« On saupoudre des services d'orthophonie pour bien paraître »

Nathalie déplore le fait que le nombre de... (Spectre, Jessica Garneau)

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Nathalie déplore le fait que le nombre de rencontres en orthophonie ait été réduit au Centre de réadaptation de l'Estrie. Elle craint les impacts de cette décision sur le parcours scolaire de sa fillette de 5 ans qui débutera sa première année à l'automne.

Spectre, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Jade* a 5 ans. Sa professeure de maternelle a beaucoup de difficulté à la comprendre lorsqu'elle parle. C'est parce que Jade est dysphasique et bégaie.

Ainsi, les mots « toi » et « moi » sortent en « ta » et « ma ». Les sons avec un F ont été longtemps imprononçables.

« C'est difficile à imiter, mais son trouble de langage fait en sorte qu'elle mélange beaucoup les sons. En plus, elle parle très vite alors ça n'aide pas », confie sa mère Nathalie* ajoutant qu'elle-même peine souvent à la comprendre, mais qu'elle arrive à la décoder, grâce à leur proximité.

Depuis l'an dernier, Jade reçoit des services au public pour son trouble de langage au Centre de réadaptation de l'Estrie (CRE). Pour avoir droit à ce service, Jade et sa famille ont attendu plus d'un an.

« Durant quelques semaines, elle a eu d'excellents services l'an dernier, pour ses 4 ans. Elle a aussi d'excellents services cette année lors des rencontres hebdomadaires d'une heure. Et de notre côté, on travaille du mieux que nous le pouvons à la maison, avec nos horaires et la fatigue », raconte la maman de Jade, qui travaille également dans le réseau de la santé.

Nathalie a appris début décembre que les services au CRE sont coupés. Alors que l'orthophoniste de Jade avait prévu la revoir une dizaine de fois après les Fêtes, elle annonce à Nathalie qu'elle pourra offrir seulement cinq rencontres à sa fille d'ici l'automne, moment où elle fera son entrée en première année.

« Ce n'est pas un progrès clinique qui explique cette diminution des rencontres. Et ça m'inquiète, car à partir du primaire, c'est la responsabilité de l'école d'offrir des services en orthophonie. Mais nous savons que ma fille n'y aura pas accès : les écoles n'ont pas de budget pour ces professionnels, ou si peu », s'inquiète Nathalie.

« Quel gâchis! »

Lorsque Nathalie remet en question cette décision, on lui répond que le CRE a la responsabilité d'offrir un suivi en orthophonie à chaque enfant qui nécessite ce service.

« Trop d'enfants en liste d'attente et les orthophonistes doivent offrir un service à chacun, c'est bien légitime. Mais la conclusion, c'est qu'on saupoudre des services pour bien paraître et faire disparaître les listes d'attente! Cela fera une belle image pour tous ceux qui ne vivent pas la réalité du système de santé de l'intérieur », en comprend Nathalie qui ne peut s'empêcher de croire que l'objectif du gouvernement est de privatiser le réseau de la santé.

« Je ne peux m'empêcher de ressentir de la colère et de la tristesse. Dans notre belle province, quel gâchis de couper dans les soins de santé et l'éducation. C'est l'avenir de nos enfants qui est en jeu. Leur santé, leur estime de soi. Et par le fait même, l'avenir des aînés : qui en prendra soin? » demande Nathalie.

La mère de Jade a déposé une plainte au CRE. Nathalie espèrerait que Jade aurait plus de rencontres avec son orthophoniste, mais elle espérait aussi que tous les autres enfants dans la situation de Jade aient les services adéquats. Sa plainte n'a rien changé.

« Nous, les familles de classe moyenne, on continue de payer toujours plus cher pour le CPE et les autres services provinciaux. Parce que oui, on a les moyens. Mais je travaille moi-même dans le réseau de la santé et mes conditions de travail se détériorent et je dois prendre congé pour accompagner ma fille à ses rendez-vous », déplore Nathalie.

« Je me sens tellement impuissante. Mais je suis la maman d'une enfant dysphasique. Alors je dois être forte et garder espoir, pour l'amour de Jade », conclut-elle.

*Prénoms fictifs

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