Un référendum sous haute tension

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Des partisans du Non réagissent au résultat du référendum.

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(Sherbrooke) « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin 1995? » 

Vingt ans plus tard, quels souvenirs les acteurs estriens gardent-ils de la campagne référendaire de 1995? Comment interprétaient-ils la question à l'époque? Et surtout, pour quoi ont-ils voté? Voici leurs réponses.

Camp du Oui

Marie Malavoy,

députée de Sherbrooke en 1995

« Je me souviens qu'on sentait clairement la progression du Oui tout au long de la campagne. J'étais beaucoup en contact avec les gens sur le terrain et on sentait qu'il y avait une vague dans la population en notre faveur. D'ailleurs, dans les jours précédents le référendum, nos pointages indiquaient aussi un appui majoritaire au Oui, de l'ordre d'environ 53 %. On s'est dit que si le Oui passe à Sherbrooke, qui n'était pas reconnue comme un bastion souverainiste, on avait de bonnes chances de gagner à l'échelle du Québec. Évidemment, j'ai été très malheureuse du résultat. Perdre par si peu, c'est triste... Mais ce qu'il faut retenir, c'est que, malgré la tristesse, tout le monde est rentré chez lui, calme et serein. La défaite a laissé des traces, certes, mais personne n'a contesté le résultat. Et ça, c'est un signe que nous vivons dans une saine démocratie.

« Dans mon esprit, la question voulait dire qu'advenant un Oui, le Québec se donnait les moyens d'être un pays. Ce n'était pas un coup de force (à l'égard du Canada). On ne devenait pas indépendant le lendemain matin. Mais on ouvrait la porte à ce que le Québec devienne un pays indépendant. On se serait alors retrouvé en rupture politique (avec le Canada), mais on aurait continué à avoir des échanges économiques et à échanger sur un certain nombre de dossiers ». 

Claude Boucher,

député de Johnson en 1995

« Comme responsable régional du Oui, j'étais très fier du fait que le Oui l'avait emporté dans quatre circonscriptions de l'Estrie : non seulement ma circonscription de Johnson, mais aussi dans celle de Sherbrooke, Saint-François et Richmond. Par contre, la défaite à l'échelle nationale, a été très amère. Je l'ai vécue très difficilement. À cause de l'argent qui a été injecté illégalement dans la campagne, mais aussi à cause des votes illégaux. On se rappelle que dans Saint-François, des étudiants de Bishop's, qui habitaient Terre-Neuve, avaient voté illégalement. Il y en avait eu aussi ailleurs dans d'autres circonscriptions. J'ai trouvé ça très déprimant. Surtout quand tu perds par 55 000 voix... En tant que joueur de hockey, j'ai toujours su accepter la défaite, parce que tout le monde joue selon les mêmes règles. Dans le cas du référendum, les règles n'ont pas été respectées. Et ça, c'est dur à accepter. C'est pour ça que je dis qu'on s'est fait voler... Mais pour le reste, je suis très fier de tout ce qu'on a accompli, des efforts qu'on a mis pour faire avancer l'idée ».

« Pour ce qui est de la question : je ne la reposerais pas de la même façon. Ce n'était pas simple à comprendre. J'avais l'impression de voter pour un Québec indépendant, seulement s'il n'y avait pas moyen de s'entendre avec le Canada sur un partenariat... Si on reposait la question aujourd'hui, on n'aurait pas le choix de proposer un partenariat, comme on l'a fait en Écosse. Mais il faudrait que le gouvernement explique clairement en quoi consiste le partenariat, pour ne pas qu'il y ait d'ambiguïté ».

Camp du Non

Robert Benoit,

député d'Orford en 1995

 « Tout au long de la campagne, je me suis demandé si on allait gagner... Autant c'était facile pour moi de me faire élire et réélire, avec de fortes majorités, autant le référendum était ce qu'on appelle en anglais ''another ball game''. La tension était palpable. Les électeurs que je rencontrais étaient tendus. Le vote n'était pas du tout cristallisé. On sentait que ça pouvait aller d'un bord comme de l'autre. Et puis, il y a eu ce grand rassemblement monstre à Montréal, auquel je n'ai pas assisté, par choix. Pour moi, ça allait à l'encontre de la loi électorale québécoise, une loi qui donnait aux deux camps l'égalité des chances. Bref, ce référendum-là n'a pas été une expérience très agréable pour moi, même si nous avons gagné... 

« Il n'y a pas grand-monde qui comprenait où on s'en allait avec cette question-là. J'ai fait beaucoup d'assemblées de cuisine durant la campagne et je me souviens que les questions des gens allaient dans tous les sens. Du côté du Non, on ne savait plus si c'était Daniel Johnson, Jean Charest ou Jean Chrétien qui étaient les porte-parole. Du côté du Oui, il y a eu Jacques Parizeau, puis Lucien Bouchard... C'était assez compliqué à comprendre ».

Jean Perrault,

maire de Sherbrooke en 1995

« Je ne m'étais pas beaucoup impliqué à l'époque. J'étais maire depuis novembre 1994 et j'avais amplement de quoi m'occuper au conseil municipal. Mais je me souviens que les gens étaient très divisés. C'était une époque très émotive. Même dans les familles, on retrouvait des souverainistes et des fédéralistes. Personnellement, je me suis toujours considéré comme un nationaliste canadien et je me suis toujours senti respecté au Canada anglais. C'est pour ça que j'ai voté pour le Non. Mais j'avoue que (durant la campagne référendaire), j'étais nerveux et inquiet. Surtout lorsqu'il y a eu le grand rassemblement à Montréal. Je me suis demandé si c'était la bonne stratégie, si ça n'allait pas jouer en faveur du Oui. Heureusement, le résultat était celui que j'espérais. Je me rappelle qu'au conseil municipal, les discussions ne portaient pas beaucoup là-dessus, malgré le fait que presque la moitié du conseil était souverainiste.

« Je trouvais la question ambiguë et beaucoup trop longue. C'était une question à deux conséquences : on parlait à la fois de souveraineté et de négociation. Il y avait plusieurs façons de l'interpréter. On se demandait quel impact un Oui allait avoir sur le passeport, l'argent canadien, etc. Ça ajoutait au sentiment d'insécurité ».

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