Enzèbreur de première

Alexandre Jardin était de passage pour la troisième... (Spectre Média, René Marquis)

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Alexandre Jardin était de passage pour la troisième édition du très couru congrès De mots et de craie, qui rassemblait quelque 600 enseignants jeudi et vendredi, à Sherbrooke. En conférence, il a notamment parlé du programme Lire et faire lire (www.lireetfairelire.qc.ca), né en France et implanté aussi au Québec.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Alexandre Jardin voit le monde en bleu, blanc, zèbre. L'écrivain d'abord célèbre pour ses romans d'amour se fait aussi connaître, maintenant, pour son implication citoyenne. Le mouvement politique qu'il a lancé (bien nommé Bleu, blanc, zèbre, évidemment) est fédérateur. Et il prend du coffre en France.

«On prépare des politiques régionales pour négocier des budgets, pour faire beaucoup plus, à plus grande échelle. Ça devient énorme, c'est jouissif. On veut créer une primaire des Français pour l'automne 2017, en même temps que les primaires des partis. Ça va être fa-bu-leux!», raconte le père de Fanfan, Bille en tête, Le zèbre et tant d'autres romans qui ont fait époque.

De passage à Sherbrooke pour la troisième édition du très couru congrès De mots et de craie, le populaire auteur français a un peu (beaucoup) de décalage horaire dans le corps. Il vient d'enfiler entrevues plurielles et conférences. Il converse pourtant sans lassitude.

Rien n'entame son éloquence et son enthousiasme. On l'écoute parler du fait social, de l'agir maintenant, du réel pouvoir de la base et on comprend tout de suite pourquoi ils sont tant à se ranger derrière la locomotive qu'il mène à fond de train.

L'idée qu'il prône est d'une franche simplicité, mais elle fait son grand bonhomme de chemin auprès de ceux qu'il appelle les Faizeux. Avec un grand F, oui, et au sens très noble du terme.

«En France, l'efficacité des politiques publiques n'est pas là, elles n'arrivent pas à réparer les fractures dans le système, les délais sont fous. Tout ça aboutit à une fuite dans les extrêmes. Les gens font la grève du vote ou bien ils filent vers le Front national. Si on reste consommateur face à la vie publique, on râle perpétuellement. Plutôt que de nourrir une culture de la plainte, il faut faire ce qu'on peut pour changer les choses, se tourner vers les gens qui savent faire et fabriquer ensemble des pays d'adultes, des pays vivants.»

Des nations où les gens agissent pour pétrir ce monde meilleur dont ils rêvent.

«Si on ne reconnaît pas le pouvoir de l'individu, on fait des sociétés tristes.»

Et la tristesse, très peu pour lui. Il le dit et le répète, en entrevue comme dans son récent essai Laissez-nous faire! On a déjà commencé : dans l'agir, il y a de la joie.

Reste que, aussi joyeuse qu'elle soit, la mobilisation commande du temps. Beaucoup de temps. On devine que sa vie quotidienne écope.

«Je suis constamment sur la route. Le coût personnel de tout ça est très élevé... C'est exigeant, mais euphorisant. Imaginez, on réunit des Faizeux et on discute de leurs meilleures actions pour voir si ça peut faire école.»

Et ici?

Plusieurs trucs sont importables, ici comme ailleurs. Le programme Lire et faire lire, par exemple, né en France dans les années 1990, implanté au Québec en 2002, et dont il a abondamment parlé aux enseignants présents au congrès.

«Pour moi, ce fut le socle, l'action initiale.»

La première assise de ce que peut la force du nombre.

«C'est simple : des aînés vont faire la lecture à des élèves de maternelle et de première année. Juste ça, ça donne le goût de la lecture aux enfants. C'est extraordinaire, on les vaccine contre l'échec scolaire! Maintenant, en France, le programme rallie 20000 bénévoles et profite à 650000 enfants. Au Québec, c'est 1500 aînés qui font la lecture à 10000 enfants.»

Pour contrer le décrochage scolaire, il faut miser sur la culture de l'écrit, martèle l'auteur.

