Troubles alimentaires : «Je me suis promis de ne pas m'abandonner»

Véronique a accepté de parler de son trouble... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Véronique a accepté de parler de son trouble de comportement alimentaire, mais a choisi de le faire anonymement. Parce que c'est difficile, mais aussi parce que ce type de trouble n'a pas de visage. Il peut toucher tout le monde.

Spectre Média, Maxime Picard

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(SHERBROOKE) En janvier 2013, Véronique s'est retrouvée au pas de la porte d'Arrimage Estrie. « Il y a trois ans, je mourais de l'intérieur. J'arrivais à peine à me tenir debout. L'escalier devant moi me semblait interminable et me donnait le vertige. C'était une soirée froide d'hiver et mon coeur tremblait. Je me souviens avoir fait plusieurs allers-retours sur cette partie de la rue Wellington, me demandant si j'allais finalement entrer. À ce moment de ma vie, marcher était pénible. À chaque pas, j'avais l'impression de tomber par en dedans. Je ne savais pas ce qui m'attendait en haut de cet escalier, je savais encore moins tout ce qu'Arrimage Estrie allait m'apporter. »

Véronique, 25 ans, a livré un touchant témoignage, mercredi, lors d'un événement-bénéfice organisé par Arrimage Estrie dans le cadre de la semaine de sensibilisation aux troubles alimentaires.

Ce soir-là de janvier, Véronique a assisté à son premier groupe de soutien. Un groupe ouvert. Puis un groupe fermé où se ressemblaient tous les mercredis étudiantes, mères de famille, femmes d'affaires. Il a fallu dix semaines à Véronique avant de dire plus de deux phrases d'affilée. « Je passais les deux heures sans parler, à trembler sur ma chaise, à fuir les regards, en espérant être invisible », se souvient-elle.

À cette époque, Véronique se trouvait grosse « comme on se trouve grosse juste parce qu'on existe ».

Véronique a accepté de donner une entrevue à La Tribune pour que les gens qui liront ces mots sachent que c'est possible d'aller mieux. Qu'avec le temps, la douceur et l'espoir, on peut avoir une vie meilleure. Elle en parle sans jamais mentionner de chiffre concernant son poids ni de moyens qu'elle utilisait pour cacher son trouble alimentaire. « C'est aussi une règle qu'on a dans les groupes de discussion. Si on dit un chiffre, par exemple, quelqu'un d'autre pourra se dire, en se comparant : je ne vais pas si mal ou je dois atteindre ce chiffre », explique-t-elle.

Véronique ne souhaite pas non plus nommer son trouble spécifique ni parler de guérison. « On parle de rétablissement. On apprend à vivre avec nos émotions, gérer les périodes de stress et de changements. Mais c'est un trouble qui nous guette pour toujours alors il faut bien se connaître et connaître nos limites. »

Sa « destruction », comme elle la nomme, a commencé à l'âge de 12 ans. Un décès dans sa famille l'a fait réfléchir sur l'existence et l'a fait douter de sa valeur en tant qu'être humain. Mais les troubles alimentaires sont complexes et multifactoriels. Et ce décès n'a été que l'élément déclencheur.

« J'avais peur de l'immensité. Du vide. De tomber par en dedans. Toutes mes tentatives de m'ancrer dans la vie restaient vaines ne créant que plus d'espace entre les autres et moi. Une roue s'est enclenchée et j'ai atteint un point de non-retour», témoigne-t-elle. Le temps passe. Des repas sont jetés sans être touchés. Des cours à l'école sont séchés par manque de force.

Le point de non-retour, elle le raconte sans vouloir s'y attarder. « Je me suis retrouvée étendue sur une civière, le visage transparent, les jambes tremblantes, me battant pour me lever et m'enfuir alors que je manquais de force pour prononcer un mot. Branchée à une machine qui mesurait les battements de mon coeur, trop lents, instables. »

Le chemin du rétablissement, elle l'a trouvé grâce aux gens qui l'entouraient. « C'est ce qui sauve, en bout de ligne, les mains tendues, les regards posés, les silences partagés », explique Véronique qui termine aujourd'hui sa technique au Cégep de Sherbrooke.

Parmi les gens qui ont accompagné Véronique, il y a cette grande amie qui l'a reconduite au groupe de soutien d'Arrimage Estrie chaque mercredi pendant seize semaines. Et les gens qu'elle a croisés lors de ces rencontres où l'écoute et l'accueil sont rois.

« Je me suis promis de ne pas m'abandonner et ça implique me donner le droit d'exister, de croire que j'ai de la valeur. Que j'ai le droit de ressentir. D'être. C'est croire qu'être Véro, c'est suffisant. »

Du soutien pour 380 personnes

Arrimage Estrie est un organisme d'action communautaire qui favorise le développement d'une image corporelle positive dans la collectivité en plus d'accompagner les personnes touchées par un trouble du comportement alimentaire tel que l'anorexie, la boulimie, l'hyperphagie, la bigorexie, l'orthorexie ou l'obsession de la minceur.

Au cours de l'exercice financier se terminant en 2015, 380personnes ont eu recours à un service de soutien d'Arrimage Estrie en lien avec un trouble de comportement alimentaire et

3900 autres personnes ont été sensibilisées à cette réalité par le biais d'ateliers éducatifs et kiosques de prévention.

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