Une eau «parmi les meilleures au Québec!»

La qualité de l'eau du lac Memphrémagog « figure... (La Tribune, archives)

Agrandir

La qualité de l'eau du lac Memphrémagog « figure parmi les meilleures au Québec », affirme Michel Cyr, chef de la division gestion des eaux à la Ville de Sherbrooke.

La Tribune, archives

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(Sherbrooke) En dépit d'un développement résidentiel tous azimuts au cours des dernières années, de l'exploitation agricole et de la prolifération d'embarcations à moteur, l'eau puisée dans le lac Memphrémagog pour l'approvisionnement des citoyens est de très bonne qualité, selon la MRC de Memphrémagog et la Ville de Sherbrooke.

Près de 170 000 personnes tirent leur eau potable de ce lac transfrontalier, à Sherbrooke, à Magog, dans le canton de Potton (secteur Owl's Head) et à Saint-Benoît-du-Lac.

 « Notre eau est parmi les meilleures au Québec! » affirme Michel Cyr, chef de la division gestion des eaux à la Ville de Sherbrooke.

« On travaille à la source et l'eau est d'une telle qualité qu'il n'y a pas de produits chimiques et peu de chlore », ajoute-t-il, rappelant que le Règlement sur la qualité de l'eau potable de 2001 impose aux villes de nombreuses normes et mesures de contrôle.

Des analyses d'échantillons prélevés durant l'année à la station de traitement J.M. Jeanson démontrent que tant les paramètres biologiques (coliformes fécaux, bactéries, etc.), que physico-chimiques (métaux, alcalinité, etc.) sont très bons.

« Et depuis 1977, ça ne bouge jamais », souligne M. Cyr, rappelant que jusqu'aux années 1950 la Ville de Sherbrooke puisait son eau potable dans la rivière Magog et que sa qualité « était l'une des pires au Québec ».

La construction d'une conduite de 27 kilomètres de longueur entre le secteur de Georgeville, où se trouve la prise d'eau de Sherbrooke, et la station J.M. Jeanson et d'une puissante station de pompage, à l'initiative du conseiller municipal Jean-Marcel Jeanson et des ingénieurs Frank Mascolo et Jean-Paul Lajoie, va toutefois changer les choses à compter de 1966.

La conduite de 90 centimètres (36 pouces) permet d'approvisionner la population de Sherbrooke à raison de 60 millions de litres d'eau par jour.

« À l'époque, c'était une idée audacieuse, mais aujourd'hui on sauve de l'argent et nous avons une eau d'une qualité exceptionnelle », mentionne à ce propos Michel Cyr, qui siège au Comité Québec-Vermont.

Légère amélioration

Coordonnatrice de projet en développement durable à la MRC de Memphrémagog, Alexandra Roy, explique que le programme d'échantillonnages de tributaires du lac Memphrémagog démontre une légère amélioration de la qualité de l'eau depuis 1998 et « une belle stabilité depuis sept ou huit ans ».

Les deux principaux tributaires, le ruisseau Castle et la rivière aux Cerises, offrent également une eau de bonne qualité.

« Ce qui va affecter la qualité de l'eau, ce sont les coliformes fécaux et l'état des écosystèmes, le phosphore et les matières en suspension», explique Mme Roy.

« La situation est toutefois plus sensible dans la baie de Fitch où l'état tropique est plus avancé. Quand on a construit le barrage à Magog, on avait inondé ce qui était auparavant un marais. Il n'y a que trois mètres d'eau alors historiquement la qualité est moins bonne en raison des sédiments et de la masse organique, mais ça n'a pas d'impact sur le reste du lac », analyse-t-elle.

En dépit d'un développement résidentiel tous azimuts au... (La Tribune, archives) - image 2.0

Agrandir

La Tribune, archives

Un lac d'humeur stable

Une vaste étendue d'eau comme le lac Memphrémagog a sa vie propre, ses changements d'humeur, pourrait-on dire, et des degrés différents de qualité selon que l'on soit en zones peu profondes, comme dans sa partie sud, ou plus profonde, comme dans ses parties centre et Nord.

« Pour évaluer la santé d'un lac, c'est surtout par rapport à l'eutrophisation, la quantité de matières en suspension, et à la quantité de matières bactériologiques », livre Louis Roy, biologiste et membre de l'équipe de surveillance du lac Memphrémagog au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte aux changements climatiques.

Le lac Memphrémagog est-il en plus mauvais état qu'il y a 50 ans?

« Les observations qualitatives montrent une détérioration, il y a plus de plantes et plus d'accumulation de sédiments dans le littoral. Par rapport à la zone centrale, les critères de la qualité de l'eau, phosphore, chlorophylle et transparence, permettent de situer où en est le lac, son état de dégradation », explique M. Roy.

Le Ministère dispose de huit stations d'observation sur le lac depuis 1997.

« L'analyse des séries de données de 1999 à 2014 aux différentes stations montre qu'il y aurait eu une légère diminution de la concentration en phosphore à toutes les stations à l'exception des deux situées le plus au Sud, dans la zone d'eau peu profonde [...] », dit le biologiste.

« Il est prématuré de dire que la baisse dans la concentration en phosphore correspond à une amélioration de l'état de santé du lac », ajoute-t-il.

« Si elle se confirme au cours des prochaines années, cette baisse sera cependant un signe encourageant », note le biologiste.

Travail complexe

Ce denier précise que l'évaluation de la santé d'un lac de la dimension du Memphrémagog est un travail complexe et qu'on y travaille au Comité technique Québec-Vermont.

« Si tout se passe bien, cette étape permettra de mieux situer l'état du lac. L'exercice doit aussi permettre de déterminer les efforts à consentir au niveau des apports en phosphore du bassin versant pour améliorer son état de santé », mentionne-t-il.

« La détérioration d'un lac découlant de l'eutrophisation est un processus qui se déroule lentement, surtout dans un grand lac, et l'inverse est aussi vrai. Cet exercice est aussi une occasion de faire un bilan des connaissances sur le lac », ajoute Louis Roy.

Quant aux algues bleues, le problème demeure persistant en raison d'apports en phosphore provenant des activités agricoles, des eaux usées et du déboisement des rives.

« À long terme pour préserver un lac, il faut travailler sur les apports en phosphore, c'est l'A.B.C. », rappelle Louis Roy.

« Du côté américain, la législation est différente, ils ont l'obligation légale d'établir un objectif de protection, tandis qu'au Québec c'est davantage un objectif fixé par concertation [...]. Ici et aux États-Unis, les cyanobactéries sont la plus grande menace. Combien et jusqu'à quel niveau? C'est là-dessus que le Comité Québec-Vermont travaille », dit-il.

De son côté, l'ex-ingénieur spécialiste de l'eau et bénévole pour Memphrémagog conservation François Bélanger juge l'état du lac « assez stable, sans amélioration ni détérioration marquée ».

« Ce n'est pas une mauvaise nouvelle en soi, mais il n'en reste pas moins qu'avec les apports nutritifs on note un accroissement des plantes aquatiques et moins de transparence », note-t-il.

« Les deux apports principaux sont l'agriculture et l'urbanisation », signale M. Bélanger, qu'il s'agisse des sédiments en provenance des fossés de drainage, des réseaux pluviaux et des routes ou des rejets des stations d'épuration.

« Le MCI et le ministère de l'Environnement ont procédé à une série de relevés depuis les années 1990, ce qui permet un suivi de l'évolution du lac et les Américains font de même. Nous avons deux façons de voir les choses, mais avec un objectif commun. »

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer