Un Drummondvillois révèle l'enfer du blocus indien au Népal

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Marc St-Louis est inquiet pour le Népal.

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Yanick Poisson
La Tribune

(Drummondville) Il ne fait pas très bon vivre au Népal depuis quelques semaines. Une importante crise économique causée par une fermeture partielle de la frontière avec l'Inde rend l'accès aux ressources naturelles difficile et cause de sérieux problèmes à une région qui se relève à peine d'un puissant tremblement de terre. De passage au Népal, le Drummondvillois Marc St-Louis est témoin de cet enfer.

« La frontière entre l'Inde et le Népal fait l'objet d'un blocus quasi complet. Les Madhesi, ethnie du sud du Népal, ont décidé d'empêcher l'essentiel de la circulation des biens provenant de l'Inde parce qu'ils sont insatisfaits de la nouvelle constitution adoptée par le gouvernement central en septembre. Or le Népal dépend en totalité de l'Inde pour son approvisionnement en pétrole », explique-t-il.

Afin d'éviter que l'on parle d'embargo et de mal paraître aux yeux de la communauté internationale, l'Inde autorise qu'environ 10 % des marchandises traversent normalement à passer sa frontière pour être livré au Népal.

Selon M. St-Louis, la pénurie heurte d'abord le secteur des transports. Obligés de faire des files d'attente monstre pour obtenir quelques litres d'essence, les particuliers délaissent leurs véhicules pour les transports en commun qui, étant eux aussi soumis à de sérieuses restrictions en matière de carburant, limitent leurs passages et maximisent chaque déplacement en empilant les gens les uns sur les autres à l'intérieur et à l'extérieur.

« On retrouve des gens sur les toits ou suspendus à la porte de côté laissé ouverte, illustre-t-il. Et cela ne vaut pas seulement pour les autobus de Katmandou, mais aussi pour les autobus assurant la liaison avec les autres villes ». Les taxis coûtent maintenant environ trois fois plus cher qu'il y a six semaines et le prix de l'essence est maintenant de 800 roupies du litre, soit environ 10 $.

De l'électricité 16 heures par jour

Puisque pratiquement tous les foyers dépendent du gaz propane pour cuisiner, plusieurs familles en sont réduites à cuisiner au bois, alors qu'il n'y a presque pas de bois disponible en ville et qu'ils n'ont pas les installations pour le faire.

« Il y a toujours la possibilité de cuisiner à l'électricité pour ceux qui ont l'équipement requis, mais la livraison d'électricité est interrompue pendant deux périodes de quatre heures par jour selon un horaire qui change toutes les semaines et qui varie d'un quartier à l'autre », continue le Drummondvillois.

Même les grandes installations comme les hôtels, usines et immeubles de bureaux sont affectés, car toutes compensent normalement les coupes dans l'approvisionnement en électricité par le recours à des génératrices.

Le tourisme frappé de plein fouet

Il va de soi que le contexte actuel n'est pas le plus favorable à l'industrie du tourisme, représentant 40 % du PIB népalais. Au cours des dernières semaines, des centaines de petites entreprises du Thamel, principal quartier touristique de Katmandou, ont fermé leurs portes. Or octobre et novembre sont les mois les plus importants pour les fournisseurs de trekking et autres activités de plein air.

« Pendant ce temps là, les gens ne reçoivent pas de salaire. Ces pertes de revenus se répercutent sur leur capacité à consommer. Conséquences, de très nombreux petits commerçants doivent eux aussi fermer leurs portes. Déjà que la plupart de ces gens gagnent peu », s'inquiète Marc St-Louis.

La reconstruction du pays, ravagé par un séisme en avril, est également au point mort et pourtant, il y a urgence en la demeure. Alors que la neige pourrait fermer l'accès à des régions plus reculées d'ici quelques semaines, plus de 1200 tonnes métriques de matériel attendent d'être livrées dans des entrepôts de Katmandou. Ce matériel est destiné essentiellement à la reconstruction et à l'amélioration des conditions de vie de milliers de personnes.

« Sans cette aide, ils devront passer l'hiver dans les abris de fortune qu'ils se sont construits après le séisme et qui ne leur permettront pas de se protéger adéquatement pendant la saison froide. Sans carburant suffisant dans un avenir très rapproché, tout ce matériel restera à Katmandou ou ne pourra servir qu'aux communautés les plus rapprochées de la ville centre », ajoute-t-il.

L'importance de s'insurger

Pour une raison que M. St-Louis ignore, le gouvernement népalais ne fait que bien peu afin de rétablir la situation et de libérer les habitants de leur « prise d'otage ». Il fait donc appel aux médias occidentaux pour briser le silence et informer la communauté internationale de la situation.

« J'ai vu un représentant de l'Union européenne aborder le sujet au parlement européen dernièrement et la BBC en avait brièvement fait état au début de la crise. Entre les deux : silence radio, déplore-t-il. Il faut de que tous les gouvernements du monde soient au courant. Mais qui osera sermonner l'Inde, un marché de 1,2 milliard de personnes? »

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