Le long combat de Robert Jolicoeur

Opéré d'urgence à deux reprises en juillet dernier,... (Spectre, Jessica Garneau)

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Opéré d'urgence à deux reprises en juillet dernier, Robert Jolicoeur se remet lentement des dures souffrances qu'il a dû traverser. «J'ai voulu mourir», dit-il.

Spectre, Jessica Garneau

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(SHERBROOKE) Robert Jolicoeur revient de loin. De très loin même. Celui que d'aucuns appellent encore « le curé Jolicoeur » se remet en effet lentement et péniblement de deux opérations au côlon qui ont failli lui coûter la vie. Une épreuve au cours de laquelle l'homme d'Église dit avoir souhaité mourir tellement ses souffrances ont été insupportables.

Tout a commencé, dit-il, le 6 juillet dernier lorsque de vives douleurs au niveau du ventre l'ont amené d'urgence à l'Hôtel-Dieu. Dès son arrivée, les médecins constatent qu'il présente tous les symptômes d'une crise aiguë de diverticulite. Compte tenu des risques graves associés à une éventuelle perforation du côlon, celui-ci est amené directement en salle d'opération.

« On m'a opéré d'urgence en pleine nuit, raconte Robert Jolicoeur en replongeant dans les premiers instants de ce qui allait bientôt devenir un long et douloureux combat. Lorsque je me suis réveillé, les médecins m'ont dit que l'opération avait été une réussite... Mais deux jours plus tard, on est venu me voir en me disant que, finalement, ça n'avait pas marché et qu'il fallait m'opérer de nouveau... ».

Tout juste avant de procéder à cette deuxième opération en moins de 72 heures, les médecins préviennent les proches de Robert Jolicoeur que ses chances de survie ne sont que d'une sur trois.

Au sortir de cette deuxième opération, Robert Jolicoeur dit avoir passé trois semaines dans le coma. « On m'avait mis un masque à oxygène et lorsqu'est venu le temps de me l'enlever, les médecins ont dit que si je réussissais à respirer par moi-même, ça serait un miracle, sinon je serais déclaré cliniquement mort.

« Quand je me suis réveillé au bout de trois semaines, j'ai souhaité mourir, dit-il en éclatant en sanglots. Moi qui aime tant la vie, je souhaitais maintenant mourir. Je souhaitais mourir parce que je souffrais, mais aussi que je ne pouvais plus marcher. On m'a dit que j'allais avoir un très long combat à faire, un combat qui allait demander beaucoup de courage, beaucoup de détermination. Sauf qu'au moment où on m'a dit ça, je ne me sentais plus la force de m'investir là-dedans. Je me disais : 'comment je vais faire pour y arriver? '.

« J'ai même demandé au docteur : 'Laissez-moi aller aux soins palliatifs. J'aimerais ça y aller pour partir doucement. Mais il m'a répondu : 'Vous n'avez pas le cancer, monsieur Jolicoeur, vous ne pouvez pas aller aux soins palliatifs. Puis, il m'a dit : 'Vous savez, on a tout fait pour vous sauver. On a tout fait pour vous remettre sur pieds. Soyez patient. Vous allez voir ça va bien aller.'

En effet, dans les jours qui ont suivi, plusieurs « petits événements », dit Robert Jolicoeur ont eu l'effet d'un baume sur ses plaies. Comme le jour, dit-il, où un jeune brancardier, du nom de Samuel, lui a rendu visite inopinément. « Il est arrivé dans ma chambre et il m'a dit : 'C'est vous qui m'avez fait faire ma première communion. C'est le plus beau souvenir que j'ai gardé de la religion.'

« Lorsqu'il est reparti, je me suis dit : 'Il y a sûrement d'autres Samuel qui ont encore besoin de moi sur leur passage pour leur donner le goût de Dieu et leur faire vivre une belle expérience de foi et de religion.' »

Puis, il y a eu la visite du psychologue Marc Simard : « Il est venu s'asseoir gentiment une heure avec moi. Il m'a écouté lui raconter mes souffrances. Puis après m'avoir écouté, il m'a demandé : 'Avez-vous déjà pensé au suicide? ' Je lui ai dit : 'Jamais! J'aime beaucoup trop la vie pour ça...' Dans ce cas, m'a-t-il dit, faites le pari de la vie. Dites-vous qu'il vous reste encore plein de bonnes et belles choses qui vous attendent.' Ce jour-là, j'ai décidé que je me battrais, que je retrouverais mes jambes et que j'allais être capable de marcher. Ce jour-là, j'ai décidé que je ne baisserais pas les bras, que la seule fois où j'allais baisser les bras, ça allait être pour me retrousser les manches. Aujourd'hui, je réalise que toutes petites phrases-là m'ont beaucoup aidé. Tous ces gens avaient raison », dit-il.

