Le Brésil s'enfonce dans le chaos politique

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Un juge a suspendu jeudi l'entrée de l'ex-président Lula au gouvernement de Dilma Rousseff, tandis que les députés ont donné le coup d'envoi de la procédure de destitution de la présidente.

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Agence France-Presse
BRASILIA

Le Brésil s'est un peu plus enfoncé jeudi dans le chaos : un juge a suspendu l'entrée de l'ex-président Lula au gouvernement et les députés ont donné le coup d'envoi de la procédure de destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff.

Le géant émergent d'Amérique latine a semblé vaciller pendant ces heures historiques de tensions émaillées dans les rues d'escarmouches entre partisans et adversaires de la présidente, séparés par la police.

La Bourse de Sao Paulo a bondi de 6,6 %, les marchés voyant dans ces événements les signes avant-coureurs de la chute d'un gouvernement paralysé en pleine récession économique.

« Les cris des putschistes ne vont pas me faire dévier de mon cap ni mettre à genoux notre peuple » a lancé dans la matinée Dilma Rousseff, pendant la cérémonie de prise de fonction de son prédécesseur (2003-2010), et mentor politique Luiz Inacio Lula da Silva.

À peine intronisé au poste de chef de cabinet (quasi premier ministre), ce dernier a vu son entrée controversée au gouvernement suspendue par un juge de Brasilia.

Le magistrat a estimé que sa nomination était susceptible de constituer un délit d'entrave à la justice de la part de la présidente, dans la mesure où Lula échappait par la même occasion à la menace d'un placement en détention provisoire par le juge chargé de l'enquête sur le scandale Petrobras, dans laquelle il est visé pour « corruption » et « blanchiment d'argent ».

La diffusion mercredi de l'écoute judiciaire d'une conversation entre la présidente et Lula avait fait l'effet d'une bombe, renforçant les soupçons et déclenchant des manifestations d'indignation au parlement et dans les rues.

Dans cet enregistrement, Dilma Rousseff lui expliquait qu'elle allait lui faire rapidement parvenir son décret de nomination pour qu'il s'en serve « seulement en cas de nécessité », ce que beaucoup ont interprété comme une allusion à une arrestation.

« La situation est complexe et grave », a souligné le juge dans son ordonnance, dont le gouvernement a fait appel dans l'après-midi.

L'entrée de Lula dans ses nouvelles fonctions « peut impliquer une intervention indue et condamnable de M. Luiz Inacio Lula da Silva dans l'exercice par la police, le ministère public et le pouvoir judiciaire de leurs activités. Elle implique une intervention directe » de Dilma Rousseff dans le fonctionnement du pouvoir judiciaire, a estimé le juge.

Dilma Rousseff s'est insurgée contre les méthodes du juge fédéral Sergio Moro, chargé de l'enquête Petrobras, qui a rendu public l'enregistrement du portable sur écoutes de Lula.

« Nous voulons savoir par qui et pourquoi a été autorisée et divulguée (cette conversation entre Lula et elle, NDLR)) qui ne contient rien qui puisse susciter le moindre soupçon sur son caractère républicain », a-t-elle affirmé.

« Le Brésil ne peut se retrouver soumis à une conjuration qui met à mal les prérogatives constitutionnelles de la présidente de la République. Si l'on viole les prérogatives de la présidente, que feront-ils avec les droits des citoyens? C'est comme cela que commencent les coups d'État! », a-t-elle lancé.

Lula est quant à lui resté muet tout au long de la journée.

Dans l'après-midi, les députés ont par ailleurs donné le coup d'envoi de la procédure de destitution de Mme Rousseff : ils ont élu une commission spéciale de 65 parlementaires, chargée de rédiger un rapport préconisant ou non sa destitution.

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