L'ÉI et la séduction djihadiste

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De nombreuses personnes sont venues déposer des lampions et des souvenirs à la Place de la République à Paris, dimanche, en mémoire des victimes des attentats du 13 novembre.

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Alexandre Faille
La Tribune

(SHERBROOKE) Les attentats de Paris ont été revendiqués par le groupe armé État islamique (ÉI), comme ceux de Beyrouth au Liban qui ont fait au moins 43 morts, comme plusieurs autres avant aussi. Plus ils attaquent, plus les services de renseignement en apprennent sur le mode opératoire du groupe terroriste, mais beaucoup de travail reste à faire, affirment des spécialistes.

La professeure Sarah-Myriam Martin-Brûlé étudie les stratégies de paix à la Faculté de politique et d'études internationales de l'Université Bishop's. Selon elle, les attentats de Paris témoignent d'un changement de stratégie par l'état-major de l'ÉI.

« On ne connaît pas encore le groupe suffisamment pour bien comprendre comment il fonctionne, mais l'ÉI avait une stratégie plus régionale, il cherchait à étendre son territoire en Irak et en Syrie. Cette fois, c'est une action spectaculaire qui vise entre autres à se démarquer d'autres organisations comme Al-Qaïda et à augmenter son recrutement. C'est peut-être aussi une attaque pour dissuader les gouvernements des pays qui les attaquent, mais je ne crois pas que la stratégie va fonctionner », explique-t-elle.

« Ils veulent internationaliser la guerre pour laquelle ils se battent. C'est un appel à tous les radicaux à se joindre aux conflits, ils essaient de déstabiliser pour gagner des sympathisants parce que le recrutement leur est essentiel », croit pour sa part Osire Glacier, également professeure à l'Université Bishop's et spécialiste de la politique au Moyen-Orient.

Une part du blâme à la France

Les deux expertes s'entendent pour affirmer que la France est devenue un terreau fertile au djihadisme en raison de la mauvaise intégration des immigrants à sa société, et ce, depuis des générations. Rappelons que selon les premières informations divulguées par les autorités, l'un des tueurs était d'origine française.

« La France a une façon de traiter les immigrants qui est très humiliante, on sent un mépris dans le discours des politiciens, particulièrement ceux de l'extrême droite. En Amérique du Nord, un dirigeant serait obligé de démissionner s'il prononçait le genre de propos tenus par certains politiciens français. Les immigrants et enfants d'immigrants n'ont pas les mêmes possibilités d'avancement. Égalité, Liberté, Fraternité, oui, mais pas pour tout le monde », note Mme Glacier.

La situation ne risque d'ailleurs pas de s'améliorer après les attentats, croit Mme Martin-Brûlé, qui voit les partis d'extrême droite reprendre à leur compte les événements pour y réaliser des gains politiques.

« On rêve un peu en couleur si l'on croit que ça n'alimentera pas l'extrême droite en France, qui utilise déjà des raccourcis dans la problématique des réfugiés. La France a d'ailleurs été critiquée à maintes reprises pour avoir trop pris de temps à agir contre la radicalisation », souligne-t-elle.

La question des réfugiés et celle du terrorisme ne doivent pas être amalgamées puisque ces peuples fuient précisément cet extrémisme religieux, indique Mme Glacier.

« La très grande majorité de la population syrienne qui fuit cherche un toit et un avenir pour les enfants, ce ne sont pas des criminels, affirme-t-elle. Les Syriens sont hautement éduqués, les chances qu'ils se radicalisent sont donc minimes. Est-ce qu'on est prémuni contre le terrorisme? Non, mais la menace peut provenir de n'importe qui. À Ottawa, c'est un Canadien qui a commis les attentats. »

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