Richesse et pauvreté

Oui, vendredi, les livreurs de paniers de Noël... (Spectre Média, René Marquis)

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Oui, vendredi, les livreurs de paniers de Noël de la Fondation Roch-Guertin sont débarqués à la porte de son 4 et demi avec un tas de boîtes de denrées.

Spectre Média, René Marquis

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(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Ça arrive assez souvent que tout fout le camp; tu pars dans une direction bien précise avec une idée assez claire sur le papier que tu veux faire, la chronique que tu veux écrire, l'angle que tu veux aborder et partager avec le lecteur. Puis, je viens de le dire, ça arrive assez souvent que tout fout le camp, que c'est plus ça pantoute.

Là. Ce statut qui m'interpelle sur les médias sociaux, un truc pas fait pour passer en douce, cette amie peintre rappelant qu'en cette joyeuse période des Fêtes qui s'amorce, plusieurs artistes seront au nombre des gens qui recevront un panier de Noël.

Je me suis pointée chez l'une d'elles dimanche matin. On fera ça sous le couvert de l'anonymat, je ne la nommerai pas, je ferai en sorte qu'on ne puisse pas la reconnaître même en lisant entre les lignes, on prendra une photo thématique et le tour sera joué, parce que même quand il ne reste pas grand chose dans ton compte et ton frigo, t'as pas pour autant hypothéqué ta fierté.

On peut ainsi parler de pauvreté. On pourra aborder la question de la précarité financière des artistes, le manque de reconnaissance de leur travail dans la communauté, notre tendance à ne pas les payer à leur juste valeur, la nécessité de mettre parfois la créativité de côté en accumulant les boulots pour payer le loyer et les trucs de base.

Pendant un moment, on soulignera qu'entre la créativité qui t'habite et la possibilité que quelqu'un quelque part décide d'acheter ton oeuvre le moment venu, il y aura la matière, les matériaux, le temps. Et on conviendra que le temps c'est pas toujours de l'argent.

Mais en vérité, pendant cette quarantaine de minutes où on sera assise sur le canapé rouge, ce ne sera pas tant de ponctualité ou de permanence de la pauvreté qu'on aura envie de parler, mais bien de richesse.

Oui, depuis septembre, Moisson Estrie donne un coup de main à cette artiste multidisciplinaire, mère monoparentale de deux enfants, dont la situation déjà un peu précaire s'est encore détériorée au terme d'une rupture amoureuse.

Oui, vendredi, les livreurs de paniers de Noël de la Fondation Roch-Guertin sont débarqués à la porte de son 4 et demi avec un tas de boîtes de denrées.

Oui, elle est contente, full reconnaissante même; le poulet, le jambon, les dessins et voeux de Noël dans le fond des boîtes que des bénévoles ont pris le temps de griffonner, tout ça, ça l'a vraiment touchée. Autant que la délicatesse de cette dame chez Moisson Estrie qui a pris la peine de lui dire de ne pas s'en faire, qu'elle aussi avait passé par là, et que oui, souvent, les difficultés ne font que passer.

Elle parlait de tout ça de sa voix très posée, sans amertume ni colère, sans gêne non plus pendant que ses filles profitaient de la tranquillité des vacances, installées au salon, la plus jeune affairée à la table de bricolage, la plus vieille écoutant la conversation d'une oreille qui n'a pas l'air d'écouter. La grande a 11 ans, une pré-ado, précise sa mère en souriant. N'empêche, elle m'a saluée au saut du lit après avoir embrassé sa mère et a fait un brin de jasette. La petite, 4 ans peut-être, était trop gênée pour un bonjour quand je suis arrivée. Dix minutes plus tard, elle m'a montré son bricolage, tendu une pomme et distribué une flopée de sourires pas croyables.

Tout ça, ça se passe dans un 4 et demi décoré joyeusement pour Noël, traversé d'une musique toute douce et d'une vibe tout en amour et en harmonie. Un 4 et demi où on va célébrer les Fêtes en famille, avec les proches, où on va créer et bricoler, d'où on va s'extirper souvent aussi pour aller jouer dehors, toujours en famille. «La famille et les proches, les activités simples ensemble, c'est pas mal nos projets des Fêtes », confie la mère.

Je vous le dis comme je le pense, dans le 4 et demi, ça sentait le bonheur, le pas compliqué, le pas besoin d'en faire trop, de se remplir l'agenda, de s'exagérer les cadeaux. Ça sentait l'amour, la famille, le respect de tout le monde, le désir de faire plaisir, la capacité de prendre du temps, le temps.

Ça sentait la richesse du bonheur.

Pis très honnêtement, je crois pas que ça ait tant à voir avec les paniers de Noël et le dépannage alimentaire. Peut-être un peu, mais vraiment pas tant.

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