À la chasse aux éléphants blancs

60 rue Saint-François Nord, arrondissement de Fleurimont Valeur... (Spectre Média, Maxime Picard)

Agrandir

60 rue Saint-François Nord, arrondissement de Fleurimont Valeur : 103 000 $.  L'édifice ayant abrité l'ancien Restaurant Do est inoccupé depuis quelques années déjà. Le propriétaire, Guy Larkin, tente de vendre le terrain et l'édifice. La conseillère Hélène Dauphinais n'avait pas entendu parler de projets pour le site du 60 rue Saint-François Nord. « J'espère que ce sera quelque chose de positif. Ce n'est pas très joli actuellement. »

Spectre Média, Maxime Picard

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(SHERBROOKE) Des bâtiments sont abandonnés depuis des années à Sherbrooke. Pourquoi? Que peut faire la Ville? Ces endroits autrefois fréquentés ont fermé boutique, ont parfois été démolis ou ravagés par le feu. À l'occasion, des projets de revitalisation y ont été annoncés, mais n'ont jamais vu le jour. Aux quatre coins de la ville, des bâtiments et des terrains attendent depuis plusieurs années que de nouveaux locataires ou propriétaires leur redonnent vie. La Tribune s'est intéressée à quelques-uns de ces lieux délaissés pour connaître l'avenir que leur réservent leurs propriétaires.

Selon Gilles Marcoux, directeur général de Commerce Sherbrooke,... (Spectre Média, Frédéric Côté) - image 1.0

Agrandir

Selon Gilles Marcoux, directeur général de Commerce Sherbrooke, 977 des 5728 locaux commerciaux que compte Sherbrooke étaient vacants en 2015, soit un taux de vacance de 17 %. En superficie disponible, ce ne sont toutefois que 9 % des surfaces qui sont vacantes. Ces statistiques ne tiennent pas compte des terrains non construits.

Spectre Média, Frédéric Côté

Dans les dernières années, les anciennes Terrasses Rock Forest ont laissé place à un nouveau complexe commercial. L'ancien Relais Saint-François est tombé sous le pic des démolisseurs et malgré les tentatives de sauvetage, la prison Winter connaît un sort incertain. Mais qu'en est-il de plusieurs autres immeubles? Que peut faire la Ville pour encourager le développement?

Selon Gilles Marcoux, directeur général de Commerce Sherbrooke, 977 des 5728 locaux commerciaux que compte Sherbrooke étaient vacants en 2015, soit un taux de vacance de 17 %. En superficie disponible, ce ne sont toutefois que 9 % des surfaces qui sont vacantes. Ces statistiques ne tiennent pas compte des terrains non construits.

« Avec toutes les demandes de développement que reçoit la Ville de Sherbrooke, l'enjeu est celui de la capacité d'absorption de la structure commerciale. Il y aurait une réflexion à faire là-dessus », avance M. Marcoux.

Autrement dit, le développement de nouveaux bâtiments nuit-il à la revitalisation de ceux qui sont vides?

« C'est aussi qu'il est de moins en moins évident de trouver des grands joueurs pour occuper des lieux immenses. On peut penser à l'ancien Brico-Max, où le promoteur a annoncé qu'il souhaitait diviser l'espace. On s'aperçoit que les bannières cherchent de petits espaces. »

À la Ville de Sherbrooke, Michael Howard, qui était directeur par intérim du service de la planification et du développement urbain lors de l'entrevue, explique que la municipalité a très peu de pouvoirs. « Nous interviendrons quand le bâtiment est dangereux ou que des vandales vont graffiter sur les murs, donc quand il y a une nuisance visuelle ou un danger pour la sécurité. »

Dans un cas comme celui du Garage Sears, sur le boulevard de Portland, où la structure est propre et bien entretenue, aucune action n'est possible.

M. Marcoux demeure néanmoins optimiste et considère que la ville ne compte pas de véritable éléphant blanc. « À la longue, le périmètre urbain encouragera la densification et créera une pression. Mais cette pression n'est pas encore là. »

M. Howard renchérit en précisant que la Ville investit en moyenne 2 M$ par année pour aider à la revitalisation des pôles de quartier.

