Consentement sexuel : seize campus se passent le mot

Seize universités de la province, dont l'UdeS et... (La Tribune, Isabelle Pion)

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Seize universités de la province, dont l'UdeS et Bishop' s, s'unissent afin de lutter contre les violences à caractère sexuel. La campagne de sensibilisation «Sans oui, c'est non», qui vise notamment à démystifier la notion de consentement, a été lancée lundi à Montréal.

La Tribune, Isabelle Pion

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(SHERBROOKE) Seize universités de la province, dont l'UdeS et Bishop' s, s'unissent afin de lutter contre les violences à caractère sexuel. La campagne de sensibilisation «Sans oui, c'est non», qui vise notamment à démystifier la notion de consentement, a été lancée lundi à Montréal.

La campagne regroupe 19 associations étudiantes, soit près de 185000 étudiants.

«Il y a un an ou deux, on ne parlait presque pas de la culture du viol», commente Véronique Grenier, professeure de philosophie au Cégep de Sherbrooke et coporte-parole de la campagne.

L'auteure et blogueuse voit «un signe positif» dans l'attention maintenant consacrée au sujet. «Il y a plus de place qui est accordée, ça c'est clair», observe-t-elle.

Véronique Grenier est co-porte-parole aux côtés du rappeur Koriass.

«La culture du viol, c'est un ensemble de pratiques et de comportements à l'intérieur duquel les hommes sont encouragés à considérer les femmes comme des objets et les femmes à se considérer comme tels (...) À partir du moment où on peut considérer autrui comme un objet, ça peut aussi vouloir dire se permettre de traiter (une personne) comme un objet», résume Véronique Grenier.

«Les violences à caractère sexuel, c'est un large spectre. Ça va aller du harcèlement aux agressions (...)».

«Le dialogue»

Comment sensibiliser les jeunes à cette question? «Ça passe par le dialogue... Il n'y a pas d'éducation sexuelle dans les écoles, donc il faut en parler. Ma part là-dedans, c'est d'aller en parler aux gars, surtout. Parce que ce sont les gars qui, malheureusement, commettent les agressions en majorité. J'essaie d'aller leur expliquer quelle est la notion de consentement, le respect des limites de l'autre», indique Emmanuel Dubois, alias Koriass.

La conjointe du rappeur a déjà été victime d'une agression sexuelle. Un sujet qu'il a abordé dans une chronique d'Urbania, où il s'est déclaré «Natural born féministe».

«Évidemment, c'est ça qui m'a mis les pieds dedans. Ça m'a poussé à me questionner sur la notion de consentement», dit-il en soulignant qu'il s'agit d'une question complexe et pleine de nuances.

Parallèlement à la campagne lancée lundi, le rappeur de 32 ans vient tout juste d'entamer une tournée des cégeps intitulée «Sexe, égalité et consentement», aux côtés de la chroniqueuse Marilyse Hamelin et de la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne.

Sent-il qu'il a davantage de crédibilité auprès de la gent masculine? «Je trouve ça complètement ironique tout ça, parce qu'il faut que ça prenne un gars pour que les gars écoutent (...) Malheureusement, c'est le cas : ils m'écoutent parce qu'ils me connaissent et ils vont peut-être prendre ce que je dis plus au sérieux, je ne sais pas. Le Conseil du statut de la femme s'en est rendu compte, et c'est pour ça qu'il m'a invité à faire la tournée.»

«Ce que j'ai remarqué dans les commentaires des gars, c'est qu'il y a encore ce réflexe-là de culpabiliser les filles. Je me suis fait poser la question : ''Tu ne penses pas que si les filles s'habillaient différemment, il y aurait moins d'agression?'' C'est encore mis sur le dos des filles... Il y a encore cette mentalité ancrée dans la tête des garçons.»

Portrait

Au Québec, une étude est en cours afin de dresser un portrait du harcèlement sexuel et de la violence à caractère sexuel dans des campus universitaires. La professeure Geneviève Paquette de l'UdeS fait partie des chercheuses qui travaillent sur cette enquête, une première du genre au Québec.

Des études démontrent que sur les campus américains, entre 15 et 25 pour cent des étudiantes subiront une agression sexuelle.

Des données de 2015 du Groupe de travail sur le respect et l'égalité de l'Université d'Ottawa montrent que 16 % des étudiantes de l'Université d'Ottawa ont vécu une expérience de violence sexuelle (comme une activité sexuelle sans consentement, une menace ou la dissolution d'une substance dans leur verre).

Une offensive tous azimuts

Les initiatives pour lutter contre la violence à caractère sexuel se multiplieront au cours des prochaines semaines sur le campus de l'Université de Sherbrooke, dans le cadre de la campagne « Sans oui, c'est non! »

« La campagne nationale nous laisse une grande liberté d'action sur notre campus. Il y a beaucoup de travail qui a été fait dans le passé pour expliquer aux étudiants quelle est la nécessité de parler de la culture du viol sur les campus. On chapeaute le Mois de la prévention contre les agressions sexuelles, qui va se tenir en septembre. On vise aussi à donner de la formation à nos exécutants d'associations étudiantes pour qu'ils soient formés, afin de diriger les victimes vers des ressources efficaces. Ça fait partie des choses qu'on met en place », résume Rodrigue Turgeon, vice-président à la condition étudiante à la Fédération étudiante de l'UdeS (FEUS).

Parmi elles, on retrouvera notamment des activités de sensibilisation dans les 5 à 7 des facultés et de la formation.

Des représentants de l'UdeS, de la FEUS et du REMDUS (Regroupement des étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l'UdeS) ont pris part lundi au lancement de la campagne provinciale, qui doit s'étirer sur trois ans. Le lancement local aura lieu mercredi.

Plan d'action

L'an passé, l'Université de Sherbrooke a déposé un plan d'action afin de lutter contre la violence à caractère sexuel. Différentes actions ont été organisées au cours des derniers mois.

« Les associations étudiantes se sont vraiment emparées de ce dossier-là », souligne Jocelyne Faucher, vice-rectrice à la vie étudiante de l'UdeS.

« Lorsqu'on parle de tels sujets, l'écoute est beaucoup plus grande lorsque ce sont les pairs qui font les activités et qui portent les messages que la direction de l'université », note-t-elle.

Parmi les mesures mises en place, de la sensibilisation a été faite lors des activités d'intégration, du matériel éducatif a été produit, des activités de formation ont été réalisées...

Mme Faucher estime que l'enquête sur la violence à caractère sexuel menée actuellement dans des campus de la province, dont l'UdeS, permettra de mieux cibler les actions à mettre en place.

Par ailleurs, le regroupement Aequitas Sherbrooke se retrouve en lice parmi les projets finalistes du Prix Égalité Thérèse-Casgrain pour l'organisation du mois de sensibilisation aux agressions sexuelles. Les lauréats seront connus le 22 mars.

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