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Gérard Bouchard s'oppose au port du niqab lors des cérémonies d'assermentation

Le sociologue et historien Gérard Bouchard, qui a... (Photo Imacom, Maxime Picard)

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Le sociologue et historien Gérard Bouchard, qui a codirigé la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, croit qu'interdire le port du niqab lors des cérémonies d'assermentation représenterait un puissant symbole des valeurs fondamentales de la société canadienne.

Photo Imacom, Maxime Picard

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Alexandre Faille
La Tribune

(Sherbrooke) En matière d'accommodements raisonnables au Québec, le sociologue et historien Gérard Bouchard se positionne contre le port du niqab lors des cérémonies d'assermentation au Canada.

Celui qui a codirigé la Commission Bouchard-Taylor en 2007 et 2008 sur les accommodements raisonnables estime que la question du port du niqab lors des cérémonies d'assermentation est une occasion pour le Canada d'exprimer symboliquement ses valeurs de laïcité et de démocratie.

« Pour une rare fois, je trouve des motifs de m'opposer à cet accommodement, amorce-t-il. On a décidé qu'on était une société laïque. De temps à autre, il faut que ça se manifeste dans des symboles et il me semble que l'occasion dont on parle, l'octroi de la citoyenneté, l'un des actes les plus nobles dans la vie civique d'une société, s'y prête bien. »

M. Bouchard était pourtant l'un des plus ardents défenseurs des accommodements raisonnables lorsque le débat faisait rage au Québec. Cette fois, la donne est différente.

« On ne peut pas dire que ça cause beaucoup de torts à l'ensemble des minorités. Les femmes qui refusent de se dévoiler, il n'y en a pas beaucoup, c'est une considération qui est très importante », note-t-il. D'autant plus que la question concerne une situation bien précise, soit celle de l'assermentation.

« C'est contraire à ce que nous sommes fondamentalement. On peut passer par-dessus dans la vie quotidienne, mais le droit à la religion, comme tous les autres droits, ce n'est pas illimité et il me semble qu'en ce moment, on touche à cette limite, de manière exceptionnelle, nuance-t-il. Dans des conditions privilégiées, il faut que ce symbole l'emporte sur les droits de l'individu, à ses croyances et à la manifestation de sa religion. »

Un enjeu opportun

De passage dans la région pour recevoir un doctorat honorifique de l'Université de Sherbrooke et livrer une conférence sur les mythes sociaux et l'imaginaire collectif, M. Bouchard a accepté de commenter la place occupée par la question du niqab dans la présente campagne électorale.

« Il y a une manoeuvre du gouvernement Harper, ça c'est bien clair, il ne faut pas être naïf. D'ailleurs, la manoeuvre est efficace, on l'a vu dans les sondages. Il aurait pu intervenir avec son gouvernement bien avant la campagne électorale », souligne-t-il.

Ce n'est pas la première fois que les questions de libertés religieuses soulèvent les passions au Québec. D'ailleurs, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, adopte la même position que M. Bouchard, mais pour des raisons de respect de la femme dans son cas.

« Si on s'en remet à l'argument de l'égalité homme-femme, en allant sur cette pente on risque d'interdire le port du voile intégral partout et à mon avis c'est excessif. C'est plus une question de symbolisme et d'impératifs de la vie civique », contrebalance M. Bouchard.

« C'est clair que ce débat nous ramène à la crise des accommodements parce que fondamentalement c'est le même conflit entre différentes valeurs et différents droits. Dans ce cas-ci, j'en arrive à la conclusion que l'impératif civique doit prévaloir sur le droit individuel », résume-t-il.

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