Si le zonage peut parfois entrer en conflit avec les projets d'un promoteur, il arrive qu'un propriétaire ait simplement d'autres priorités que de développer un de ses sites. En ce sens, la Ville peut difficilement exercer une pression. « Des fois, il y a un manque de vision, mais il ne vient pas de la Ville », assure M. Marcoux.

Des programmes de rénovation de façade ou des aides à la construction neuve, comme celle annoncée en janvier pour le secteur du centre-ville, peuvent contribuer à convaincre les propriétaires. Ils pourraient entre autres être utiles pour convertir la buanderie incendiée au 353, rue Frontenac.

« C'est un dossier particulier. Nous étions rendus à délivrer le permis, mais il était attaché avec un projet du Séminaire, qui recevait un montant important pour refaire le terrain de soccer et de football, et à d'autres projets sur la rue Peel. M. Custeau (le promoteur) pourra aussi profiter du nouveau programme de revitalisation », explique Michael Howard.

Décontamination

L'ancien directeur par intérim du service de la planification et du développement urbain mentionne que la contamination des terrains constitue un frein majeur à la revitalisation. Particulièrement au centre-ville.

« Lorsqu'on change l'usage d'un terrain et qu'il est contaminé, il faut décontaminer. Par exemple, si on remplace un garage par un magasin de meubles, il faut décontaminer. Dans le passé, il y a avait un programme de subvention au provincial pour la décontamination, mais il a été aboli. C'est sur nos listes de demandes de ressusciter ce programme. Au centre-ville, il y a 50, 60 ans, tout était industriel. Le sol dans le secteur ferroviaire doit être traité. C'est extrêmement dispendieux. »

La transformation du monde commercial provoque aussi nécessairement des bouleversements. « L'internet a pris beaucoup de place. On voit que les grandes surfaces ont de la misère. L'ancien Le Baron est un bel exemple de requalification d'un site. C'est ce qu'on recherche. Si l'économie prospère, les bâtiments vont se remplir, mais il y a toujours un roulement. »

Ci-dessous et en page 6, voici les bâtiments et terrains auxquels La Tribune s'est intéressée. Au moment des vérifications effectuées auprès de la Ville, aucun permis de construction ou de démolition n'avait été demandé pour les endroits décrits. Nous avons exclu l'ancien Vieux-Clocher de Sherbrooke, dont la mise en vente a été annoncée le mois dernier. Quant au 2, rue Wellington Nord, l'ouverture d'un café, annoncée il y a plus d'un an, y serait toujours prévue. Des travaux auraient été réalisés à l'intérieur du commerce, mais aucune date n'a été avancée pour l'accueil des premiers clients.

Des bâtiments sont abandonnés depuis des... (Spectre Média, Maxime Picard) - image 2.0

Agrandir

Spectre Média, Maxime Picard

60 rue Saint-François Nord, arrondissement de Fleurimont Valeur : 103 000 $

L'édifice ayant abrité l'ancien Restaurant Do est inoccupé depuis quelques années déjà.

Le propriétaire, Guy Larkin, tente de vendre le terrain et l'édifice. « J'ai eu deux offres que j'ai déclinées, mais il y a une entreprise de Montréal qui est intéressée. Elle démolirait pour reconstruire un bâtiment où elle aurait ses bureaux. Il y aurait aussi des étages de condos. Il s'agit d'une zone inondable, mais il suffirait de relever le bâtiment de huit à dix pouces et le problème serait réglé. J'ai fait faire des tests de sol il y a quelques mois et nous n'avons pas besoin de décontaminer. »

Au point de départ, M. Larkin espérait construire lui-même un bâtiment de quatre étages. Il souhaite maintenant vendre ses actifs, mais n'exclut pas de reprendre son projet s'il n'y parvient pas. « J'avais fait faire des plans. Je voulais décoller au printemps, mais les offres sont arrivées entretemps. D'après moi, il se passera quelque chose cette année. »

La conseillère Hélène Dauphinais n'avait pas entendu parler de projets pour le site du 60 rue Saint-François Nord. « J'espère que ce sera quelque chose de positif. Ce n'est pas très joli actuellement. »

