Newport s'efforce de garder espoir

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Impossible pour les automobilistes et les passants de rater le trou béant et les vieilles fondations qu'on retrouve en bordure de la rue Main, en plein coeur de Newport, au Vermont. Un véritable oeil au beurre noir! Le site devait accueillir un hôtel et des commerces, tel que l'avait annoncé Bill Stenger.

La Tribune, Jean-François Gagnon

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(NEWPORT) Impossible pour les automobilistes et les passants de rater le trou béant et les vieilles fondations qu'on retrouve en bordure de la rue Main, en plein coeur de Newport, au Vermont. Un véritable oeil au beurre noir! Propriétaire d'un restaurant situé à deux pas, Jessica Kennison s'efforce toutefois de garder le moral même si le projet qui devait remplir le trou paraît déjà être de l'histoire ancienne.

«Il ne faut pas trop se concentrer sur le côté négatif, lance-t-elle avec une apparente conviction. On devrait réfléchir aux solutions pour s'en sortir. Ce n'est pas le temps de lancer la serviette.»

Assise à une table du restaurant de Jessica Kennison, une cliente, Karen Ward, tente aussi de se convaincre que tout n'est pas perdu. «Ça prendra peut-être du temps, mais on vivra une relance. On a une ville superbe sur le bord d'un lac magnifique. En plus, la vie ne coûte pas cher ici. Ce n'est qu'une question de temps avant que ça redémarre.»

À Newport, les révélations faites concernant la fraude qu'auraient commise Bill Stenger et Ariel Quiros, à la tête des stations de ski Jay Peak et Q Burke, ont eu l'effet d'une bombe. Mais les habitants du secteur n'ont pas l'intention de baisser les bras.

Ces dernières années, les stations Jay Peak et Q Burke ont fait l'objet d'investissements majeurs grâce à MM Stenger et Quiros. Les deux hommes auraient toutefois utilisé l'argent d'investisseurs étrangers à d'autres fins que celles prévues à l'aide d'un système de type Ponzi. M. Quiros aurait même effectué l'achat d'un luxueux appartement et payé ses impôts avec l'argent détourné.

Maire de Newport, Paul Monette juge que la fraude suspectée, qui atteindrait 200 millions $, est «très triste» autant pour sa communauté que pour l'État du Vermont. «J'ai été dévasté en apprenant la nouvelle. On avait tellement d'espoir», reconnaît-il.

Il insiste cependant sur le travail qu'il a amorcé, en compagnie d'autres intervenants du milieu, pour atténuer les impacts de la fraude alléguée. «J'ai parlé avec le gouverneur et on est en mode solution. Le gouverneur aimerait nous aider à attirer un nouveau projet pour remplir le trou au centre-ville. La situation est moins dramatique qu'on le pense», explique M. Monette.

Un trou énorme

À l'endroit où on retrouve le fameux trou, on attendait la construction d'un hôtel ainsi que de commerces, et ce, conformément à ce qu'avait dévoilé Bill Stenger il y a quelques années.

Le projet de Stenger dans le domaine des biotechnologies paraît sérieusement compromis également. Il devait permettre la création de centaines d'emplois dans une communauté, celle de Newport, qui vit des difficultés économiques indéniables.

Si ces deux projets d'envergure semblent être soudainement tombés à l'eau, tout laisse croire que les investissements prévus à l'aéroport du secteur de Newport se matérialiseront. Près de 15 millions $ ont été investis récemment et des travaux additionnels se dérouleront bientôt sur place.

Le bénéfice du doute

Parmi les gens rencontrés à Newport, la majorité était loin d'être convaincue que Bill Stenger, un homme à la réputation enviable au Vermont, a commis une fraude. On avait par contre moins d'indulgence à l'égard d'Ariel Quiros, qui serait un résidant de la Floride.

Affirmant bien connaître Bill Stenger, l'avocat Duncan Kilmartin soutient que cet homme d'affaires n'est potentiellement qu'une victime. «Je doute de sa culpabilité. Je sais que, parfois, la justice essaie de mettre de la pression sur des gens en les impliquant dans une affaire dont ils ont seulement été spectateurs. C'est possible que ce soit le cas ici», déclare-t-il.

«Je crois que Stenger avait sûrement de bonnes intentions au départ, mentionne pour sa part Karen Ward. D'ailleurs, ce ne sont que des allégations, pour le moment. J'espère que tout ça est faux, à tout le moins en partie.»

«On a peu d'informations pour l'instant, mais les allégations qui concernent Quiros sont vraiment navrantes, juge Kurt Polhemus, un autre citoyen du secteur. Il y a un manque de surveillance, selon moi. Comment Quiros a-t-il fait pour détourner autant d'argent pour ses besoins personnels?»

« Un modèle qui tient la route »

Le directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est, Alain Larouche, croit peu probable que la station de ski Jay Peak fermera ses portes au terme des procédures entreprises à l'encontre de ses dirigeants, Bill Stenger et Ariel Quiros.

«C'est le bateau amiral pour le nord de l'État du Vermont, cette station-là, affirme M. Larouche. Ce qui a été réalisé sur place est vraiment intéressant. Le modèle développé par Jay Peak peut tenir la route et je ne pense pas que les gens du Vermont ont le goût de l'abandonner.»

Cela dit, le directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est laisse entendre que Jay Peak pourrait devenir moins agressif sur le marché québécois - à Montréal et en Estrie notamment - durant les prochains mois ou années.

«Peut-être qu'il y aura un ralentissement en ce qui a trait aux efforts consacrés à attirer la clientèle québécoise. Ça donnera une petite pause à nos centres de ski en région et personne ne s'en plaindra», soutient M. Larouche.

En contrepartie, Alain Larouche considère que la fraude alléguée de 200 millions $ n'a rien pour aider l'industrie touristique. «Ce n'est pas bon pour inciter les investisseurs ou les gouvernements à participer au développement de cette industrie.»

Le grand patron de Tourisme Cantons-de-l'Est semble par ailleurs avoir été surpris par l'implication suspectée de Bill Stenger dans la fraude alléguée. «J'ai déjà travaillé avec lui. À force de brasser des millions de dollars, c'est possible qu'il ait dérapé», suggère-t-il.

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