Pierre-Hugues Boisvenu se souvient de Martin Gray

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(SHERBROOKE) « C'était un modèle d'homme, un géant qui avait les pieds bien ancrés sur terre et la tête qui baignait dans une grande spiritualité. C'était un être d'exception », dit Pierre-Hugues Boisvenu à propos de l'écrivain de renom Martin Gray, décédé dans la nuit de dimanche à lundi, à l'âge de 93 ans.

Le sénateur sherbrookois a rencontré l'auteur du succès Au nom de tous les miens en France, en 2007, avant de publier son livre, préfacé par Gray.

« J'ai eu la chance de passer un week-end chez lui, dans ses appartements d'été, à Cannes. Une vraie rencontre, qui m'a marqué. J'ai découvert un grand, dans tous les sens du terme, parce que non seulement c'était un grand homme, mais c'était aussi un grand gaillard, qui faisait une heure ou deux de natation quotidiennement. J'ai beaucoup appris à son contact. En peu de mots, il savait dire des choses très puissantes. Avec lui, c'était impossible de verser dans la superficialité, c'était impossible de se cacher et d'être quelqu'un d'autre que soi. Il avait connu de si grandes pertes! Ses proches avaient tous péri dans les camps nazis. Plus tard (en 1970), sa femme et ses quatre enfants étaient décédés dans un incendie. Vivre ce genre de choses, ça change tout le rapport à la vie. Il avait cette profondeur unique qui m'a beaucoup nourri. Tout ça a aussi influencé la façon dont j'ai mené mes conférences, ensuite. »

D'origine juive polonaise, né le 27 avril 1922, Martin Gray était un survivant du ghetto de Varsovie et du camp de Treblinka. Militant engagé pour la paix et l'environnement, il était l'auteur de plusieurs ouvrages. Son plus connu reste néanmoins Au nom de tous les miens, oeuvre autobiographique lancée en 1971 dans laquelle il racontait une partie de sa vie, marquée par la perte dramatique de toute sa famille, à deux reprises.

Pierre-Hugues Boisvenu, qui s'était lancé dans la rédaction d'un livre après la perte tragique de ses deux filles (Julie, assassinée, et Isabelle, dans un accident de voiture), souhaitait que Martin Gray signe la préface de son ouvrage. Il le suivait de loin, de salon du livre en salon du livre. Un certain dimanche matin, son portable a sonné. Entre deux bouchées d'oeuf tourné, il a pris l'appel. C'était Martin Gray. En chair et en voix.

« Les deux bras me sont tombés! C'est la responsable du Salon du livre de Québec qui lui avait laissé mes coordonnées. On a jasé assez longtemps du livre que j'étais en train d'écrire. Il connaissait déjà mon histoire. Il m'a demandé de lui envoyer les chapitres au fur et à mesure que je les rédigeais, pour préparer son avant-propos. »

Une rencontre marquante

Les deux hommes se sont reconnus à travers les dures épreuves qu'ils avaient traversées. Quelques mois plus tard, le Sherbrookois traversait l'Atlantique pour aller rencontrer le célèbre survivant des camps de concentration.

« Je suis revenu avec un surplus de poids dans mes valises : il m'a donné cinq ou six de ses livres publiés en Europe seulement, et j'avais déjà avec moi une bonne douzaine d'exemplaires d'Au nom de tous les miens, que des amis voulaient faire autographier. Il a pris le temps de dédicacer chacun de façon très personnelle. »

C'est de façon très personnelle, encore, que le romancier franco-américain a plus tard écrit la préface du livre Survivre à l'innommable et reprendre le contrôle de sa vie.

« Il m'a fait un beau cadeau, j'ai été touché de la proximité qu'il est arrivé à créer dans sa préface. Sans s'éloigner du livre, il a écrit un mot vraiment sensible, il a su plonger au coeur de l'être humain que j'étais de façon très personnelle et tellement juste. Après ça, on est toujours resté en contact, on se donnait des nouvelles de temps en temps », dit M. Boisvenu.

Celui-ci confie avoir été particulièrement touché par Le livre de la vie, de Martin Gray : « Je l'ai lu après l'assassinat de Julie. Je pense qu'il n'y a pas une page où je n'avais pas pris de notes. » C'est néanmoins le titre de l'oeuvre phare de l'écrivain qui s'est imprimé dans sa mémoire et qui guide ses actions.

« Au nom de tous les miens, ça me reste toujours dans la tête. C'est pour les siens et en mémoire d'eux que Martin Gray est resté debout. De mon côté, c'est pour mes filles et en leur nom que je me bats pour les droits des victimes d'actes criminels et leurs familles. Au Sénat ou ailleurs, ça va toujours rester un moteur pour moi. »

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