Des bâtiments sont abandonnés depuis des... (Spectre Média, Maxime Picard) - image 3.0

Agrandir

Spectre Média, Maxime Picard

76 rue King Ouest, arrondissement du Mont-Bellevue Valeur : 212 100 $

L'ancien édifice qui se trouvait au 76 de la rue King Ouest a été démoli en 2010 parce qu'il était devenu dangereux. L'ancien propriétaire projetait d'y construire des condos-hôtels, mais le projet n'a jamais abouti. « Il n'y a pas de demande de permis. Il a déjà été question de plans pour des espaces à bureaux. Le terrain a été acquis par une compagnie immobilière de Terrebonne en septembre 2014 », évoque Serge Paquin.

Le nouveau propriétaire, Azra Corporation, y projette un mélange de commercial et de résidentiel. Jean-François Carrière, vice-président de la compagnie, explique que le projet initial a été retardé. « Notre intention était d'en faire un complexe à bureaux et nous avions un locataire qui devait occuper plusieurs étages. Il s'est finalement rétracté alors nous visons des locaux commerciaux au rez-de-chaussée et du résidentiel sur les autres étages. Nous relancerons le projet en 2016. »

M. Carrière admet qu'il sera difficile de terminer le projet cette année, mais il espère à tout le moins présenter un projet à la Ville rapidement. Le nouvel édifice compterait entre six et huit étages. Des enseignes pour la location des locaux devraient apparaître dans les prochaines semaines. « C'est un endroit de prédilection. À mon avis, c'est le dernier terrain de cette qualité au centre-ville. »

Des bâtiments sont abandonnés depuis des... (Spectre Média, Maxime Picard) - image 4.0

Agrandir

Spectre Média, Maxime Picard

315 rue Bowen Sud, arrondissement de Fleurimont Valeur : 142 500 $

« Ça me fatigue beaucoup actuellement. Je n'ai pas été saisi d'une transaction imminente. C'est pratiquement au centre-ville. Ce n'est pas très beau, mais j'étais heureux de voir que c'était enfin à vendre. Il y a quelques années, j'avais eu vent d'un projet pour relancer le lave-auto, mais dans le meilleur des mondes, ce serait du résidentiel qui tiendrait compte de la zone inondable. J'ai bien hâte qu'il se passe quelque chose à cet endroit », réagit le conseiller Rémi Demers.

Une des propriétaires, Royal Asselin, confirme que l'ancien lave-auto est à vendre. « Je l'ai acheté en 1982 pour l'utiliser comme un lave-auto, mais ma partenaire d'affaires a eu des ennuis de santé et nous avons fermé en 1997. Nous avions ensuite un projet pour en faire une école d'esthétique automobile, mais notre demande a été refusée. Nous étions prêts à refaire l'extérieur de la bâtisse. Nous avons finalement déménagé pour nous occuper de notre lave-auto à Montréal.

« Nous avons demandé un changement de zonage récemment, mais il a été refusé. Il aurait fallu refaire la plomberie et l'électricité. Nous avons donc mis le terrain à vendre il y a huit mois. Nous demandons 500 000 $. Si nous obtenons le montant voulu, nous vendrons. Sinon, nous laisserons ça comme ça et nous payerons nos taxes. Investir à Sherbrooke a été une mauvaise expérience pour moi. Le problème est à l'hôtel de ville. »

Des bâtiments sont abandonnés depuis des... (Spectre Média, Maxime Picard) - image 5.0

Agrandir

Spectre Média, Maxime Picard

3850 rue King Ouest, arrondissement de Jacques-Cartier Valeur : 915 700 $

Ce bâtiment situé près d'une voie d'accès à la 410, voisin de l'épicerie IGA, n'a pas connu de vocation commerciale depuis le départ de l'entreprise Jostens en 2001. Jostens avait déplacé ses activités de fabrication de bijoux et de montres pour le milieu corporatif vers les États-Unis. Le conseiller Pierre Tardif ignore quels sont les plans pour ce bâtiment. « C'est Sobeys qui est propriétaire du site. Il y a eu un projet l'été dernier, mais l'entreprise a décidé de s'établir dans une autre ville. Il y a eu des offres d'acheteurs pour ce terrain, mais le propriétaire n'est pas intéressé à vendre », explique le courtier immobilier Daniel Lambert.

