Du bout des doigts

Moins mobile que le téléphone intelligent, la tablette... (Imacom, Frédéric Côté)

Agrandir

Moins mobile que le téléphone intelligent, la tablette n'en demeure pas moins plus pratique quand on se dépose et sans limite quand à son potentiel.

Imacom, Frédéric Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(SHERBROOKe) On m'a un jour offert une tablette pour mon anniversaire. Un iPad pour être plus précise. J'ai souri poliment, remercié sincèrement, questionné la pertinence de la chose intérieurement. J'ai passé la première semaine à invoquer tous les saints du ciel alors que je tentais d'apprivoiser ce nouvel environnement en retenant mes envies de faire du lancer de la tablette sa première application agréable.

S'est passé un peu de temps. Ce matin, je vous écris de ma tablette à laquelle j'ai intégré un clavier, y a de ma réserve musicale l'album Between Dogs and Wolves de Piers Faccini qui joue, j'ai déjà fait le tour des manchettes, lu mon journal du matin et pris des nouvelles des amis via les réseaux sociaux. Quand même, c'est pratique cette petite bête-là.

Tellement que certaines de nos habitudes s'en trouvent modifiées lentement, sans qu'on voie trop venir, avec une certaine résistance parfois, comme si on avait peur de trahir les traditions et ce qui nous servait si bien jusqu'ici. Savez, un peu comme ces gens (j'en faisais partie) qui refusaient d'utiliser le guichet automatique par respect pour les caissières de leur institution financière lorsque la carte s'est pointé le nez dans les années 1980.

Dans le même sens, comment tourner le dos à la télévision, aux journaux papier, aux livres de recettes, aux magazines glacés, aux albums et au bon vieux téléphone?

Mais qui parle de tourner le dos, alors que tout ça, c'est juste une façon de plus.

Parce que par moment, les étals de cd en désordre et mon incapacité chronique à remettre systématiquement le bon album dans la bonne pochette ont aussi un effet de longue file d'attente à la caisse populaire. T'sais, tu finis par te dire qu'une carte de guichet, ça pourrait être pratique de temps en temps, pis que d'emmagasiner de la musique sur ta tablette en te créant une couple de playlist qui ont de l'allure, c'est peut-être pas fou non plus.

La musique, donc, qui, c'est bien connu, adoucit les moeurs et occupe une large place dans ma tablette au côté des textes que je bizoune pour le journal ou pour mon moral. Mais pourquoi confiner la tablette au bureau ou au salon alors qu'il y a encore quelques pièces dans la maison qui méritent qu'on y exploite son Wi-Fi?

On va ainsi faire un tour en cuisine où se côtoient une flopée de livres de recettes tous aussi colorés, originaux et intéressants les uns que les autres. C'est comme les cd ou les disques vinyles, on aime ça les tenir entre nos mains et les explorer assez souvent pour concocter une porcetta pour des amis ou un risotto pour la douce moitié. Mais t'sais des fois c'est pratique de fureter «recette avec bette à carde et bacon»; parce que c'est pas mal tout ce qui reste dans le frigo et tomber rapidement sur une recette de quiche pas piquée des vers pantoute, la faire défiler sur ton écran en cassant tes oeufs et en choisissant un vieil album de Leonard Cohen dans ta liste musicale. Oui, Cohen et la quiche, ça fitte. Très bien.

Ça fitte comme des capsules de La Fabrique culturelle, la dernière saison d'Orange is the New Black, un téléroman en rattrapage ou un documentaire de l'ONF dans un bain chaud ou sur le bord du foyer, comme la première entrevue télé de Simone de Beauvoir ou l'énergie relative de La boîte à gogo de Michèle Richard version 1966 dénichées sur Youtube dans un petit café du centro, avec des écouteurs sur les oreilles, s'il-vous-plaît je vous en prie.

Trop c'est trop, me direz-vous? J'ai fait un pas de trop et tourné le dos aux bonnes vieilles choses?

Que non mes amis. J'empile toujours autant de cd chaque bord du foyer, je me complais même dans le pop-corn du vinyle, je ne me lasse pas d'acheter des bouquins et d'aller scruter les confins de la bibliothèque municipale pour un vieux titre ou un film de répertoire, mes yeux et mes mains tendent toujours avec autant d'amour vers le journal papier et il m'arrive même de passer de longs moments sans connection internet.

Mais pourrais-je m'en passer?

La vraie question c'est plutôt pourquoi le devrais-je?

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer