Un traité de 1909 à renégocier

Le lieu d'enfouissement de Casella Waste Systems à... (Courtoisie)

Agrandir

Le lieu d'enfouissement de Casella Waste Systems à Coventry, au Vermont, reçoit 460 000 tonnes de matières par année.

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) Situé à 80 kilomètres de Sherbrooke, le lieu d'enfouissement technique de Casella Waste Systems, à Coventry au Vermont, est au coeur des préoccupations des élus de la Ville de Sherbrooke et de la MRC de Memphrémagog en raison de sa proximité de la rivière Black, un affluent du lac Memphrémagog.

Plusieurs municipalités, Sherbrooke, Magog, canton de Potton (secteur Owl's Head) et Saint-Benoît-du-Lac, tirent leur eau potable de cette vaste étendue d'eau, dont 75 pour cent de la superficie se trouve au Québec, mais dont 70 pour cent du bassin versant est de l'autre côté de la frontière.

Au cours des dernières années, la Ville de Sherbrooke, tout comme la MRC de Memphrémagog, s'est opposée à l'agrandissement de ce lieu d'enfouissement. Elle a aussi exprimé son inquiétude de voir les eaux de lixiviation provenant du site être acheminées à la station d'épuration de Newport, une municipalité située à la tête du lac Memphrémagog.

Michel Cyr, chef de la division de la gestion des eaux à la Ville de Sherbrooke reconnaît qu'il s'agit d'une préoccupation, mais rappelle que le comité de vigilance Québec-Vermont est à l'oeuvre et que le site est bien géré.

Ce comité est formé des municipalités, du gouvernement du Québec et du Vermont et d'associations bénévoles dont Memphrémagog conservation inc. Son mandat est de déployer des efforts pour surveiller la qualité de l'eau du lac et de chercher à harmoniser les efforts de surveillance des deux côtés de la frontière.

« C'est un site bien géré, il n'y a pas de problèmes fondamentaux, mais on les suit de près; ils savent que nous sommes le chien de garde parce que c'est notre eau potable », dit M. Cyr.

« Ils ont des projets d'agrandissement, par contre, lorsqu'ils ferment une cellule ils l'encapsulent. Il y a deux membranes d'étanchéité synthétiques et ils pompent le lixiviat et l'envoient traiter à une station de pompage. Il y a une très bonne transparence de leur part », soutient-il.

Denis Paradis inquiet

Autre son de cloche de la part de Denis Paradis, nouveau député libéral de la circonscription de Brome-Missisquoi, qui a fait de la protection des lacs Champlain et Memphrémagog le cheval de bataille de sa campagne électorale.

M. Paradis, qui a été 11 ans en politique fédérale, jusqu'en 2006, avant d'effectuer un retour, est inquiet de la présence du lieu d'enfouissement de Coventry au point où il souhaite faire amender le Traité sur les eaux limitrophes pour mieux protéger les lacs qui sont sources d'eau potable.

Ce traité, signé en 1909, a pour but de régler les différends portant sur la quantité et la qualité des lacs et cours d'eau situés le long de la frontière entre le Canada et les États-Unis.

Selon M. Paradis, il faudrait interdire les projets d'infrastructures nuisibles à l'environnement et même tenir des audiences publiques de part et d'autre de la frontière lorsque cela serait nécessaire.

À la fin de 2013, Casella Waste Systems a obtenu l'autorisation de porter de 375 000 à 600 000 tonnes par année la capacité de son lieu d'enfouissement de l'Agence des ressources naturelles du Vermont, en vertu d'un permis de 10 ans.

Jeff Bourdeau, de la division des déchets solides à l'Agence, précise toutefois que la compagnie s'est limitée à 460 000 tonnes en 2014 et devait enfouir sensiblement la même quantité cette année.

De plus, dit-il, Casella Waste  Systems n'a pas eu à agrandir son lieu d'enfouissement puisque celui-ci avait déjà la capacité de recevoir davantage de matières secondaires.

« Il n'y a pas eu de nouvelle construction », affirme M. Bourdeau, rappelant que le lieu d'enfouissement de Coventry reçoit principalement des déchets générés dans le Vermont.

Denis Paradis croit toutefois qu'Ottawa et Washington devraient tenir des audiences publiques sur ce genre de projet.

« Le Vermont a un avantage financier avec ce projet puisque la compagnie paye tout à Coventry, mais c'est nous qui allons recevoir les résidus », lance-t-il.

« Tout cela m'inquiète énormément. ...].  Oui, le site est équipé de cellules d'étanchéité sauf que si la toile se perce, le lixiviat va s'écouler », dit-il.

De plus, s'insurge M. Paradis, « le lixiviat est traité à la station d'épuration de Newport et le résidu est envoyé dans le lac Memphrémagog (NDLR: dans la rivière Clyde, qui se jette dans le lac). Or, du côté du Vermont, le lac Memphrémagog n'est pas reconnu comme un lac réservoir ».

« Je dis oui à une relation de bon voisinage (entre le Canada et les États-Unis), mais je crois qu'il faut amender le Traité sur les eaux limitrophes pour y inclure des zones tampons; c'est important autant pour le Québec et le Vermont que pour le Canada et les États-Unis. Ce sont Ottawa et Washington qui en ont la responsabilité », fait-il valoir.

« Pour ce qui est du lac Memphrémagog, il faut mettre le comité mixte international là-dessus. Je ne comprends pas que les élus de la région n'aient pas sensibilisé leurs gouvernements respectifs », plaide Denis Paradis.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer