Ensaf Haidar dans l'espoir du prochain baiser

Ensaf Haidar... (Spectre média, Marie-Lou Béland)

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Ensaf Haidar

Spectre média, Marie-Lou Béland

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) Dans l'attente du déblocage qui ne vient pas, il y a les conversations téléphoniques occasionnelles pour nourrir l'espoir. Ensaf Haidar a pu converser brièvement avec son mari il y a quelques jours.

« Parfois, Raïf est très positif. En d'autres occasions, le découragement le rattrape et son moral est bas. C'était le cas, cette semaine », me confie-t-elle.

Les coups de fouet ont cessé après les 50 premiers, mais la déprime reste une forme de torture pour le blogueur saoudien qui purge sa quatrième année de pénitencier.

Il peut s'encourager en calculant qu'il sera l'an prochain à la moitié de sa peine d'emprisonnement. Mais après sa libération commencera l'autre sanction : l'interdiction de quitter le territoire saoudien au cours des dix années subséquentes.

« Il ne faut pas penser à cela, ça nous mènerait en 2032. C'est trop loin, et il n'est pas question que les enfants et moi risquions d'aller lui rendre visite en Arabie saoudite. Il faut que ça débloque autrement », espère Mme Haidar.

Le seul moyen d'écourter ce calvaire est d'obtenir la clémence des autorités saoudiennes, qui se montrent plutôt insensibles aux critiques.

« J'espère que le livre rejoindra les Québécois et qu'il aura de l'impact, notamment auprès des gouvernements du Québec et d'Ottawa. Les enfants et moi avons en encore besoin de l'aide des autorités. »

Bien que son livre pose un regard critique sur son pays d'origine, l'épouse du blogueur affirme avoir eu le souci de ne pas emprunter un ton vindicatif et provocateur.

« Je ne blâme pas les dirigeants saoudiens. Je témoigne de mon vécu, j'exprime ma vision des choses. »

Ensaf Haidar avait prévenu son mari qu'elle parlerait ouvertement de son infidélité.

« Je voulais dire les choses telles qu'elles étaient. Raïf n'était pas mal intentionné, ces pratiques sont monnaie courante en Arabie saoudite. Un homme a droit d'avoir quatre épouses. Notre situation lui a cependant fait prendre conscience que les hommes avaient des privilèges que les femmes, dont la sienne, n'avaient pas », explique-t-elle.

Dilemme

Dans son témoignage littéraire, Mme Haidar revient sur le dilemme dans lequel elle a longtemps été plongée : essayer de protéger les enfants en leur cachant la vérité ou leur avouer les motifs pour lesquels leur père ne pouvait venir les rejoindre au Canada.

Ajoutés à l'isolement, ces tiraillements ont pesé lourd sur son moral.

« Peu de temps après notre arrivée dans cette contrée étrangère, j'ai failli sombrer dans la dépression. La situation de Raïf me paraissait aussi cruelle que désespérée. Mais, à l'instant où j'allais tout abandonner, il m'est apparu que j'allais tout gâcher », avoue-t-elle dans son livre.

« Maintenant ça va mieux. Comme j'ai effectué des progrès en français, je me sens plus à l'aise. Nous avons une nouvelle famille avec les gens gravitant autour de nous. Les enfants sont heureux, ça me rassure et ça m'aide à patienter jusqu'au retour de Raïf. »

Un scénario qui, à ses yeux, n'est pas qu'hypothétique.

« Les choses n'évoluent pas aussi vite que je le voudrais, les transformations sont lentes en Arabie saoudite, mais ça finira par arriver et je me battrai pour la libération de Raïf aussi longtemps qu'il le faudra. »

La planète entière verra son prochain baiser avec son mari, se jure-t-elle.

« Je serai là pour l'accueillir à l'aéroport, je me précipiterai sur lui et je l'embrasserai devant les caméras. »

Ce sera assurément la photo de couverture du prochain livre. La date de parution, par contre, reste à confirmer.

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