De sombres nouvelles de Raif Badawi

La 50e vigile pour Raif Badawi se tenait... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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La 50e vigile pour Raif Badawi se tenait jeudi soir et non vendredi midi, comme à l'habitude, afin de coïncider avec la Journée internationale des droits de l'homme. En plus des traditionnels coups de tambour et du slam de David Goudreault, le choeur Ô Gospel a interprété The Christian' s Trouble Over.

Spectre Média, Julien Chamberland

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<p>Chloé Cotnoir</p>
Chloé Cotnoir
La Tribune

(SHERBROOKE) C'est avec les yeux brillants et la gorge nouée par l'émotion qu'Ensaf Haidar s'est rendue jeudi soir à la 50e vigile pour Raif Badawi, emprisonné en Arabie saoudite. Quelques heures plus tôt, elle apprenait que son conjoint venait d'être transféré de prison et qu'il avait entrepris une grève de la faim en guise de protestation.

Selon Mme Haidar, M. Badawi a cessé de se nourrir mardi.

L'Administration pénitentiaire a transféré son mari dans un centre de détention appelée « la prison centrale de Shabbat », à 87 kilomètres de la ville de Jeddah, explique-t-elle.

« Cette prison est conçue pour les prisonniers dont le verdict a été confirmé par un dernier jugement. Le gouvernement saoudien a déclaré

à plusieurs reprises que le cas de Raif est à l'examen et n'est pas encore décidé par la Cour suprême. »

Ce transfert à cette prison pourrait vouloir dire la reprise des coups de fouet, croit Mme Haidar qui n'a pas été en mesure de parler à son conjoint cette semaine.

Comme Raif Badawi a entrepris une grève de la faim « stricte », la Sherbrookoise d'adoption tiendra l'administration pénitentiaire responsable des dégradations de l'état de santé de son époux.

« Nous saisissons cette occasion pour demander à Sa Majesté le roi Salman d'agir selon ses promesses et de pardonner mon mari, et de mettre fin à son calvaire et de celui de sa famille. »

Réussit-elle à garder espoir malgré ces sombres nouvelles?

« C'est difficile », répond-elle la voix cassée.

Après une courte pause, Mme Haidar ajoute que c'est Raif qui a besoin d'espoir, lui qui est seul.

« Moi j'ai du monde qui m'aide », souffle-t-elle en regardant les dizaines de personnes s'étant déplacées une fois de plus devant l'hôtel de ville de Sherbrooke pour une courte vigile.

Le slameur David Goudreault faisait d'ailleurs partie du nombre. Il a récité un slam en l'honneur du blogueur qui commençait ainsi : « Raif, je ne te connais pas encore, mais j'ai hâte de t'accueillir. En attendant, un autre droit de parole est mort alors je ne peux que me recueillir. Saluer ton courage, affronter la connerie blindée jusqu'aux os avec le bout de canif que sont les mots. »

Démarches politiques

Selon la responsable des communications d'Amnistie Internationale, Anne Sainte-Marie, le transfert de Raif Badawi était prévu dans une décision administrative.

« Comme il est un prisonnier d'opinion, nous demandons, plutôt que son transfert vers une autre prison, sa libération immédiate et inconditionnelle et la possibilité qu'il puisse rejoindre sa femme et leurs enfants à Sherbrooke », écrit-elle, dans un courriel envoyé aux médias.

La porte-parole d'Amnistie se montre déçue de l'inaction des gouvernements dans ce dossier.

« Amnistie USA demande aujourd'hui à M. Obama de suspendre une importante vente d'armes à l'Arabie saoudite, et nous publions demain un important rapport sur les frappes aériennes au Yémen de la coalition menée par l'Arabie saoudite, frappes qui ont visé des civils, en particulier des écoles. Il est grand temps que nos démocraties cessent de fermer les yeux sur le sinistre bilan des droits humains de pays comme l'Arabie saoudite », soutient Mme Sainte-Marie.

De plus, Amnistie internationale rappelle qu'il s'oppose à ce que ceux qui entament une grève de la faim soient punis, forcés d'y mettre fin ou nourris de force.

« Cela brimerait leur droit à la liberté d'expression et pourrait être assimilé à des traitements cruels, inhumains ou dégradants. Au contraire, les autorités doivent permettre un accès adéquat à des professionnels de la santé qualifiés qui pourront offrir des soins en tout respect des principes d'éthique médicale, y compris les principes de confidentialité, d'autonomie et de consentement éclairé », rappelle la responsable des communications.

Honneurs et prochaine vigile

Mme Haidar se trouvait à Montréal jeudi matin afin de recevoir un Prix hommage - 40 ans de la Charte des droits et libertés de la personne. Puis, elle s'envolera pour Strasbourg samedi afin d'accepter, au nom de son mari, le prestigieux prix Sakharov pour la liberté de l'esprit remis par le Parlement européen.

Les vigiles pour Raif devant l'hôtel de ville prennent une pause pour le temps des Fêtes. Le prochain événement officiel aura lieu le 8 janvier. Avec La Presse Canadienne

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