Le combat d'Ensaf Haidar pour Raïf Badawi

La femme de Raïf Badawi, Ensaf Haidar, et... (Spectre média, Marie-Lou Béland)

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La femme de Raïf Badawi, Ensaf Haidar, et ses enfants Doudi, Najwa et Miriyam.

Spectre média, Marie-Lou Béland

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) Ensaf Haidar est toute timide, toute menue. Elle pèse une plume.

Pour se donner plus de poids sur la balance de l'opinion publique, cette plume a trempé dans l'encre pour l'écriture du livre « Mon combat pour sauver Raïf Badawi », dans lequel l'épouse du blogueur emprisonné en Arabie saoudite se raconte et dont la version française sort cette semaine sur les tablettes des libraires au Québec.

On en retient d'abord que la liberté que Mme Haidar réclame aujourd'hui pour son mari, en souhaitant qu'il puisse venir la rejoindre, elle et leurs trois enfants vivant maintenant à Sherbrooke, ne lui a pas toujours été acquise. Y compris dans son couple, formé en 2002 et formaté par la culture saoudienne.

« Après les attaques du 11 septembre 2001, de nombreux Saoudiens avaient adopté une lecture encore plus rigoriste de l'islam. Raïf, lui aussi, avait pris ce pli... Dans certains de ses écrits, il lui était plus facile de réclamer des droits pour les autres femmes que pour moi. »

Mme Haidar a été profondément vexée en découvrant que son époux entretenait une relation avec une autre femme au centre de formation qu'il dirigeait et qui leur assurait une vie aisée. Elle s'est employée à reconquérir l'homme de sa vie.

« Notre amour s'est de nouveau embrasé. Raïf m'a ensuite promis plus de droits. Ce processus de maturation dépassait notre relation. Je le sentais », décrit-elle, reliant cet épisode plus sombre de leur relation à l'impulsion ayant poussé son mari à remettre en question l'ordre social saoudien.

Du coup de foudre au coup de tonnerre

Une évolution de la pensée également forgée par d'autres expériences douloureuses. La hargne et l'acharnement dont le père de Raïf Badawi a fait preuve en réclamant que son fils soit jeté en prison à l'âge de 13 ans pour « désobéissance parentale », puis condamné à mort pour ses écrits dissidents sont particulièrement bouleversants. La soeur du blogueur, Samar, a également été sous le joug de cet homme tyrannique qui aurait revendiqué en être le propriétaire même après que celle-ci eut atteint l'âge de la majorité!

Le coup de foudre entre les deux coeurs battants a de la même façon déclenché des coups de tonnerre dans la famille de Mme Haidar. Au fil des ans, cette dernière a été déshéritée, ses frères ont fait annuler son mariage en Arabie saoudite. Répudiée par les siens, la femme maintenant âgée de 36 ans a appris la mort de son père par hasard sur Facebook.

« Je n'ai toujours pas surmonté la douleur que ma mère m'a infligée par son silence. Comment a-t-elle pu me laisser si seule au moment où j'avais tant besoin de son soutien », déplore Ensaf Haidar qui reproche également à ses soeurs « d'avoir manqué de courage ».

Raïf Badawi a été menacé de mort, il a échappé à une attaque au couteau avant d'être jeté en prison pour ses opinions. Longtemps réticente à partir seule avec les enfants, Ensaf Haidar a fini par admettre que cela était nécessaire.

Un mécène a financé leur départ précipité, d'autres connaissances les ont accueillis en Égypte et au Liban. Un dépannage de courte durée, convenu ainsi, pour éviter que ce soutien devienne suspect aux yeux des régimes qui, à la même époque, dans l'agitation du printemps arabe, employaient la méthode forte pour mater les révolutionnaires.

Vers Sherbrooke

Lorsque les autorités saoudiennes ont fini par retracer Mme Haidar et ses enfants au Liban, ce fut le signal de partir une fois de plus en vitesse. Le Canada a été le premier pays à accepter la demande d'asile politique du quatuor.

La mère et sa couvée sont arrivées incognito à Sherbrooke. L'hôtel Wellington a été leur premier toit. C'est le dernier hôtel que des Sherbrookois recommanderaient à leurs proches, mais on était loin des préoccupations touristiques!

Une scène se passant à l'aéroport, décrite à la page 162, arrache le coeur :

« Raïf avait le droit d'embrasser ses enfants en public, mais pas sa femme... Devant les scanners, les enfants se retournèrent et firent encore un signe à leur père. Il le leur retourna et m'envoya un baiser. Je tentai de sourire, mais j'étais heureuse que mon niqab, qu'en temps ordinaire je détestais, dissimule mes larmes. »

Alors, vous aurez apprécié le niqab au moins une fois dans votre vie?

« Je ne comprends pas que ce soit écrit ainsi dans le livre. L'interdiction de s'embrasser en public est vraie, mais je ne portais pas de niqab cette journée-là. J'en portais d'ailleurs très rarement au cours de mes dernières années passées en Arabie saoudite avec Raïf », répond Ensaf Haidar en entrevue.

Y a-t-il plusieurs passages ainsi romancés dans votre livre?

« Je ne sais pas. Le livre a été écrit avec un souci de vérité, mais les traductions ont pu donner lieu à certaines interprétations. »

Outre cette mise en garde, c'est un récit captivant.

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