En aucun moment il dit n'avoir eu peur de la mort. « Tout ce que je voulais, c'est ne pas souffrir, dit-il. Jamais je n'ai envisagé le suicide - même le suicide assisté, je n'y ai pas pensé. Par contre, si on m'avait dit : 'vous pouvez aller aux soins palliatifs et d'ici 10-12 jours, avec de la morphine, on va mettre fin à vos souffrances, j'aurais dit oui tout de suite. J'étais tellement désespéré... »

Réhabilitation

À sa sortie de l'Hôtel-Dieu, en septembre, Robert Jolicoeur a été admis à Youville où, pendant un mois et demi, il a dû se soumettre à la physiothérapie.

« J'avais entendu tellement de choses négatives sur Youville. On m'avait dit que ça puait, qu'on mangeait mal et que les soins étaient mauvais, etc. C'est totalement faux! C'est là que j'ai le mieux mangé. Et les thérapeutes sont extrêmement professionnels et attentionnés », tient-il à ajouter.

Une fois sa réhabilitation à Youville terminée, Robert Jolicoeur a poursuivi sa convalescence au Pavillon Mgr-Racine, situé dans la paroisse St-Esprit, d'où il est ressorti le 7 décembre pour rentrer chez lui, à l'archevêché.

Peu à peu, ses jambes retrouvent de leurs forces. « Je sors encore avec ma marchette, mais je peux maintenant marcher avec ma canne lorsque je suis à l'archevêché. »

Cinq mois après le début de cette épreuve, et malgré les nombreux kilos perdus en cours de route, Robert Jolicoeur sent qu'il prend du mieux.

« Le docteur m'a annoncé une bonne nouvelle. Il m'a dit : 'Vous n'avez pas le cancer, mais vous allez être obligé de porter une stomie (sac) pendant quelques mois, avant qu'on puisse vous recoudre le côlon, au mois d'avril. »

D'ici là, Robert Jolicoeur entrevoit déjà certains projets.

« Ma convalescence finit le 1er mars. À partir du 2 mars, je me mets à enregistrer des émissions pour La victoire de l'amour sur le réseau TVA. Je débute officiellement le dimanche 20 mars avec une grande entrevue que je vais donner à cette émission. Ensuite, j'ai accepté de prêcher la retraite à Drummondville, à l'Auberge Le Dauphin. On attend 200 personnes les 8, 9 et 10 avril. »

Cela dit, Robert Jolicoeur dit voir venir Noël avec sérénité. « Pour un pasteur comme moi qui, pendant des années, a déjà célébré sept messes de Noël, ce n'est pas évident, dit-il. On a l'impression d'être inutile. Mais cette année, je me suis dit : 'Robert, tu vas vivre un Noel pour toi. Je vais donc allez à Saint-Benoît du Lac, le matin de Noël. Ça va être mon petit Noël d'amour. Après je vais aller bruncher avec des amis et ma famille va descendre. »

S'il est une chose que Robert Jolicoeur dit retenir des moments difficiles qu'il vient de vivre, c'est que l'amour peut triompher de tout.

« Durant tout mon combat, j'ai été entouré d'amour. Ç'a été un tsunami d'amour. J'ai reçu au-delà de 120 cartes de Noël, auxquelles j'ai répondu une à une. J'ai aussi reçu une caisse de courriels à TVA de la part des téléspectateurs qui me souhaitent prompt rétablissement. »

Vision de la souffrance

Robert Jolicoeur affirme aujourd'hui que la souffrance l'a rendu plus compatissant à l'égard de ceux et celles qui souffrent.

« Il y a des choses que j'ai dit dans des sermons, il y a 20 ans sur la souffrance, que je ne redirais plus aujourd'hui. Je ne pourrai plus jamais écouter les gens qui souffrent de la même façon. J'ai assez souffert pour savoir ce qu'ils vivent. Le Bon Dieu ne veut pas qu'on souffre. Ce n'est pas dans son plan de match. Il nous veut heureux, joyeux et libres.. J'ai la conviction qu'il m'accompagne dans mes efforts. J'ai la conviction que si un jour je meurs, il va m'accueillir. »

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