La prime de fidélité

Le député néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault a résisté à... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

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Le député néo-démocrate Pierre-Luc Dusseault a résisté à la marée rouge.

Imacom, Jocelyn Riendeau

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(Sherbrooke) Chronique / Les élections se suivent mais ne se ressemblent pas. Lancée sans attente, la campagne de 2011 s'était terminée sur les chapeaux de roue pour Pierre-Luc Dusseault. Cette fois, l'enthousiasme des premiers jours avait plutôt fait place à l'incertitude dans le camp néo-démocrate à la fermeture des bureaux de vote de Sherbrooke lundi soir.

On aurait pu entendre une mouche voler dans le bureau de campagne du député Dusseault où celui-ci s'était isolé avec une poignée de ses collaborateurs pour attendre les résultats. Même si les premières boîtes le plaçaient derrière le libéral Tom Allen, le jeune politicien de 24 ans se montrait serein.

« Je ne suis pas un homme nerveux. Mon stress est un bon stress. Il arrivera ce qu'il arrivera, je composerai avec la situation », m'a-t-il lancé alors qu'il voyait pourtant le rouge se répandre en Estrie.

Le gars risquait tout de même un job à 160 000 $ par année.

Les résultats relayés par ses éclaireurs lui sont toutefois parvenus rapidement et ils étaient nettement plus encourageants.

« La tendance se maintient, l'avance est assez solide pour que j'aille rejoindre les militants », a-t-il envisagé un peu passé 10 h 30. Il avait alors 1000 voix de la majorité.

Prudence, les boîtes du vote par anticipation ne sont pas encore dépouillées, l'ont prévenu ceux qui tenaient le décompte. La défaite annoncée de l'ex-premier ministre Jean Charest et transformée tardivement en victoire n'a pas fini de hanter les organisations politiques à Sherbrooke!

Sagement, M. Dusseault et sa conjointe Joanie Boulet ont patienté une vingtaine de minutes supplémentaires avant de se pointer pour les réjouissances.

« Je suis plus excitée qu'en 2011. L'enjeu était différent pour nous. Pierre-Luc aurait été déçu de perdre, mais il aurait accepté la défaite», s'est réjouie Mme Boulet.

Mes collègues du journal sauront vous le dire : j'avais prédit que Pierre-Luc Dussault survivrait à la chute brutale des néo-démocrates au Québec. Les électeurs sherbrookois sont fidèles à leur député. Jean Charest et Serge Cardin ont bénéficié avant lui de cette prime à l'urne.

Les Sherbrookoisont envoyé à Ottawa en 2011 le plus jeune parlementaire de l'histoire du pays. Il aurait été étonnant qu'ils le renvoient après un mandat. M. Dusseault mérite cette autre chance.

À l'opposé, les trois dernières élections fédérales identifiaient Compton-Stanstead comme circonscription baromètre au Québec puisque les résultats que les candidats obtenaient localement étaient sensiblement les mêmes que ceux de leur parti respectif à l'échelle de la province.

Tant que le Québec a voté Bloc, France Bonsant est restée en poste. Jean Rousseau a délogé Mme Bonsant lors de la vague orange de 2011. Portée à son tour par l'effet Trudeau, voilà que Marie-Claude Bibeau lui ravit son siège. M. Rousseau n'aura fait que passer. Depuis 20 ans, il est le premier député fédéral estrien à se voir refuser au moins un renouvellement de mandat.

Le purgatoire du libéral Denis Paradis prend fin dans Brome-Missisquoi en même temps que celui de son parti au Québec et il n'est pas vraiment étonnant que Christian Paradis ait légué son château fort à Luc Berthold dans Mégantic-L'Érable. Les conservateurs y sont tellement dominants depuis 10 ans.

De la même façon, la victoire d'Alain Rayes dans Richmond-Arthabaska semblait plus que probable pour les conservateurs. Jean-Philippe Bachand avait placé ce parti en bonne posture il y a cinq ans. De plus, le Bloc que représentait le député démissionnaire André Bellavance a perdu la moitié de ses appuis lors du scrutin d'hier.

Libéraux et conservateurs ont fait des gains en région alors que le NPD s'accroche grâce à Pierre-Luc Dusseault. Le jeune Dusseault risque cependant de se trouver bien seul en Estrie pour préparer la prochaine bataille.

Un exemple de ce qui l'attend. Alors que le député de Sherbrooke a piloté le dossier de l'aéroport aux Communes au cours de la dernière année, voilà que la conjointe du maire Bernard Sévigny, Marie-Claude Bibeau, se retrouve avec l'aéroport dans sa circonscription en tant que membre du gouvernement Trudeau.

Selon vous, qui est le plus susceptible d'être l'interlocuteur privilégié de la mairie à Ottawa?

«Je n'entrevois pas de changement dans mes relations avec M. Sévigny. À ce jour, le maire a toujours exercé un leadership impartial. À moins que l'avenir me démontre qu'il faudrait que je me méfie, je vais faire confiance au coureur», répond à ce sujet M. Dusseault.

La diplomatie politique est de mise au lendemain d'une élection. Par contre, elle n'est pas toujours durable.

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