UdeS: Louise Cloutier a tracé sa route (vidéo)

En plus d'être la première femme diplômée de... (Spectre, Jessica Garneau)

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En plus d'être la première femme diplômée de la faculté de commerce de l'Université de Sherbrooke, Louise Cloutier a également obtenu les meilleurs résultats à ses exames de passage pour obtenir son titre de comptable agréée l'année suivante.

Spectre, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Louise Cloutier est la première femme à obtenir un diplôme de la faculté de commerce de l'Université de Sherbrooke. En 1959, elle fait partie de la première cuvée de diplômés de ce qui deviendra, au fil des ans, la faculté d'administration. Non seulement est-elle la première et la seule femme en Estrie à obtenir son titre de comptable agréée l'année suivante, mais elle est celle qui a obtenu les meilleurs résultats à ses examens de passage.

Depuis, plus de 12 500 femmes ont suivi sa trace et ont obtenu leur diplôme en administration à cette même faculté. En cette Journée internationale de la femme, La Tribune raconte le parcours de la pionnière qui, à 80 ans, exerce toujours sa profession.

Enfant, Louise Cloutier rêvait d'être médecin chirurgienne ou architecte, mais elle a choisi la comptabilité parce que les études universitaires étaient moins longues et, par conséquent, moins dispendieuses. Alors qu'elle étudie à temps plein à l'UdeS, elle travaille aussi six soirs par semaine pour payer ses études et c'est sans dette qu'elle obtient son diplôme et son titre comptable.

« J'étais la seule fille de ma classe, mais mes confrères m'ont toujours traitée comme une des leurs. Je me rappelle qu'en travaillant le soir, j'écoutais le hockey à la radio pour avoir des sujets de conversation avec eux le lendemain. Et quand on allait boire de la bière après les cours, au lieu d'aller à la taverne où les femmes n'étaient pas admises, ils venaient avec moi au bar », se rappelle Mme Cloutier.

Mais ce n'est pas tout le monde qui était prêt à ce que les femmes s'aventurent sur le territoire traditionnellement réservé aux hommes. Lorsqu'elle faisait son cours classique au Collège Sacré-Coeur, une religieuse lui a dit qu'elle n'était pas assez intelligente pour réussir des études en commerce. Un professeur de l'université lui a avoué candidement l'avoir corrigée plus sévèrement que ses confrères, car il ne voulait pas qu'une femme obtienne la meilleure note. Tant pis pour eux, elle est arrivée première de sa classe.

« Je me souviens lors de mon stage, après mes études, on m'avait envoyée comme experte à la cour dans une cause de divorce. Lorsque l'avocat a appelé l'expert et que le juge m'a vue, il s'est objecté en disant que ce n'était pas une secrétaire qui devait témoigner mais bien un comptable agréé. Quand je lui ai dit que j'avais mon titre, il a baissé ses lunettes sur le bout de son nez en me regardant et il a dit ''ça se peut pas! '' Il m'a demandé de le confirmer sous serment », raconte-t-elle.

Lors de son stage, Mme Cloutier gagnait 25 $ pour ses 43 heures de travail hebdomadaires. Son confrère en gagnait 35 $. À la fin de son stage, Mme Cloutier a eu 10 $ d'augmentation. Le même confrère, qui avait échoué son examen de comptable agréé, a obtenu un salaire de 65 $ par semaine. « Parce qu'il était un homme et qu'il était marié », se rappelle-t-elle.

Au fil de sa carrière de 56 ans, Mme Cloutier a travaillé pour des petits et des plus grands cabinets. Elle a aussi été à son compte pendant de nombreuses années. Elle a des clients qui la suivent depuis plusieurs décennies. Elle a déjà travaillé 80 heures par semaine pendant la saison des impôts et 60 heures le reste de l'année. À 80 ans, elle travaille seulement lors de la saison forte et se concentre sur les déclarations fiscales.

Mme Cloutier a eu trois enfants. « Aux deux premiers, j'ai pris une semaine de congé. Pour le troisième, j'ai accouché le vendredi et je suis retournée travailler le lundi », explique celle qui était le principal soutien financier de sa famille à cette époque.

Si elle estime ne jamais avoir eu droit à l'équité salariale, du temps qu'elle travaillait pour les autres, Mme Cloutier se réjouit que les temps aient changé pour celles qui obtiennent leur titre comptable aujourd'hui. « Je crois qu'elles y ont droit maintenant », note-t-elle.

Sa plus grande fierté? « C'est d'avoir réussi où d'autres ont échoué et mes trois enfants », assure Mme Cloutier en conseillant à tous de foncer pour atteindre leurs objectifs.

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