À la rencontre des Syriens de l'école LaRocque

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La CSRS accueille en moyenne entre 200 et 250 nouveaux arrivants chaque année. Cette année, ils sont plus de 350. L'école primaire LaRocque compte actuellement quatre classes d'accueil, dont l'une composée uniquement d'élèves syriens. Ci-dessus, on aperçoit Suzan Alk Salamah, Nibal Dakhl Allah, Abmad Ali Mohamad et Khalil Al Salamah, des élèves de la classe de Luz Marina Polo Riveros.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Avec plus de 350 nouveaux élèves provenant de l'étranger cette année, la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) connaît une année record de nouveaux arrivants. Du nombre, un élève sur sept provient de la Syrie, soit une cinquantaine d'élèves. L'école primaire LaRocque, qui compte quatre classes d'accueil, nous a ouvert ses portes lundi, afin d'aller à la rencontre de ses élèves syriens.

Exceptionnellement, l'une des classes ne compte que des petits Syriens. Habituellement, lorsque les écoles constituent les classes d'accueil, elles tentent de mélanger la provenance des enfants.

« À l'école LaRocque, on a habituellement toujours deux classes d'accueil, et là cette année, vu l'ampleur des nouveaux arrivants, on a dû ouvrir une troisième classe en début d'année (...) Après la semaine de relâche, on a dû en ouvrir une quatrième, avec uniquement des élèves syriens. On aurait pu redécloisonner nos groupes, refaire de nouveaux groupes en termes de besoins d'apprentissage, sauf qu'on s'est dit que les élèves immigrants ont besoin d'un lien affectif solide. On n'allait pas répondre aux besoins des élèves en redéfaisant tous nos groupes et en refaisant quatre nouveaux. Vu la situation, les élèves ont été tous rassemblés », explique Katia Arbour, enseignante d'une classe d'accueil à l'école LaRocque.

Les élèves réunis dans la classe de Luz Marina Polo Riveros ont commencé leur parcours scolaire québécois en mars, peu après leur arrivée en sol québécois.

Rôle multiple

L'école accueille des élèves qui font partie de familles parrainées par l'Église syriaque orthodoxe ou encore de familles de réfugiés parrainées par l'État.

Katia Arbour estime que son rôle est multiple. Certes, il y a l'enseignement du français, mais il y a bien plus encore...

« Notre rôle comme enseignant est de répondre à leurs besoins affectifs pour combler leurs besoins de sécurité et après être capable d'enseigner et d'intensifier l'apprentissage de la lecture et de l'écriture. Certains enfants ont besoin de plus de temps. On va développer des interventions pour qu'ils puissent exprimer leur souffrance pour faire en sorte qu'ils soient disponibles aux apprentissages. On se retrouve avec des enfants ayant des besoins de base différents et aussi plusieurs niveaux d'enseignement différents. Je travaille avec quatre ou cinq niveaux différents. »

Shoshan Kabro est arrivée il y a environ un an. La fillette de neuf ans - presque 10! - a vite appris le français, raconte Mme Arbour. « Je suis venue ici parce qu'il y avait la guerre. Quelqu'un disait à mon père qu'il allait me voler, moi et mon frère, et mon grand frère... » raconte la Syrienne d'origine. Shoshan et sa famille ont transité par le Liban un an avant de s'établir au Canada.

Idem pour Abmad Ali Mohamad, un élève syrien de 11 ans, qui a passé environ un an et demi en sol libanais avant d'arriver ici. Le garçon a quitté la Syrie avant la guerre. « C'est un beau pays, je suis venu ici à l'école pour apprendre », lance le garçon à propos de sa terre d'accueil et dont les propos nous sont traduits par l'interprète Taoufik Zahani.

Le défi de l'apprentissage est grand pour Rama Younes : la fillette de 10 ans d'origine syrienne est malentendante, tout comme son frère. Depuis son arrivée en mars dernier à l'école LaRocque, elle a notamment appris l'alphabet français, les couleurs, les mois. Elle peut compter sur une interprète gestuelle, Sylvianne Croteau, mais le langage des signes est différent en québécois et en arabe. Quel défi cela représente-t-il pour la fillette? « On dit qu'ils apprennent deux langues en même temps : la langue des signes québécoise et le français », explique Mme Croteau.

Taoufik Zahani parle le français et l'arabe, ce... (Spectre Média, Jessica Garneau) - image 3.0

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Taoufik Zahani parle le français et l'arabe, ce qui lui permet d'être interprète au Service d'aide aux Néo-Canadiens (SANC).

Spectre Média, Jessica Garneau

Interprète à toutes les causes

Imaginez vous retrouver à l'hôpital et ne rien comprendre des consignes ou du diagnostic que l'on vous annonce. Des situations comme celles-là, Taoufik Zahani en voit. Heureusement, c'est là que l'interprète au Service d'aide aux Néo-Canadiens (SANC) entre en scène.

« J'aide comme je peux en faisant l'interprète pour les gens qui parlent arabe seulement », raconte celui qui est tombé amoureux du coin en venant à l'Université de Sherbrooke pour un projet d'étude, alors qu'il était étudiant en Tunisie.

Il a tellement aimé la région qu'il est revenu pour poursuivre ses études, une maîtrise en informatique. Il a postulé au SANC, qui compte une banque d'interprètes.

En Tunisie où il parlait arabe, il a appris le français, une langue que les élèves tunisiens apprennent au primaire, vers l'âge de neuf ans.

« C'est presque un travail sept jours sur sept. On ne chôme pas. Il y a beaucoup de nouveaux arrivants, et ce sont des cas différents. »

Taoufik Zahani travaille dans différents univers : dans le milieu scolaire, où les interprètes du SANC font visiter les écoles aux nouveaux arrivants; il travaille en collaboration avec la clinique des réfugiés, oeuvre dans le milieu hospitalier... À l'instar de ses collègues, il peut aussi prêter main-forte aux policiers si un incident survient avec une personne qui ne parle que l'arabe.

Taoufik travaille beaucoup dans le milieu hospitalier. « On est pas mal occupé avec les hôpitaux. Il y a des cas d'enfants qui ont le cancer, de la chimio, des gens avec un suivi médical, qui reçoivent leur traitement », illustre-t-il.

Le jeune homme est donc là pour leur préciser quelles sont les doses à prendre, où se trouve la pharmacie... « Tu vois des familles qui sont dans les hôpitaux, qui ne comprennent pas quel est le traitement ou qui reçoivent des médicaments et ne savent pas quelles sont les doses... » résume-t-il.

Son travail est gratifiant. « Mon téléphone sonne et je reçois des invitations de tout le monde. C'est tellement fou, ils sont tellement contents... »

Les familles qu'il côtoie ont souvent un lourd bagage derrière elles.

« J'ai travaillé avec des familles qui étaient riches, qui avaient tout... Du jour au lendemain, elles ont tout perdu! Malgré cela, les gens sont tellement reconnaissants envers le gouvernement qui leur a permis d'avoir une deuxième chance, d'inscrire leurs enfants à l'école... Généralement, ce sont les enfants qui ont poussé les parents à faire ce parcours migratoire. »

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