En réalité, selon M. Lambert, Sobeys ignorait pendant un moment qu'elle possédait cet édifice. Le plan consiste maintenant à démolir le bâtiment pour construire un nouveau complexe. Il faudrait toutefois trouver un locataire qui souhaiterait occuper au moins 8000 pieds carrés pour démarrer le projet.

« Ce qui est intéressant, c'est qu'on peut en arriver à un arrangement avec le IGA pour le stationnement. Ça fait deux ans que je suis dans le dossier et nous n'avons pas encore trouvé de bon locataire. »

Des bâtiments sont abandonnés depuis des... (Spectre Média, Maxime Picard) - image 6.0

Agrandir

Spectre Média, Maxime Picard

353 rue Frontenac, arrondissement du Mont-Bellevue Valeur : 296 700 $

« C'est le Groupe Custeau qui a acquis le site. Il a un projet d'aménagement d'espaces à bureaux et de condos, mais aucun permis n'a été demandé à la Ville. Nous avons déjà vu des plans », dit le conseiller Serge Paquin. En effet, le Groupe Custeau avait déposé un projet estimé à 5,5 M$ en 2012. Il s'agissait d'un immeuble résidentiel et à bureaux qui devait accueillir ses premiers locataires en 2014. La partie existante de l'ancienne Buanderie Nettoyeur de l'Estrie, incendiée en 2010, ne devait pas être démolie. On devait y trouver quatre locaux réservés à des bureaux et 21 condos ou logements de luxe aux étages supérieurs, dont certains avec mezzanine. L'immeuble devait compter cinq étages et demi en façade et sept étages et demi à l'arrière. Le promoteur Denis Custeau confirme qu'un projet semblable devrait voir le jour sous peu sur le site de la rue Frontenac. Un retard a pu être observé pour des raisons « économiques et de marché ». Un problème de stationnement a aussi été observé. Le nouveau projet, évalué entre 4,7 et 5,5 M$, pourrait être mis en chantier cet automne ou en 2017. Il serait semblable à celui présenté en 2012, mais compterait 24 unités d'habitation, des condos et des appartements. « La structure du bâtiment reste la même, mais il y aurait une mixité entre les condos et les appartements. Nous ferions des condos au dernier étage. Le premier étage en façade regrouperait des services professionnels. C'est un terrain sur lequel il est difficile de construire. Il y a un tas de ratios et de conditions à respecter. Bâtir du neuf coûte cher à cause des conditions à respecter. Sans les programmes d'aide à la construction de la Ville, ce serait difficile d'y arriver », explique M. Custeau. Même s'il prévoit deux étages de stationnement, M. Custeau indique qu'il doit encore trouver des espaces de stationnement autour de son terrain pour satisfaire aux besoins du projet. « Il y a une carence importante de stationnement au centre-ville... » Une demande de permis de construction devrait être déposée d'ici le printemps 2017.

Des bâtiments sont abandonnés depuis des années à... (Spectre, Jessica Garneau) - image 7.0

Agrandir

Spectre, Jessica Garneau

155 rue Queen, arrondissement de Lennoxville Valeur : 234 400 $

Un incendie a complètement ravagé l'ancien magasin Korvette qui logeait au 155 de la rue Queen, au coin de la rue Speid dans l'arrondissement de Lennoxville en 2009. Même si des projets de développement avaient été évoqués à un certain moment, le terrain demeure vacant.

« C'est un terrain privé et il n'est pas à vendre. Nous ne pouvons rien faire. Je sais qu'il y a au moins trois compagnies qui sont prêtes à acheter le terrain pour développer le coin, mais le propriétaire n'a pas décidé ce qu'il veut faire avec. Il avait éprouvé des problèmes techniques quand il avait élaboré un projet », explique le conseiller David Price.

En 2013, une demande de permis avait été déposée pour un immeuble commercial comptant 16 logements.

Les appels logés auprès de Gestion Mi-Gen inc., propriétaire du terrain, n'ont pas obtenu de réponses.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer