L'avocat d'Omar Khadr plaide pour la santé démocratique du pays

Dennis Edney défend Omar Khadr depuis 12 ans.... (Spectre Média, René Marquis)

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Dennis Edney défend Omar Khadr depuis 12 ans. « Cette affaire démontre également que les lois que chacun de nous considère comme une protection pourraient ne plus être là si nous ne les défendons pas! Si nous avons abandonné à son sort un enfant tout en connaissant la réputation de l'enfer de Guantanamo, où les détenus étaient enfermés dans des cages, alors qui parmi nous est en sécurité? » demande l'avocat.

Spectre Média, René Marquis

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) « Nous avons tous l'obligation de veiller à ce que notre pays demeure une société qui croit aux droits et aux libertés civiles. Si on ne le fait pas, qui sommes-nous? »

Omar Khadr... (Archives PC) - image 1.0

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Omar Khadr

Archives PC

Dennis Edney, l'avocat qui défend depuis 12 ans Omar Khadr, cet ancien enfant-soldat enfermé et torturé à la prison de Guantanamo, puis rapatrié au Canada, est un homme inquiet pour la santé démocratique du pays.

Bien qu'il ait obtenu après des années de bataille juridique le retour au pays de ce jeune homme natif de Toronto et sa libération sous caution d'une prison canadienne à sécurité maximum, en mai dernier, M. Edney estime que le climat de peur instauré ces dernières années par les gouvernements américains et canadiens au sujet du terrorisme engendre une dérive dangereuse.

« Dans l'affaire Omar Khadr, nous, Canadiens, avons été les complices de notre gouvernement en raison de notre silence. Lorsque nous ne nous levons pas pour contester le pouvoir du gouvernement, alors la démocratie se trouve court-circuitée et les valeurs pour lesquelles les pères fondateurs se sont battus sont bafouées », dit ce juriste d'origine écossaise installé à Edmonton.

Selon lui, ce jeune homme aurait dû bénéficier de protection en tant que citoyen canadien et en tant qu'enfant-soldat, mais a été victime de l'obsession sécuritaire qui existe aux États-Unis et au Canada et des dérapages d'Ottawa en matière de droits de la personne.

En plus de défendre à ses frais M. Khadr, avec un collègue, Dennis Edney héberge le jeune homme de 29 ans chez lui, comme son propre fils.

L'histoire d'Omar Khadr ressemble à une descente en enfer.

Il aurait été amené par son propre père à suivre un entraînement militaire avec Al-Qaïda au Pakistan, puis a été arrêté en Afghanistan en 2002 à l'âge de 15 ans à l'issue d'un affrontement contre les forces américaines qui l'accusent d'avoir tué un militaire avec une grenade.

Transféré à la prison de Guantanamo pour militants et terroristes islamistes, il a été traité comme un détenu adulte, soumis à des interrogatoires musclés, privé de garanties juridiques et jugé par des militaires, en contravention avec la Convention relative aux droits de l'enfant qui stipule que les mineurs impliqués dans les conflits armés doivent être considérés comme des victimes en vertu de la justice internationale.

«Les gouvernements, y compris celui des libéraux, soutenaient qu'ils étaient informés par les Américains que Khadr était bien traité.»


Après avoir maintenu son innocence, Khadr plaidera coupable en 2010 à cinq accusations de crimes de guerre, pour sortir de Guantanamo, avant d'être rapatrié au Canada en 2012 et emprisonné.

Devant les lenteurs du gouvernement pour rapatrier le jeune prisonnier et son traitement devant la justice, la Cour suprême du Canada a statué à deux reprises qu'Ottawa n'avait pas respecté les droits de ce citoyen canadien et avait failli à ses obligations internationales en matière de droits de la personne.

« Les gouvernements, y compris celui des libéraux, soutenaient qu'ils étaient informés par les Américains que Khadr était bien traité. Mais ils mentaient : la Cour suprême a même divulgué une vidéo démontrant qu'il était torturé », signale M. Edney, qui reproche à l'ancien premier ministre Stephen Harper d'en avoir fait une affaire personnelle.

« Les États-Unis violaient la Convention de Genève et la Convention contre la torture et le Canada était complice », affirme-t-il.

« Lorsque nous sommes gouvernés par la peur, nous ne sommes plus dans un État de droit et c'est précisément l'un des objectifs des terroristes de créer un climat de peur », dit le juriste.

Celui-ci était de passage lundi à l'Université de Sherbrooke pour une conférence sur ce sujet, « L'État de droit sous le règne de la peur », précédée d'une autre à l'Université Bishop's le week-end dernier.

Il en a profité pour lancer une campagne de sensibilisation et de financement (PourOmarKhadr.com).

« Cette affaire démontre également que les lois que chacun de nous considère comme une protection pourraient ne plus être là si nous ne les défendons pas! Si nous avons abandonné à son sort un enfant tout en connaissant la réputation de l'enfer de Guantanamo, où les détenus étaient enfermés dans des cages, alors qui parmi nous est en sécurité? » demande l'avocat.

Les démêlés judiciaires d'Omar Khadr ne sont pas terminés : le gouvernement canadien s'est donné jusqu'en février 2019 pour décider s'il en appellera de sa libération, tandis qu'un appel de sa condamnation a été présenté aux États-Unis et qu'une poursuite est engagée contre le gouvernement canadien pour complicité dans la torture du jeune homme.

Mais Dennis Edney garde le cap et continuera de défendre son protégé.

« Je considère comme un privilège le fait d'avoir pu sortir un jeune homme de la torture et de la prison; il n'y a pas de plus beau cadeau que de lui permettre de refaire sa vie alors qu'il a vécu tant d'injustice », raconte ce juriste que le magazine Canadian Lawer place parmi les 25 avocats les plus influents au pays dans la catégorie « Droit criminel et des personnes ».

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