Les frappes concertées

Chronique / À son tour, l'Estrie est touchée par les grèves... (Imacom, Frédéric Côté)

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) Chronique / À son tour, l'Estrie est touchée par les grèves tournantes des employés provinciaux avec des moyens de pression qui se répercuteront dans les secteurs névralgiques de l'éducation et de la santé.

À entendre les leaders syndicaux, leurs membres sont plus mobilisés que jamais. Ce n'est pas ce qui se dégageait d'une lettre ouverte parue dans nos pages, lundi, alors qu'une employée du réseau de la santé reprochait aux enseignants « de prendre parents et enfants en otage ».

« Il n'est pas facile pour nous de trouver une personne pour prendre soin de nos petits anges. En comparaison, que feriez-vous si nous, travailleurs de la santé, avec nos conditions à améliorer aussi, avions le malheur de fermer les hôpitaux ne serait-ce qu'une seule journée, questionnait Nadia Duclos, en s'excusant de dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas ».

Allo solidarité!

« Je ne suis pas surprise, ce sont des commentaires que nous entendons lors des réunions avec nos membres. Ça alimente les débats sur les vrais enjeux », réagit Mélissa Gaouette, vice-présidente de la CSN en Estrie, le syndicat représentant le plus de travailleurs dans le réseau de la santé.

« Notre société individualiste nous donne souvent une vision à court terme. La grève est un très petit sacrifice pour l'avenir. Je suis aussi une mère devant trouver une solution de remplacement pour mes enfants. Soyons conscients que le débrayage des enseignants sert notre cause, car il a beaucoup plus d'impact que nos moyens de pression en santé. Quand vous devez maintenir 90 pour cent des effectifs, votre grève est plus symbolique que dérangeante », poursuit Mme Gaouette.

C'est la rhétorique syndicale, militante, qui doit être adaptée à la réalité financière des ménages québécois qui sont endettés à 166 pour cent de leur revenu disponible. Chaque jour de travail perdu représentant 20 pour cent du salaire d'une semaine, ça compte.

Comme les six jours de grève suggérés ont obtenu une adhésion supérieure à 80 pour cent dans la plupart des syndicats, leurs leaders se sentent néanmoins d'attaque et s'estiment capables de faire marcher en rangs serrés les 17 281 Estriens membres du Front commun de la santé, de l'éducation et de la fonction publique.

«La grève est un très petit sacrifice pour l'avenir.»

Mélissa Gaouette
vice-présidente de la CSN en Estrie

Qu'en penseront les citoyens, feront-ils preuve de compréhension et de tolérance face aux moyens de pression en laissant le rapport de force s'exercer ou, au contraire, presseront-ils le gouvernement Couillard d'adopter une loi spéciale pour fixer les conditions de travail des employés de l'État?

Notre société vieillissante et beaucoup moins militante qu'elle ne l'a été dans le passé risque de se braquer « contre les bébés gâtés qui ont de meilleures conditions de travail que la majorité des salariés du Québec ». C'est la perception populaire que les chefs syndicaux devront combattre, d'autant que le gouvernement se dira dans l'incapacité d'offrir plus.

Les syndicats ne manqueront pas de s'impliquer à fond sur le front élargi des protestations contre l'austérité libérale. Le mouvement Je protège mon école publique formera de nouvelles chaînes humaines lundi prochain autour d'institutions scolaires de la région en ciblant les gouvernants.

Sans nécessairement prendre position en faveur des enseignants, ces représentations parentales défendent le principe que le point de rupture est atteint dans le réseau québécois de l'éducation, qu'il faut réinjecter de l'argent pour répondre aux besoins minimaux plutôt que de l'accabler de nouvelles compressions. Plus ce mouvement populaire sera durable et soutenu, plus les syndicats chercheront à prendre appui dessus.

Par ailleurs, même limités, les moyens de pression dans le réseau de la santé sont susceptibles d'en grossir les travers et d'augmenter l'irritation des usagers en attente de soins ou d'examens. À moins que le ministre Gaétan Barrette réussisse à parer à tous les blâmes en les associant aux moyens de pression, la cote de popularité du gouvernement risque d'être plus affectée que celle des syndicats.

C'est tout cela que Philippe Couillard devra soupeser au fil des jours ou des semaines, si l'on devait se rendre à la grève nationale de trois jours annoncée pour le début du mois de décembre.

Bien que le gouvernement provincial ait tous les outils à sa portée pour écourter la confrontation en imposant les conditions de travail par une loi spéciale, la négociation n'est pas un dossier isolé. La spirale politique et médiatique est plus large, plus compliquée.

Aussi bien que cela survienne en début de mandat, doivent se consoler le premier ministre Couillard et les députés de son équipe.

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