque je pensais à quelqu'un, cette personne me voyait. Et comme je pensais toujours aux gens, je me suis mise à prendre ma douche avec un maillot pour être certaine qu'ils ne me voient pas nue.»

«Je croyais que tout ce que je disais et faisais était mal. J'étais inconfortable dans ma vie. C'est pour ça que je ne bougeais plus et fixais le mur», ajoute-t-elle.

C'est à ce moment que Sophia est admise en pédopsychiatrie au CHUS de Sherbrooke pour la première fois. Entre 2011 et 2014, elle a passé l'équivalent d'environ deux ans en pédopsychiatrie. Une période qui se divise en six séjours. Six séjours qui coïncident à peu près avec ses six tentatives de suicide.

Pendant ses hospitalisations, Sophia ne parle pas. Mais son père la visite et ils jouent à des jeux de société ensemble.

Sophia a aussi séjourné au centre jeunesse de Val-du-Lac, car elle avait besoin d'une surveillance continue pour ne pas qu'elle se mutile ou se fasse régurgiter après les repas.

«Comme parent, on doit aussi prendre conscience de nos limites et se faire aider. Sinon, on tombe avec nos enfants», note le père.

Lors de sa dernière hospitalisation en 2014, quelque chose a changé pour Sophia. «Mon esprit s'est ouvert. J'ai voulu être heureuse. Et j'étais prête à écouter les conseils. J'ai commencé à voir l'espoir.»

Depuis, Sophia reçoit mensuellement un antipsychotique. Elle vit dans la maison qu'elle partage avec son amoureux. Elle travaille dans la restauration depuis six mois et espère être serveuse pour le reste de sa vie. Et un jour, elle rêve d'avoir des enfants.

«De voir ma fille travailler avec le public, elle qui n'a pas parlé pendant des mois, c'est extraordinaire», lance le père bombé de fierté.

Se laisser aider

De son côté, Marc-Antoine a 17ans en 2012 lorsque ses parents commencent à s'inquiéter sérieusement à son sujet. «Il était en visite chez sa mère au Michigan quand cette dernière m'a appelé pour me dire que Marc-Antoine cherchait sur le web des moyens de s'enlever la vie», note le père qui a immédiatement sauté dans son auto pour aller le chercher et l'amener, à son tour, en pédopsychiatrie à Sherbrooke.

Marc-Antoine a aussi eu des problèmes de consommation de drogues et il a longtemps refusé l'aide qui lui était offerte. Mais depuis janvier, il ne consomme plus. Par contre, il a aussi arrêté de prendre ses médicaments et les idées dépressives refont surface alors qu'il se sèvre sans soutien professionnel. C'est lors d'une visite chez sa grand-mère à Montréal qu'il se jette en bas d'un viaduc en février. Par chance, un banc de neige l'attrape et un bon samaritain appelle le 911. Il est conduit à l'hôpital. 

«À notre arrivée, il m'a pris dans ses bras et a dit qu'il avait fait quelque chose de stupide. Je lui ai dit que je voulais qu'il vive. Qu'il avait une chance», raconte Sophia.

Marc-Antoine vit actuellement au Centre en réadaptation en dépendance de l'Estrie. «C'est la première fois qu'il accepte de l'aide», se réjouit son père.

«Quand on a le diagnostic, on comprend davantage ce qui se passe et ce qui est normal dans ces circonstances. Aussi, je veux dire que lorsqu'on le vit, c'est un calvaire et on croit qu'il sera interminable. Mais de voir Sophia aujourd'hui méconnaissable qui a une belle vie alors que des intervenantes m'ont déjà dit que c'était un des cas les plus sévères qu'elles avaient vus dans leur carrière, c'est formidable», confie M. Amyot espérant que son fils suive les traces de sa soeur et se bâtisse à son tour une vie stable et heureuse.

La famille Amyot espère aussi qu'en se dévoilant ainsi, l'espoir renaîtra au sein de familles éprouvées par la maladie mentale. Comme une bougie dans le noir.

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