Sudation mortelle : la prison pour les trois coaccusés

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Gabrielle Fontaine, l'organisatrice du séminaire de croissance personnelle, a écopé de trois ans de prison. Ses deux associés, Ginette Duclos et Gérald Fontaine, ont pour leur part reçu une peine de deux ans de prison

Collaboration spéciale, Éric Beaupré

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Yanick Poisson
La Tribune

(DRUMMONDVILE) La juge Hélène Fabi a condamné Gabrielle Fréchette et ses acolytes, Ginette Duclos et Gérald Fontaine à purger des peines d'emprisonnement pour avoir été les instigateurs d'une hutte de sudation qui a mené au décès de Chantal Lavigne et provoqué les lésions à Julie Théberge. L'événement a eu lieu le 29 juillet 2011, à la ferme Reine de la paix de Durham-Sud.

La principale accusée dans cette affaire, Gabrielle Fréchette, devra passer les trois prochaines années derrière les barreaux, alors que ses deux associés, qui avaient une implication moindre, devront purger une sentence de deux ans. Vu la nature des accusations, les trois criminels ne pourront pas posséder d'arme pour les dix prochaines années.

La magistrate a indiqué, au moment de rendre son verdict, qu'il était crucial d'imposer une peine visant à dissuader quiconque ayant l'intention de mener des expériences potentiellement dangereuses sur autrui alors qu'il n'a pas les compétences nécessaires pour assurer sa sécurité.

« Le Tribunal est d'opinion qu'il est impératif de communiquer la réprobation de la société envers ces gestes pouvant être commis par des citoyens de bonne famille, habituellement respectueux de la loi. Le Tribunal estime qu'il s'agit de la seule façon de les dissuader de s'engager dans de telles activités, le message doit être clair », a-t-elle expliqué dans le cadre d'un jugement de 26 pages.

La hutte de sudation, qui regroupait une dizaine de personnes, consistait à ensevelir les corps nus des participants dans de la boue et sous une quantité importante de couvertures. Leur tête était placée dans une boîte de carton trouée et ils étaient amenés à hyperventiler. Le titre du séminaire qui a tourné à la catastrophe était « mourir en conscience ».

Gilles Sainton, le coroner appelé à évaluer le corps de la victime, avait conclu que Mme Lavigne, une mère de deux enfants, avait subi une mort violente attribuable à un important coup de chaleur.

Un récit douteux, des accusés abasourdis

La juge Fabi n'a visiblement pas cru les allégations de Gabrielle Fréchette, qui a indiqué, lors que l'enquête visant à établir la peine, avoir finalement compris la portée de ses gestes. Elle avait alors affirmé avoir l'intention de cesser sa pratique de canalisation d'énergie et ses comportements frôlant l'hérésie.

« Le discours qu'elle a livré à la Cour est hésitant et empreint de nervosité. Il diffère également de ce qu'elle a dit au psychiatre et à l'agent de probation quelques mois plus tôt. En raison du maintien de ses liens avec des gens gravitant dans le domaine et du maintien de ses activités de croissance personnelle, nous ne pouvons écarter les risques de récidive », a-t-elle statué.

Au moment du prononcé de la sentence, Gabrielle Fréchette a réagi comme si on lui avait asséné une gifle en plein visage. Elle a paru fortement ébranlée au moment d'entrer dans le box des accusés. Elle en est ressortie momentanément pour y retourner et finalement prendre le chemin des cellules, l'air perturbé.

Le conjoint de Ginette Duclos a réagi vivement à l'annonce. Exprimant son mécontentement aux médias par un « Assez, c'est assez! » L'homme a rapidement rejoint l'avocat de sa conjointe afin de s'informer de la suite des choses.

Les trois coaccusés en ont appelé du verdict de culpabilité et pourront demander à ce que les peines d'emprisonnement soient suspendues pendant les procédures devant la Cour d'appel.

L'ex-conjoint de Chantal Lavigne, Patrick Naud ... (Collaboration spéciale, Éric Beaupré) - image 2.0

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L'ex-conjoint de Chantal Lavigne, Patrick Naud 

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Le père de la victime, Donald Lavigne... (Collaboration spéciale, Éric Beaupré) - image 2.1

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Le père de la victime, Donald Lavigne

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La famille de Chantal Lavigne soulagée

S'ils savent pertinemment que la peine d'emprisonnement prononcée contre Gabrielle Fréchette ne ramènera pas Chantal Lavigne, les proches de la victime ont tout de même lâché un soupir de soulagement à leur sortie du palais de justice de Drummondville.

« Je ne suis pas très compétent en matière de justice, mais en ce qui me concerne, quand tu fais du mal, il faut que tu paies pour, a suggéré le père de la défunte, Donald Lavigne. Je suis très content que ça se règle de même, ça envoie un message clair qu'il ne faut pas s'embarquer dans des affaires de même ».

M. Lavigne n'a pas vécu des moments aisés depuis qu'on lui a enlevé sa fille, il y a maintenant près de cinq ans. Il s'efforce tant bien que mal de tourner la page, se concentrant sur son autre fille. « Ça ne s'oublie pas ces choses-là. J'avais deux filles, je n'en ai plus qu'une. Ce n'est pas toujours facile, mais il faut essayer de passer à autre chose », a-t-il dit.

Patrick Naud incrédule

D'un naturel peu loquace avec les médias, le conjoint de Chantal Lavigne, Patrick Naud, n'a pas fait d'entorse à ses habitudes, vendredi, à la sortie de la salle d'audience. Visiblement surpris que les responsables du décès de la mère de ses enfants se soient vu montrer le chemin des cellules, il s'est enquis du résultat aux gens qui l'accompagnaient avant de s'adresser brièvement aux journalistes.

« Je suis satisfait du message lancé par cette sentence. Ça ne ramènera pas Chantal, mais, au moins, ils vont en prison », s'est-il réjoui.

Ce dernier s'est également plaint de la longueur du processus, lui qui a dû revivre à maintes occasions le décès de celle qu'il aimait au cours des quatre dernières années et demie. Il s'est également dit choqué qu'après tout ce processus, il y ait encore possibilité que la décision soit renversée par la Cour d'appel.

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