«C'est la clé de l'emploi futur, désormais. Un enfant qui n'éprouve pas de plaisir devant le livre, est en grand danger. L'employabilité nécessite la maîtrise du langage écrit. Et on n'a pas parlé, encore, de tout ce qu'apporte la lecture.»

L'empathie, la connaissance, l'imaginaire. Tout ça.

«Et le vocabulaire! Un enfant qui lit dispose d'un éventail de mots pour dire l'émotion, il sera moins enclin à frapper.»

Le romancier enjoint les Québécois à faire fleurir le programme ici aussi. En impliquant l'Université du troisième âge, par exemple.

«Vous le voulez dans votre école? Faites-nous signe. En deux mois, ce sera lancé.»

Jasons lancement, justement. Pourrait-il se pousser dans l'arène politique et briguer le vote?

«Absolument. Ce n'est pas une finalité pour nous, mais s'il faut y aller, j'irai. Et la beauté de l'affaire, c'est que peu importe qu'on soit élu ou pas, nous, on va réaliser nos promesses.»

Parce que ce sont des Faizeux. Et lui, un enzèbreur de première.

Un livre avec ça?

L'idée est étonnante, presque incongrue. Mais quand on y pense, elle est surtout formidable. Dans les McDonald's de France, à l'achat d'un repas pour enfant, vous pouvez avoir le petit jouet en plastique comme partout ailleurs. Ou bien vous pouvez choisir un livre illustré signé Alexandre Jardin. J'irais, sans hésiter, pour la deuxième option. Je ne suis pas la seule. «Jusqu'ici, 12 millions de livres ont été distribués», révèle l'auteur, qui a signé 18 histoires pour la jeunesse. En 14 mois. Avec la petite révolution qu'il prépare, on se demande bien comment il a fait.

«Si j'arrête d'écrire, je meurs.»

Alors il trouve le temps. Il grappille les heures et les minutes où il le peut. Le vol transatlantique de quelques heures? Parfait moment pour écrire, illustre-t-il.

Il est d'ailleurs en train de tresser un nouveau roman d'amour. Pour quand, on ne sait pas. «Mais j'ai intérêt à le finir vite parce que la révolution civique s'en vient en France!», lance-t-il en riant.

«J'ai deux mains, poursuit-il, une de romancier, l'autre de citoyen. En même temps, toute cette implication sociale, ça correspond à l'idée que je me fais de la vie, c'est normal de sortir de sa profession pour se soucier des autres. Pour revenir à l'essence de la politique qui est de prendre soin du groupe, d'agir dans l'intérêt général. Il faut devenir des acteurs. Et puis ça rend heureux! Cette manière d'envisager l'action publique est fondamentalement créative. J'ai l'impression d'embarquer dans une grande aventure.»

Et d'écrire un peu l'avenir, aussi.

Alexandre Jardin : « Ces mezzanines, c'est typique... (Archives, La Tribune) - image 3.0

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Alexandre Jardin : « Ces mezzanines, c'est typique des belles idées qui naissent dans la pratique. Qui aurait pensé à ça, sinon? Yves Nadon était sur place, il a créé cet outil, il en savait la portée. Qui, dans un bureau, loin du terrain, aurait pu penser à ça? »

Archives, La Tribune

Un Jardin à propos des mezzanines

Alexandre Jardin est un homme de mots, d'idées et de terrain. Il insiste : il n'y a rien comme les solutions concrètes qui émanent du milieu.

«Tenez, les mezzanines (de l'école Notre-Dame-du-Rosaire). Parlons-en!»

Parlons-en, oui. Rappelons qu'il en a été beaucoup question, la semaine dernière, lorsque la Commission scolaire a ordonné de les détruire parce qu'elles n'étaient pas conformes aux normes de la Régie du bâtiment.

«Ces mezzanines, c'est typique des belles idées qui naissent dans la pratique. Qui aurait pensé à ça, sinon? Yves Nadon était sur place, il a créé cet outil, il en savait la portée. Qui, dans un bureau, loin du terrain, aurait pu penser à ça? Ce sont les professionnels qui connaissent leur affaire. Pas les bureaucrates. Ça me rappelle cette phrase de Churchill : " Ce sont des professionnels qui ont construit le Titanic, des amateurs qui ont construit l'arche de Noé. " J'adore cet énoncé!»

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