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<p>Pierre-Yvon Bégin</p>
Pierre-Yvon Bégin

Collaborateur aux pages Opinions de La Tribune.

La Tribune

ÉDITORIAL / En 1993, Robert Latimer mettait fin à la vie de sa fille Tracy, lourdement handicapée. Âgée de 12 ans, celle-ci ne pouvait ni parler, ni marcher, ni s'alimenter seule. Robert Latimer a passé sept ans derrière les barreaux pour avoir agi avec « compassion » s'est-il défendu. En vertu du projet de loi déposé jeudi par Ottawa afin d'encadrer l'aide médicale à mourir, Tracy Latimer ne pourrait toujours pas demander qu'on abrège ses souffrances. Souffre et tais-toi!

Rappelons que le projet de loi C-14 fait suite à l'arrêt Carter de la Cour suprême du Canada obligeant le gouvernement à modifier le Code criminel. L'administration Harper s'est volontairement traîné les pieds durant un an, de sorte que la nouvelle loi devra maintenant être adoptée à toute vapeur avant le 6 juin. C'est bien peu pour débattre d'un sujet aussi délicat, encore un tabou dans nos sociétés dites évoluées.

Sans surprise, le projet de loi fédéral s'inspire de la loi québécoise sur l'aide médicale à mourir. Le Québec a fait preuve de maturité et d'audace en se penchant sur cette délicate question. On y a mis le temps et toute la réflexion nécessaires. Plus que tout, la loi québécoise a été précédée d'une vaste consultation dans toutes les régions du Québec. Un solide consensus en a émergé. Au terme de cet effort gigantesque, 22 députés à l'Assemblée nationale ont tout de même voté contre le projet de loi.

Voici donc que le plus haut tribunal au pays ordonne à l'État canadien d'assouplir son cadre juridique. Le délai imposé n'a malheureusement pas laissé place au débat populaire, ce qui laisse présager de fortes résistances.

Le projet de loi fédéral établit le principe d'une « mort naturelle devenue raisonnablement prévisible » sans pour autant s'appuyer sur un pronostic quant à l'espérance de vie. En raison de ses pouvoirs limités en matière criminelle, Québec a plutôt déterminé que pour être admissible, une personne devra être « atteinte d'une maladie grave et incurable ». De plus, le demandeur doit être « en fin de vie » et présenter un « déclin avancé et irréversible de ses capacités ».

Le projet de loi fédéral va aussi un peu plus loin, permettant au patient de s'administrer lui-même ou à l'aide d'un tiers le poison mortel. Ouvre-t-on ainsi la porte au suicide assisté, s'interroge le Regroupement provincial des comités des usagers? De plus, les infirmiers spécialisés et pas seulement les médecins pourront fournir l'aide médical à mourir.

Il faut donc voir ce projet de loi comme un premier pas dans un domaine fort émotif et susceptible de heurter bien des convictions. Un comité mixte spécial recommandait d'aller beaucoup plus loin, en autorisant les demandes anticipées, celles de mineurs ou pour troubles mentaux. Ottawa a sagement joué de prudence.

Au Québec, quelques personnes se sont déjà prévalues de l'aide médicale à mourir. Dans La Presse+ de dimanche, le Dr Pierre Viens, un médecin aux soins palliatifs, raconte sa première expérience, qui ne sera pas la dernière. Au terme d'une carrière de 55 ans, il convient qu'il ne sera jamais plus comme avant, souhaitant que ses collègues médecins trouvent aussi le courage de dire « oui ».  

« L'aide médicale à mourir est un vrai soin. Le dernier, le plus beau... », écrit-il.

Il aurait aussi pu rappeler à Québec que son austérité aveugle ne le prive pas de son obligation de fournir des soins palliatifs partout en région.

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