Un joyau touristique parti en fumée

Grâce à sa table et son emplacement exceptionnels,... (Archives La Tribune, PhotoHélico Yves Tremblay)

Agrandir

Grâce à sa table et son emplacement exceptionnels, l'Auberge Hatley a fait rayonner le Québec à travers le monde pendant de nombreuses années. L'établissement a cependant disparu du paysage après un incendie spectaculaire survenu le 27 mars 2006. La disparition de l'Auberge Hatley avait provoqué maintes réactions dans tout le Québec à l'époque.

Archives La Tribune, PhotoHélico Yves Tremblay

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Tous les jours d'anniversaire ne sont pas heureux. Dimanche, il y aura dix ans exactement que l'Auberge Hatley, un établissement qui jouissait d'une réputation internationale, est partie en fumée. Les années ont passé, mais plusieurs acteurs du milieu continuent de regretter ce lieu, où des gens comme l'ancien président français Jacques Chirac et l'actrice Nicole Kidman ont déjà fait escale. Retour sur un événement douloureux.

Tous les jours d'anniversaire ne sont pas heureux.... (Archives, La Tribune) - image 1.0

Agrandir

Archives, La Tribune

Directeur général de l'organisme Tourisme Cantons-de-l'Est, Alain Larouche se rappelle sans difficulté le feu qui a rasé l'Auberge Hatley le 27 mars 2006. Comment pourrait-il en être autrement, puisqu'il connaissait bien Robert Gagnon, son ancien propriétaire, et que l'établissement jouait le rôle d'un phare au sein de l'industrie touristique en Estrie et au Québec?

«Ce feu a fait vivre un deuil national à l'industrie touristique, lance M. Larouche. On a perdu un leader de l'industrie avec ce feu et ça a laissé un vide important.»

Pratiquant la photographie aérienne depuis un bon moment, Yves Tremblay s'était rendu à North Hatley à bord d'un hélicoptère pour croquer des images de l'incendie à partir des airs. Il avait réussi à prendre des clichés saisissants du brasier.

«Je m'en souviens encore bien, raconte-t-il. Je buvais un café avec mon pilote et, soudainement, quelqu'un à La Tribune m'avait informé de ce qui arrivait et m'avait demandé si je pouvais aller faire des photos aériennes de la scène. En 30 minutes, on était sur place. La météo était bonne.»

Yves Tremblay affirme que la fumée de l'incendie était visible de «très, très loin. À notre arrivée, les flammes s'étaient propagées aux deux étages. La colonne de feu s'étendait sur une distance de 70 pieds environ. Même avec le bruit de l'hélicoptère, j'entendais le crépitement du brasier. On voyait les murs s'écrouler un à un».

Durant les années avant l'incendie, M. Tremblay avait réalisé des photos pour certains clients de l'auberge à l'occasion de mariages et autres. «J'étais saisi à cause de l'ampleur de l'incendie, mais j'étais aussi attristé en regardant tout ça parce que je connaissais la valeur de l'endroit», explique-t-il.

Aujourd'hui propriétaire du restaurant La Table du chef à Sherbrooke, Alain Labrie occupait le poste de chef à l'Auberge Hatley quand l'incendie a détruit l'établissement cinq étoiles.

«Je ne travaillais pas la journée du feu, raconte-t-il. On m'a malgré tout rapidement avisé de ce qui se passait et je suis venu sur place. Ce n'était pas plaisant à regarder. Sur le coup, je ne m'attendais pas à ce que tout flambe. On pensait que les pompiers sauveraient une partie de l'endroit.»

Préfet de la MRC de Memphrémagog en 2006, Roger Nicolet croit que le «Québec tout entier a perdu un joyau» le jour de l'incendie. «Ceux qui ont connu l'auberge à l'époque la regretteront toujours. C'est une institution qui a marqué l'image de distinction du lac Massawippi. Tous les partis politiques au Québec ont visité l'endroit», déclare-t-il.

M. Nicolet aurait souhaité que l'Auberge Hatley renaisse dans les mois après le sinistre. Le Groupe Germain, qui était devenu propriétaire du lieu en 2002, a cependant fait le choix contraire. «Ses intérêts étaient ailleurs», résume l'ancien préfet de la MRC de Memphrémagog.

Alain Larouche, directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est... (Archives La Tribune) - image 2.0

Agrandir

Alain Larouche, directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est

Archives La Tribune

Alain Labrie, ancien chef de l'Auberge Hatley... (Archives La Tribune) - image 2.1

Agrandir

Alain Labrie, ancien chef de l'Auberge Hatley

Archives La Tribune

Un héritage important pour la région

Le directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est, Alain Larouche, devient particulièrement loquace lorsqu'il parle de l'Auberge Hatley et de celui qui lui avait donné ses lettres de noblesse, le défunt hôtelier Robert Gagnon.

«Robert avait de la vision et ne reculait devant rien, affirme M. Larouche. Son histoire est exceptionnelle. Il a travaillé à implanter une culture de tourisme international à l'époque où il avait l'auberge. Il cherchait constamment à faire avancer la qualité.»

M. Gagnon avait acquis l'établissement hôtelier en 1980, mais il ne s'agissait nullement d'une auberge de luxe à l'époque. «Disons qu'il fallait une grosse mise à niveau à l'endroit au moment de l'achat», résume le directeur général de Tourisme Cantons-de-l'Est.

Quatre ans après l'achat, l'hôtelier avait obtenu que l'Auberge Hatley soit admise au sein du prestigieux réseau international Relais et Châteaux, qui regroupe plusieurs des meilleurs établissements à travers la planète. L'homme d'affaires est plus tard devenu vice-président de Relais et Châteaux.

Alain Larouche se souvient notamment de la qualité de la nourriture qui était servie dans la salle à manger de l'Auberge Hatley. «Dans le cadre des Grands prix du tourisme, elle avait raflé trois fois le premier prix pour la restauration. C'était difficile pour les autres de se comparer.»

La cave à vins que possédait l'établissement figurait d'ailleurs parmi les plus impressionnantes au Québec. La valeur totale des bouteilles perdues, lors de l'incendie, dépassait sans doute le million $.

Une cuisine encore inégalée

Selon M. Larouche, Robert Gagnon a laissé un héritage important à la région malgré la disparition de l'Auberge Hatley en 2006 en raison d'un feu causé par des travaux de rénovation.

«Notre région est une destination de tourisme gourmand et c'est en partie à cause de lui. Il a inspiré plein de monde. En plus, il a aidé des anciens de l'auberge à se partir en affaires», explique-t-il.

Ancien chef de l'Auberge Hatley, Alain Labrie estime que ses 17années passées à travailler avec Robert Gagnon l'ont bien servi. «C'était une institution et une grande école, soutient-il. C'est aussi grâce à cet établissement si je suis connu aujourd'hui.»

D'après M. Labrie, aucun des restaurants que compte actuellement l'Estrie n'offre un produit équivalent à ce qui sortait des cuisines de l'Auberge Hatley. «On n'a plus cette bouffe-là en région. Même moi je n'en ai pas les moyens, dans mon restaurant, et je ne crois pas que mes compétiteurs en sont plus capables», affirme-t-il.

Notons toutefois que le Manoir Hovey, également situé à North Hatley, a intégré le réseau Relais et château dans les années qui ont suivi la disparition de l'Auberge Hatley. L'endroit attire de nombreux touristes américains et européens.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer