La vision du monde de Donald Trump

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Gilles Vandal
La Tribune

(SHERBROOKE) ANALYSE / Tout futur président américain représente dans une certaine mesure un élément inconnu en politique étrangère. Cela est particulièrement vrai avec Donald Trump. Il traite souvent de questions ayant de fortes implications géopolitiques sans émettre les nuances normalement requises. Déjà le candidat le plus imprévisible dans la présence campagne, il pourrait l'être tout autant devenu président.

l est apriori difficile de se faire une idée claire de ce que la politique étrangère américaine deviendrait sous un président Trump. Comment déceler une tendance qui va au-delà de la crudité et la vulgarité générale de certaines de ses déclarations? Que ce soit sur la construction d'un mur à la frontière mexicaine, la saisie du pétrole irakien, la torture des terroristes et l'élimination de leurs familles, la dénonciation du libre-échange, l'interdiction aux musulmans d'entrer aux États-Unis, les prises de position de Donald Trump sont à première vue extrêmes et téméraires.

Pourtant, au-delà de déclarations apparemment confuses ou contradictoires et au-delà de la grandiloquence de ses fanfaronnades, il est possible de déceler une vision claire et cohérente du monde chez Donald Trump. En fait, il propose un virage fondamental dans la politique étrangère américaine.

Un large consensus politique s'était développé après la 2e guerre mondiale sur le rôle des États-Unis entre les partis démocrate et républicain sur les responsabilités internationales des États-Unis comme garant de la paix mondiale. Or, Donald Trump remet en question ce consensus et propose même de mettre fin à l'ordre néolibéral mis en place après 1945.

Trump propose ni plus ni moins que les États-Unis cessent de diriger l'ordre mondial et qu'ils se libèrent de leurs engagements internationaux. En ce sens, il propose d'utiliser la puissance militaire américaine pour isoler le pays des menaces extérieures, mettant fin au rôle de gendarme des États-Unis dans le monde. Aussi, sa conception de la politique étrangère américaine repose sur un nationalisme isolationniste radical que l'on n'avait pas vu depuis les années 1930.

Dans la perspective de Trump, les États-Unis font rire d'eux partout dans le monde. Les Américains dépensent des centaines de milliards de dollars chaque année pour assurer la défense d'alliés aussi riches qu'eux. Il est donc temps que Washington mette fin à ses larges déficits et exige que les riches nations comme les pays européens, le Japon, Taiwan ou la Corée du Sud paient une part équitable dans la sécurité mondiale.

Sous la gouvernance de Trump, les États-Unis entreraient dans une ère de désengagement. Par exemple, il dissoudrait l'OTAN. Washington ne maintiendrait plus de larges bases militaires dans le monde, à moins que les alliés paient pour celles-ci. De plus, la marine américaine mettrait fin à sa mission principale d'assurer la protection des voies maritimes sur tous les océans du monde. Les sommes ainsi économisées seraient selon Trump mieux utilisées à moderniser des infrastructures intérieures des États-Unis.

Puissance militaire américaine

Trump désire maintenir la puissance militaire américaine. Mais il serait très réticent à l'utiliser. Plus question de se lancer dans des aventures militaires pour promouvoir la démocratie comme George W. Bush l'a fait en Irak. Trump ne voit pas d'intérêt non plus à mener des interventions humanitaires pour protéger des populations vulnérables comme Obama l'a fait en Libye. Par contre, dans la lutte contre ISIS, il se montrerait sans merci. Les États-Unis utiliseraient les mêmes armes que ces derniers.

De la même manière, Trump dénonce la politique libre-échangiste qui a été mise en place avec les accords de Bretton Woods de 1944. Si Trump est en faveur du commerce, il est contre tous les accords commerciaux de libre-échange comme l'ALENA ou le Partenariat Trans-Pacifique. Il est cependant disposé à négocier des accords commerciaux bilatéraux. Mais il n'hésitera pas à recourir au protectionnisme et à frapper de hauts tarifs les pays adoptant une attitude commerciale déloyale.

En premier lieu, une administration Trump aborderait le problème chinois. Sa stratégie viserait à conclure un accord avec la Chine concernant la prétendue dévaluation de sa monnaie et à forcer la Chine à adopter des critères environnementaux plus sévères. Ainsi, les compagnies américaines pourraient rivaliser sur un pied d'égalité avec les entreprises chinoises. En contrepartie, Washington laisserait Beijing agir à sa guise dans la mer de Chine du Sud.

Comme avec la Chine, il ne perçoit pas la Russie comme un ennemi, mais un rival et un concurrent. Il n'appréhende aucune menace russe dirigée contre les États-Unis. Il se montre même sympathique à l'égard de Vladimir Poutine dans sa détermination d'assurer la défense des intérêts nationaux russes en Europe orientale. Il voit même Poutine comme un allié dans la lutte contre ISIS.

Avec une administration Trump, la politique étrangère internationaliste mise en place avec la présidence d'Harry Truman prendrait donc fin. Trump propose de remplacer le système néolibéral américain par une forteresse américaine. Son élection marquerait donc la fin de la prépondérance américaine dans le monde. Plus encore. La situation internationale deviendra alors plus instable et plus dangereuse.

L'éventualité d'une élection présidentielle opposant Donald Trump à Hilary Clinton est de plus en plus probable. Les électeurs américains auront à choisir entre deux visions diamétralement opposées sur le rôle des États-Unis dans le monde. La lutte promet d'être serrée, car Trump tient un discours qui a résonné très positivement chez une partie importante de l'électorat américain.

Gilles Vandal

Professeur à la retraite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

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