Les questions d'humanité de Michel Odent

Le réputé Dr Michel Odent, auteur du livre... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Le réputé Dr Michel Odent, auteur du livre Votre bébé est le plus beau des mammifères, est de passage à Sherbrooke pour une conférence ouverte au grand public, ce soir, sur le thème de la naissance.

Spectre Média, Frédéric Côté

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Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Michel Odent pose des questions. Depuis des décennies. Et parfois bien avant tout le monde. Son livre Votre bébé est le plus beau des mammifères a été publié en 1990. Mais ce n'est que récemment, 25 ans plus tard, que la réédition de son volume s'est hissée parmi les meilleurs vendeurs d'Amazon.fr, révèle le renommé chirurgien français, de passage à Sherbrooke pour une conférence.

Sa venue est, en soi, un petit évènement, lui qui va en Ukraine, au Japon, en Europe. Partout.

«Plus que nos différences, ce sont nos points communs qui me fascinent», dit celui qui a été l'un des premiers à insister sur la nécessité de protéger les conditions nécessaires à l'accouchement plutôt que de le prendre en charge.

J'évoque le fait qu'il a contribué à l'humanisation des naissances. Il corrige gentiment. Parle plutôt de «déshumanisation». Dans cette perspective où, pour créer un contexte favorable à la naissance, il faut mettre le néocortex cérébral en veilleuse, se défaire des croyances héritées de ceux qui nous ont précédés. En simple : il faut renouer avec le mammifère en soi. Pour accueillir le nouveau-né avec une plus grande humanité.

«Mon principal intérêt, depuis toujours, c'est la nature humaine.»

L'humain avant tout

C'est d'ailleurs pour étudier l'humain qu'il choisit d'embrasser la médecine, à l'université. Après une spécialisation en chirurgie, le Dr Odent apprend les techniques modernes de césarienne. Lorsqu'il arrive à l'hôpital de Pithiviers, en 1962, il se retrouve naturellement aux commandes de la maternité, qui roule avec deux sages-femmes, sans chirurgien. C'est là qu'un déclic s'opère, là qu'il s'intéresse à ce qui survient au tout début de la vie humaine, à ce que ces premiers moments impriment.

«Ma mère, institutrice en maternelle, était familière avec les idées de Maria Montessori, qui avait compris que plus l'expérience est précoce, plus elle s'inscrit fortement.»

Il repense sa vision de l'accouchement. Ses méthodes d'avant-garde produisent leur effet. Les gens viennent de partout et la moyenne annuelle des naissances à Pithiviers passe de 200 à 1000. Il fonde ensuite le Primal Health Research Centre, qui étudie la portée de ce qui est vécu durant la période primale (de la conception jusqu'à la première bougie soufflée). Il publie également une quinzaine d'ouvrages, traduits dans plusieurs langues. Son plus récent, L'humanité survivra-t-elle à la médecine?, pose une grande question, pour laquelle il n'a pas de réponse.

«Je ne soulève toujours que des interrogations. On est au bord de l'abîme, à un point où la domination de la nature par l'homme atteint ses limites. C'est vrai pour l'agriculture, pour le climat, pour l'histoire de la vie humaine. On bouscule les lois de la sélection naturelle, on bouscule l'équilibre physiologique de la naissance. L'épigénétique nous le révèle : lorsqu'une fonction physiologique n'est pas utilisée, elle s'affaiblit. Or, la sécrétion naturelle d'ocytocine est de moins en moins sollicitée, tant l'ocytocine de synthèse est répandue.»

Son utilisation perturbe le cocktail hormonal qui se met en place lors de la naissance. Cocktail nécessaire, précise l'obstétricien et penseur.

«C'est sérieux. L'ocytocine est une hormone qu'on utilise dans la vie quotidienne. Elle intervient notamment dans l'amour, la compassion, l'empathie.»

L'homme de sciences est néanmoins optimiste : «Une prise de conscience est possible. Le pouvoir de la science moderne de remettre en cause ce qui est traditionnellement admis est porteur d'espoir. Un exemple : dans la seconde moitié du 20e siècle, on a découvert ce que personne ne savait il y a 60 ans. C'est-à-dire qu'un nouveau-né a besoin de sa mère. Lorsque j'étais externe à Paris, en 1953-1954, la sage-femme

faisait ce qu'elle avait appris. Dès que le bébé arrivait, elle l'apportait à la personne chargée d'en prendre soin. Mère et enfant étaient séparés. La croyance, alors, était que le colostrum n'était pas bon pour le nouveau-né, qu'il fallait retarder l'allaitement. La science moderne a démontré le contraire. Le peau à peau, l'importance de favoriser le contact mère-enfant pour créer le lien d'attachement, c'est maintenant reconnu. Dans une perspective immunologique, le bébé naissant a aussi tout à gagner à être exposé à l'environnement microbien maternel, on le sait maintenant.»

Et pour ce qu'on ne sait pas encore, il faut continuer à poser des questions. Encore et encore.

Vous voulez y aller?

Un tournant dans l'histoire de la naissance

Conférence de Michel Odent

Mardi, 19 h

Auditorium de l'hôpital Hôtel-Dieu (rue Bowen)

Entrée : 20 $

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