Raif Badawi gracié? : entre prudence et espoir

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La dernière nouvelle que nous avons dans le dossier est venue du ministre des Affaires étrangères saoudien qui avait alors réaffirmé que le cas de Raif était toujours en examen devant le tribunal », explique l'agente de développement régional d'Amnistie internationale en Estrie, Mireille Elchacar.

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Alexandre Faille
La Tribune

(Sherbrooke) Personne dans le camp d'Amnistie internationale et de Raif Badawi ne crie mission accomplie après la nouvelle dévoilée par le quotidien La Liberté de Suisse à l'effet que la sentence du blogueur saoudien aurait été suspendue.

Samedi, le journal rapportait que le secrétaire d'État suisse aux Affaires étrangères, Yves Rossier, avait été informé « que la sentence a été suspendue » et qu'« une procédure de grâce est en cours auprès du chef de l'État, donc du roi Salmane ben Abdelaziz al-Saoud ».

Si la nouvelle paraît suffisamment crédible pour être accueillie favorablement, on ne veut pas s'emballer trop rapidement chez Amnistie internationale, d'autant plus que les autorités saoudiennes n'ont toujours rien annoncé officiellement à cet effet.

« Les informateurs d'Amnistie internationale tentent de confirmer les informations. La dernière nouvelle que nous avons dans le dossier est venue du ministre des Affaires étrangères saoudien qui avait alors réaffirmé que le cas de Raif était toujours en examen devant le tribunal », explique l'agente de développement régional d'Amnistie internationale en Estrie, Mireille Elchacar.

Ensaf Haidar, la conjointe du blogueur qui réside à Sherbrooke avec leurs trois enfants, demeure aussi prudente en parlant d'une nouvelle qui nourrit l'espoir.

« J'ai vu l'information sur les réseaux sociaux et j'ai tout de suite appelé une amie en Suisse pour en discuter. C'est une belle surprise et j'espère que c'est vrai. J'ai de l'espoir, mais j'ai aussi peur », mentionne-t-elle.

Les craintes que les autorités saoudiennes, généralement imprévisibles, ne fassent volte-face sont bien présentes.

L'incertitude persiste

Si la « procédure de grâce » auprès du roi d'Arabie saoudite venait à se matérialiser, rien ne garantit que Raif Badawi pourra retrouver sa famille à Sherbrooke, prévient Mme Elchacar.

« Même s'il devenait libre en Arabie saoudite, la sentence qu'on lui a imposée l'empêche de voyager. C'est l'une des craintes d'Ensaf. Comme c'est un prisonnier d'opinion, il doit être libéré complètement pour éviter une nouvelle condamnation et que nous soyons en mesure de le rapatrier ici avec sa famille », indique-t-elle.

Les raisons de nourrir l'espoir sont tout de même nombreuses, à commencer par la source de l'information elle-même. La Suisse travaille d'arrache-pied pour la libération de Raif Badawi et le fait qu'un officiel suisse se soit prononcé sur la question est encourageant, évoque Mme Haidar, qui a eu des rencontres avec les autorités de ce pays dans les derniers mois.

« Le gouvernement suisse m'a assuré qu'il travaillait fort pour Raif, mais en privé. C'est la première fois que quelqu'un parle en public de ce sujet là-bas et c'est ce qui m'encourage », note-t-elle.

Raif Badawi, 31 ans, a été condamné en 2014 à dix ans de prison et 1000 coups de fouet par la justice saoudienne. Il avait reçu ses 50 premiers coups de fouet en janvier, mais le châtiment avait été suspendu après une vague de protestations dans le monde.

Le 29 octobre, le blogueur a obtenu le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit décerné par le Parlement européen, qui a alors appelé à sa libération « immédiate ». Mme Haidar s'envolera d'ailleurs le 12 décembre pour Strasbourg afin d'accepter, au nom de son mari, la prestigieuse reconnaissance.

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Piere-Luc Dusseault avise que la vigilance doit demeurer élevée dans le dossier de Raif Badawi.

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Dusseault en mode attente

Pierre-Luc Dusseault accueille positivement le développement possible dans le dossier Raif Badawi, mais à l'instar d'Amnistie internationale, le député fédéral de Sherbrooke préfère miser sur la prudence.

Comme tout le monde, M. Dusseault relève qu'il vaut mieux attendre des confirmations officielles en provenance de l'Arabie saoudite avant de tirer des conclusions.

« C'est une source crédible, mais il faut attendre, souligne-t-il. On savait déjà que le dossier était de retour devant la cour et on ne savait pas vraiment à quoi s'attendre. C'est un peu la même chose avec cette nouvelle. »

Le député avise que la vigilance doit demeurer élevée. L'interdiction de voyager qui accompagne la sentence de Raif Badawi est toujours inquiétante à ses yeux.

« Ce à quoi je m'attends depuis le début, c'est de le voir à Sherbrooke avec sa famille », souligne-t-il. Pour que cette vision se matérialise, celui-ci compte sur un meilleur appui du nouveau gouvernement.

« Je sais que Stéphane Dion, le ministre des Affaires étrangères, en a fait allusion. Je souhaite que la pression appliquée par le nouveau gouvernement soit plus forte que ce qui a été fait dans l'ancien. Il faut poursuivre le travail diplomatique et je m'assure de le rappeler aux personnes concernées. »

De son côté, la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau a réaffirmé que l'ambassadeur du Canada en Arabie Saoudite demeurait en constant contact avec les autorités du pays. « La diplomatie doit toujours se faire en délicatesse. C'est un nouvel espoir, mais on ne veut pas se faire d'illusions non plus », a-t-elle exprimé.

En réponse aux critiques qui ont soulevé que la Suisse était plus active que le Canada dans ce dossier, Mme Bibeau évoque que « tout ce qui compte, c'est qu'il soit libéré, peu importe qui y parvient ».

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