Femmes trans dans l'angle mort du féminisme

« Les problèmes systémiques rencontrés par les personnes trans... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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« Les problèmes systémiques rencontrés par les personnes trans sont multiples, et ce, dans toutes les sphères de leur vie, que ce soit sur le plan de l'accès aux services de santé et de services sociaux, du logement, de l'école, des milieux de travail, du simple fait de prendre un avion... La liste est longue», mentionne Dominique Dubuc du Cégep de Sherbrooke.

Spectre Média, Frédéric Côté

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(Sherbrooke) « Les féministes doivent faire une réflexion en accéléré au sujet des femmes trans. Pourquoi en accéléré? Les femmes trans viennent-elles d'apparaître dans nos sociétés? Non, évidemment. Mais elles font trop souvent partie d'un angle mort de nos réflexions féministes récentes. »

L'inclusion et la solidarité doivent être des valeurs fondamentales de tout mouvement féministe. La militante Dominique Dubuc en est convaincue et c'est pour cette raison qu'elle prend régulièrement la parole pour défendre le droit des personnes des minorités sexuelles, plus spécifiquement, dans ce cas-ci, pour défendre les femmes trans.

« Une femme trans est donc une femme pour qui le médecin avait coché M, pour sexe masculin, à sa naissance. Mais ultimement, une femme trans, c'est tout simplement une femme », résume la professeure de biologie au Cégep de Sherbrooke soulignant l'importance de respecter l'auto-identification affirmée par chacune des personnes.

« Soyons clairs, il est donc parfaitement possible qu'une femme ait un pénis », ajoute Mme Dubuc qui siège à la Table nationale de lutte contre l'homophobie et de transphobie des réseaux de l'éducation.

La militante, qui n'est pas elle-même une femme trans, est également membre du comité exécutif d'ILGA (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans, and Intersex Association) North America, une instance consultative à l'ONU.

Avant d'aller plus loin, Mme Dubuc tient à faire un petit survol du vocabulaire de base. « Statistiquement, la plupart des personnes se considèrent cisgenres, c'est-à-dire qu'elles sont à l'aise avec la mention de sexe que le médecin a cochée à leur naissance. Tandis que d'autres ne sont pas à l'aise avec ce sexe qui leur a été assigné; ce sont donc des personnes trans », relate-t-elle ajoutant que la problématique n'est pas d'être trans, mais bien la transphobie.

Dans le combat contre cette transphobie, plusieurs batailles sont encore à faire.

« Il faut d'abord détruire le mythe selon lequel le parcours d'une femme trans passe nécessairement par une série de traitements médicaux permettant la transition de l'état « homme » à l'état « femme ». Ce peut être le cas. Mais pour plusieurs personnes, c'est plutôt un constat : « Je suis une femme ». Ceci implique que cette personne ne devient pas une femme, elle est une femme; c'est une importante nuance. À partir de ce constat, de cette auto-identification, c'est à la personne de décider si elle aspire ou non à une démarche médicale. Car une femme trans peut être bien dans le corps avec lequel elle est née », explique Mme Dubuc.

Cependant, la militante rappelle que cet aspect de la génitalité est du domaine privé et ne concerne que la personne en question. « Lorsqu'une personne exprime son genre, elle ne baisse pas ses culottes pour le faire », souligne-t-elle, précisant que le rapporteur spécial de l'ONU a qualifié de torture l'obligation d'interventions médicales pour avoir accès à un changement de mention de sexe, d'autant plus que ces traitements impliquaient nécessairement la stérilisation.

« Les problèmes systémiques rencontrés par les personnes trans sont multiples, et ce, dans toutes les sphères de leur vie, que ce soit sur le plan de l'accès aux services de santé et de services sociaux, du logement, de l'école, des milieux de travail, du simple fait de prendre un avion... La liste est longue. Il s'agit donc d'une population hautement vulnérable dont l'existence est trop souvent occultée. Soyons clairs, leur vulnérabilité ne vient pas du fait de leur identité sexuelle, évidemment, mais du fait de la transphobie. »

« Nos valeurs fondamentales féministes de solidarité et d'inclusion devraient dès lors nous claironner des alarmes », insiste Mme Dubuc.

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