Budget: la dette avant l'éducation

Des acteurs de la scène socioéconomique régionale ont... (Spectre Média, Jessica Garneau)

Agrandir

Des acteurs de la scène socioéconomique régionale ont participé à la table ronde organisée par La Tribune. Luc Savard, professeur à l'UdeS, Bernard Sévigny, maire de Sherbrooke, Gilles Normand, président de la CSRS, ainsi que, debout, Réal Létourneau, fiscaliste chez Raymond Chabot Grant Thornton, et Claude Denis, de la Chambre de commerce de Sherbrooke, ont ainsi pu réagir à chaud aux différentes mesures annoncées par le gouvernement libéral.

Spectre Média, Jessica Garneau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(SHERBROOKE) L'inquiétude concernant la faible importance accordée à l'éducation par le gouvernement provincial demeure généralisée chez les représentants socioéconomiques invités, jeudi, à réagir, en direct, au dépôt du troisième budget de Carlos Leitao. Et ce, malgré une hausse de 3 pour cent du financement du réseau de l'éducation.

« Comme l'augmentation des coûts du système de l'éducation est de 3 pour cent par année, on ne parle pas de réinvestissement en éducation, mais plutôt de retour au coût du système », souligne Gilles Normand, président de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

« En fait, le gouvernement joue avec les mots. On donne les chiffres nominaux pour donner l'impression aux gens qu'ils augmentent, mais en réalité, quand les coûts de systèmes augmentent plus rapidement que les hausses des dépenses, ça se traduit en coupe dans les services », résume Luc Savard, professeur à l'Université de Sherbrooke.

Les représentants socioéconomiques de la région déplorent le manque de vision du gouvernement.

« Je demeure très très très inquiet, car une société en santé et heureuse est une société éduquée. Et il n'y a rien dans ce budget qui m'indique que l'éducation est la priorité nationale du gouvernement », indique le fiscaliste chez Raymond Chabot Grant Thornton Réal Létourneau, ajoutant que le nombre de ministres de l'Éducation qui se sont succédé au cours des dernières années et le récent choix d'un « junior » à la tête de ce ministère sont aussi des éléments évocateurs.

« En fait, ce qu'on sent dans ce budget, avec l'application du 2 milliards des surplus au Fonds des générations, c'est que la priorité est la réduction de la dette. Mais réduire la dette ne stimule pas l'économie. Il aurait été plus utile, dans un contexte où la croissance économique est anémique, de se servir de cette marge de manoeuvre pour stimuler l'activité économique. D'autant plus que le gain est presque nul compte tenu du taux d'intérêt réel qui frôle le zéro », a souligné M. Savard.

Un budget comptable sans vision

En gros, l'équilibre budgétaire plait, mais ce que le gouvernement fait des surplus déçoit.

« C'est un budget comptable. Un budget équilibré, c'est bien, mais j'ai hâte de voir c'est quoi le plan d'affaires en éducation », renchérit M. Létourneau.

Par ailleurs, le président de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke craint que la distribution d'enveloppes budgétaires ciblée pénalise certaines régions. « Par exemple, j'espère que les 700 M$ d'investissements dans les infrastructures scolaires n'iront pas tous dans les écoles délabrées de Montréal et que nous, dans la région, ne recevrons rien pour le maintien de nos écoles en bon état », affirme celui qui aurait aimé obtenir des enveloppes d'argent libre de conditions pour l'investir dans des besoins spécifiques à sa région.

La problématique en ce qui a trait à l'importance accordée à l'éducation n'est pas nouvelle selon plusieurs intervenants. « Ce n'est pas d'hier. Regardons ce que nous avons fait au cours des 10 ou 15 dernières années. Tantôt, les étudiants ont eu une position dogmatique. Tantôt, le gouvernement a fait preuve d'arrogance. Il y a eu la multitude de ministres de l'Éducation. Comme société, on semble avoir de la difficulté à s'aligner derrière une priorité nationale », constate M. Létourneau.

De son côté, le monde municipal demeure sur sa faim. « Il va falloir attendre le budget fédéral de la semaine prochaine pour les bonnes nouvelles! » a déclaré le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, qui aurait aimé entendre parler d'augmentation des investissements dans le transport en commun et dans les infrastructures.

La Chambre de commerce de Sherbrooke se réjouit également de l'équilibre budgétaire. « On y tenait à l'équilibre du budget. L'investissement dans la modernisation des entreprises est aussi intéressant. Mais il ne faut pas oublier que le Québec est bon dernier au niveau des investissements et de la productivité. Et la productivité n'a rien à voir avec la sueur sur le front, mais a tout à voir avec l'innovation qui découle d'investissements », relate Claude Denis, représentant de la Chambre de commerce de Sherbrooke.

« On revient à l'éducation, car quand je parle d'éducation, je ne pense pas seulement au ministère de l'Éducation, mais aussi au savoir, à la recherche et développement et à l'innovation. On a pris du retard sur ce plan et il sera difficile de le rattraper », conclut M. Létourneau qui évalue que l'austérité demeure la priorité du gouvernement Couillard.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer