La politique transgénique

Marie-Claude Bibeau peut légitimement mener une carrière politique... (Imacom, Jessica Garneau)

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Marie-Claude Bibeau peut légitimement mener une carrière politique distincte, sans passer sa vie dans l'ombre de Bernard Sévigny.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) Chronique / La mutation s'est produite à force de manger du maïs, j'en suis convaincu...

Quand j'étais jeune, les épis que ma mère nous servait étaient aussi jaunes que le beurre que nous mettions dessus.

Le blé d'Inde deux couleurs est arrivé après. Ce maïs plus savoureux, parce que plus sucré, s'est avéré tellement populaire qu'il a fallu l'immuniser contre les insectes pour assurer l'abondance des récoltes. Génétiquement modifié ou pas, quand le maïs local est prêt, on l'achète à la douzaine.

Un bon politicien doit courir les épluchettes de blé d'Inde. Pas le choix, ça vient avec la fonction. D'où ma déduction que c'est à cause de cela que la politique est elle aussi devenue hybride, transgénique, que les politiciens ont plus qu'une couleur.

Sherbrooke a un maire ouvertement souverainiste, dont la conjointe fédéraliste se joint à l'équipe libérale de Justin Trudeau. L'un n'empêche évidemment pas l'autre. Marie-Claude Bibeau peut légitimement mener une carrière politique distincte, sans passer sa vie dans l'ombre de Bernard Sévigny. Cela va de soi.

Mais reste un fait, Mme Bibeau représente maintenant une partie de l'électorat de son mari (les arrondissements de Brompton, Lennoxville ainsi que la presque totalité de celui de Rock Forest-Saint-Élie-Deauville). Même s'ils siégeront à des centaines de kilomètres de l'un et l'autre, se présenteront inévitablement des situations dans lesquelles le maire Sévigny et la députée Bibeau se marcheront sur les pieds.

Le monde est petit en politique. Le cercle des organisateurs est plus restreint qu'il ne l'a jamais été. L'implication repose sur les amitiés qui naissent des affinités.

Souvenez-vous, Bernard Sévigny a recruté ses premiers collaborateurs au sein de sa famille à lui. Son chef de cabinet, Étienne Vézina, a été président du PQ-Estrie et travaillait chez la bloquiste France Bonsant avant de se voir offrir un poste à l'hôtel de ville.

Sylvie Proulx avait la même feuille de route chez les souverainistes, à la différence qu'elle a été recrutée en 2009 dans le bureau de Serge Cardin. Le maire Sévigny a par la suite dilué ce bleu en invitant l'ancienne responsable du bureau de circonscription de Jean Charest, Julie Vinette, à se greffer à son personnel de cabinet.

N'empêche, les conseillers municipaux indépendants qui tiennent tête le plus souvent au maire, Jean-François Rouleau, Marc Denault et Pierre Tardif, sont des fédéralistes notoires. C'est d'ailleurs sous l'influence de certains d'entre eux que pourrait naître un second parti politique sur la scène municipale.

J'ai d'ailleurs posé la question lundi soir au conseiller Tardif : après avoir assuré la victoire du député provincial Luc Fortin ainsi que la réélection de Pierre-Luc Dusseault au fédéral dans le même rôle de directeur de campagne, vous croyez-vous assez ferré pour monter une équipe capable de rivaliser avec celle du maire Sévigny?

Il s'est abstenu de répondre, mais n'a pu s'empêcher de sourire.

Sans rien enlever au vétéran Denis Paradis, qui retourne à la chambre de communes pour représenter les électeurs de Brome-Missisquoi, ce n'est pas par lui que passe une reconstruction durable des libéraux fédéraux dans la région. Tout comme son frère Pierre, ministre par défaut de l'Estrie au sein du gouvernement Couillard, les liens politiques et territoriaux de M. Paradis sont davantage orientés vers Granby-Bromont que vers Sherbrooke. Ce rôle incombera à Marie-Claude Bibeau.

Or la prochaine campagne municipale viendra vite, l'élection sera dans deux ans et s'il y a des aspirants prêts à se mesurer à M. Sévigny - qui, de toute évidence, demandera aux Sherbrookois un troisième mandat - ils devront bientôt commencer à solliciter des appuis politiques et financiers.

Ces tractations risquent de se passer aux portes du bureau de Mme Bibeau ou lors d'activités partisanes parce que les probabilités sont fortes que l'opposition à son mari émerge du bastion fédéraliste.

On comptait derrière Tom Allen des organisateurs chevronnés ayant pourfendu Bernard Sévigny, dont l'ancien chef de cabinet de Jean Perrault, Jean-Yves Laflamme, qui a déjà tenu publiquement des propos vitrioliques à l'endroit du maire actuel. Rappelons que la conjointe de M. Laflamme, Louise Allard, ancienne collaboratrice elle aussi de M. Perrault, était la rivale de la candidate du maire dans le district de Beckett, la conseillère Christine Ouellet, à l'élection municipale de 2013.

La cohabitation de toute cette faune politique est possible, jouable, pour la nouvelle députée Bibeau. Mais elle ne sera pas toujours confortable. Ou alors, les deux vont devenir le roi et la reine incontestés de la cour sherbrookoise.

Et puis, si comme cela se propage, Jean Charest se laisse tenter par la course à la succession de Stephen Harper, qui s'avancera en Estrie pour l'aider? Verrons-nous apparaître du blé d'Inde trois couleurs?

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