Personnes trans : encore beaucoup de chemin à faire

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« Quand tu es dans un autre endroit que chez toi, il faut que tu te sentes protégé, car tu es à risque d'intimidation. Ça garantit au jeune qu'il a les mêmes droits que tout le monde », commente Stéphanie Roy, intervenante en prévention, éducation et promotion de la santé chez Iris Estrie.

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(Sherbrooke) On en entendait très peu parler, mais les choses sont en train de changer. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, le sort des personnes transgenres - ces personnes qui ne s'identifient pas au sexe qu'elles avaient à la naissance - occupent de plus en plus d'espace. La Tribune s'est intéressée à leur histoire, aux obstacles qu'elles rencontrent, mais aussi aux mesures mises en place dans le milieu de l'éducation afin de les soutenir.

Si les mesures se multiplient dans les établissements d'enseignement supérieur afin de soutenir les jeunes transgenres, le sujet semble encore peu abordé du côté des commissions scolaires. Certains déplorent également le manque de sensibilisation dans le domaine de la santé.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a récemment adopté des lignes directrices relatives aux élèves transgenres.

Parmi elles, la présence d'espaces qui donnent le choix aux élèves d'utiliser les salles de bain et les vestiaires conformes à leur identité de genre, par exemple.

« Quand tu es dans un autre endroit que chez toi, il faut que tu te sentes protégé, car tu es à risque d'intimidation. Ça garantit au jeune qu'il a les mêmes droits que tout le monde », commente Stéphanie Roy, intervenante en prévention, éducation et promotion de la santé chez Iris Estrie, dont au sein du projet Caméléon. Ce projet s'adresse notamment aux personnes transgenres, travesties et transsexuelles. « Je reçois des gens en état de crise, et aussi des parents en état de crise. La mère vient de perdre sa fille ou son garçon. Ils sont en deuil», illustre-t-elle face aux situations rencontrées.

La Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) a précisé ne pas avoir pris de mesure en ce sens et « n'envisage pas d'en prendre non plus ». « Nous ne vivons pas ce genre de situation », indique-t-on à la CSRS.

À la Commission scolaire des Sommets (CSS), on mentionne qu'aucun élève ne s'est affirmé transgenre ou n'a demandé du soutien, du moins à la connaissance de l'organisation. La CSS souligne qu'elle tient des activités de sensibilisation avec le GRIS-Estrie (un organisme qui veut favoriser une meilleure connaissance des réalités des personnes de minorités sexuelles) dans ses écoles et qu'elle peut compter sur la collaboration de cet organisme au besoin. « Ce qui est fait vise davantage l'ouverture à la différence et le respect des autres «, indique-t-on à la Commission scolaire des Hauts-Cantons (CSHC).

Histoires d'horreur

Dans un colloque à Montréal, Stéphanie Roy raconte avoir entendu des histoires d'horreur de jeunes qui ont dû changer d'école à de nombreuses reprises. Elle se rappelle aussi avoir accompagné, il y a quelques années, un élève d'une école de la CSRS qui avait avoué publiquement que son genre ne correspondait pas à sa réelle identité. « Ça avait très bien été. Tout le monde était ouvert. »

Il semble que la sensibilisation doit être accrue dans le milieu de la santé, de même que la formation.

Un jour où il consultait dans une clinique, Gabriel (cet étudiant dont nous parlions samedi et dont nous avons changé le nom pour préserver son identité) a demandé à la secrétaire de l'appeler par son prénom masculin... et non par le nom féminin qui figurait sur sa carte d'identité, qui correspondait à son genre d'origine. La secrétaire en a fait fi complètement.

Ce n'est pas le seul exemple. Pourquoi du personnel médical s'entête-t-il à lui poser des questions comme s'il était encore une femme? Gabriel n'est pas le seul à soulever le malaise que suscite le manque d'attention de certains intervenants du monde de la santé. Des histoires comme celle-là ont été rapportées à plus d'une reprise à Stéphanie Roy. « Dans les soins de santé, c'est difficile, étant donné qu'on ne connaît pas ça, c'est moins ouvert à ça », estime-t-elle, en indiquant que certains médecins manquent de tact envers les personnes transgenres.

Elle soutient que certains milieux refusent de traiter les individus transgenres, « soi-disant parce qu'ils sont anormaux ». Elle disait cependant ne pas avoir de connaissance de plainte particulière ou de cas particulier en Estrie. À ses yeux, le besoin de formation est grand, notamment chez les psychologues ou les travailleurs sociaux qui côtoient ces personnes.

1500 fois plus risqué de se faire tuer

Selon Aide aux trans du Québec, 8,3 pour cent des femmes trans aux États-Unis courent le risque de se faire tuer alors que le taux normal est de 0,005 %. C'est 1500 fois plus élevé.

« Les femmes trans à travers le monde, particulièrement les femmes trans racisées, sont actuellement victimes d'une terrible épidémie de meurtres », souligne Dominique Dubuc, professeure de biologie au Cégep de Sherbrooke et membre de la Table nationale de lutte contre l'homophobie et de transphobie des réseaux de l'éducation.

Bruce Springsteen et le Cirque du Soleil annulaient récemment des concerts prévus en Caroline du Nord pour dénoncer une loi récemment promulguée dans cet État et jugée discriminatoire envers les personnes transgenres. Cette nouvelle loi impose l'utilisation des toilettes publiques correspondant à l'identité sexuelle à la naissance.

Il reste des combats au pays. « Au Canada, il n'y a pas de crimes haineux en lien avec le fait d'être trans alors que ça existe pour l'homosexualité, le racisme et la religion. En fait l'identité de genre ne se trouve ni dans la Charte des droits et libertés canadienne ni dans la charte québécoise », note Mme Dubuc.

Selon Aide aux trans du Québec, 1 pour cent de la population ressent un inconfort de quelques ordres vis-à-vis leur genre. Généralement, une personne sur 4000 aura recours à un traitement médical face à cet inconfort de genre et une personne sur 6000 effectuera une transition pour vivre complètement dans le genre de son choix.

Difficile de savoir combien de personnes transgenres fréquentent le Cégep de Sherbrooke, mais la professeure en connaît une dizaine. « C'est juste autour de moi. Et il y a tous ceux qui sont dans le placard », glisse-t-elle.

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