« Mes ressources sont épuisées »

Les deux dernières fois qu'Angus a fait une... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Les deux dernières fois qu'Angus a fait une crise à l'école, il a été renvoyé auprès de sa famille pour plusieurs jours. Ses parents Sheila Quinn et Clinton Sévigny (absent sur la photo) déplorent le manque de ressources pour leur venir en aide lorsque des situations comme celles-ci surviennent.

Spectre Média, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Les deux dernières fois qu'Angus a fait une crise à l'école, il a été renvoyé auprès de sa famille, le temps que l'établissement mette en place un plan d'action. Le problème, soulignent ses parents, c'est qu'il est «suspendu» pour une semaine complète et qu'il n'existe aucun service pour les aider à prendre soin de leur enfant pendant ce temps.

Angus a 12 ans et fréquente le Touret, une école spécialisée située à Sherbrooke. Diagnostiqué comme étant autiste, il a constamment besoin d'accompagnement, et il n'est pas évident de le faire garder. «Ce n'est pas facile. Quand Angus devient agressif, je comprends que tout le monde essaie de trouver une solution, mais c'est dur pour les parents. On ne parle pas d'un jour ou deux, mais d'une semaine, et parfois même de plusieurs semaines [NDLR : dans une autre école, Angus avait été suspendu pour six semaines]. Mes ressources sont vraiment épuisées», confie son père Clinton Sévigny.

Le principal problème avec cette procédure semble être l'absence d'alternative à l'école pour les parents. «S'il y avait quelque chose qui existait comme une garderie où il pourrait être pendant que l'école prend le temps dont elle a besoin... Ça pourrait être subventionné, mais même s'il fallait que je paie de ma poche, ça ne me dérangerait pas», poursuit M. Sévigny.

Heureusement, son employeur est compréhensif. Mais le Sherbrookois se doute bien qu'il y a des limites. «J'ai dû changer mes heures de travail, pour les faire fonctionner avec les horaires des gardiennes et des membres de ma famille, et jusqu'à maintenant, on ne m'a rien dit. Mais si ça continue, c'est sûr que ça va causer un problème», dit-il.

Comme Angus ne fait pas de crise à la maison, il est difficile pour ses parents d'aider les éducatrices à identifier les signes précurseurs de celles-ci. «C'est peut-être juste une phase à travers de laquelle il va passer. Ce ne serait pas la première fois, c'est déjà arrivé», espère son père.

Manque de ressources à l'école

Pour Sheila Quinn, la mère d'Angus, le manque de ressources à l'école est en partie responsable des suspensions et des problèmes qui en découlent. «Au Touret, il y a tellement de choses qui vont extrêmement bien. Le personnel est dévoué, c'est le système qui souffre d'un poids énorme. Il y a des coupures, alors qu'on dit qu'on doit investir dans les écoles, dans les services spécialisés, dans les êtres humains», dit-elle.

Celle qui est éducatrice spécialisée de formation se demande pourquoi une école spécialisée, qui accueille justement des enfants qui ont le potentiel de devenir frustrés et agressifs, ne réussit pas à gérer plus efficacement la situation.

«Je pense que les écoles ont besoin d'énormément plus de ressources, et que les professionnels doivent pouvoir parler aux parents honnêtement et le dire lorsqu'ils n'y arrivent pas», ajoute-t-elle.

Comme Clinton Sévigny, elle souligne que le poids est lourd sur les parents lorsque de telles situations surviennent, et que leur famille est loin d'être seule dans cette situation. «Certains ont l'impression que pour avoir un enfant handicapé physiquement ou intellectuellement, il faut être millionnaire», dit-elle, ajoutant qu'elle connaît des gens qui ont dû hypothéquer leur maison pour avoir recours à des services.

Il lui semble également impératif de rendre le système plus humain. «On a appliqué un système de compartiments au système d'éducation, mais ce n'est pas la bonne façon de faire. Ça crée des craques au travers desquelles les élèves peuvent tomber», dit-elle.

Un exemple de «compartiment»? Les élèves peuvent bénéficier des services de garde après l'école jusqu'à 12 ans, après quoi on considère qu'ils sont assez vieux pour s'occuper d'eux-mêmes. Une mesure qui s'applique même... aux écoles spécialisées.

«Après, ça prend un village pour attraper ces jeunes et les soutenir. Mais ça prend aussi un village pour soutenir les adultes qui s'en occupent.»

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