Une étude remet en doute les impacts positifs des garderies

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La Presse Canadienne
Ottawa

Une nouvelle étude sur les services de garde du Québec suggère qu'ils ont des impacts positifs sur la performance scolaire des enfants, mais que leurs effets sont moins probants sur la santé, la satisfaction face à la vie et le taux de criminalité.

Dans une recherche publiée lundi, un groupe d'experts universitaires affirme que les petits Québécois qui ont fréquenté ces établissements risquent davantage de présenter des taux de criminalité élevés, d'être en moins bonne santé et d'être moins satisfaits de leur vie comparativement aux autres Canadiens qui n'ont pas accès au même système.

Les résultats de l'enquête pourraient s'inviter dans la campagne électorale fédérale, alors que le Nouveau Parti démocratique (NPD) a promis de lancer un programme universel de garderies inspiré de l'exemple québécois.

Le NPD veut investir 5 milliards $ par année après une période de mise en place de huit ans pour payer un million de places déjà existantes et en créer davantage afin que les parents paient au final 15 $ par jour pour y envoyer leurs enfants. Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair répète qu'il souhaite créer des places de qualité et abordables dans chaque province.

Cette étude réalisée par trois chercheurs jette toutefois un doute sur les réels bienfaits quant à la qualité d'un tel service universel.

Le programme de garderies québécoises est le plus important de son genre en Amérique du Nord. La province dépense environ 2,2 milliards $ par année pour le système, qui coûte maintenant jusqu'à 20 $ par enfant pour certains parents.

Il n'y a pas de doute sur les effets positifs à court terme du programme sur le plan financier. Les recherches du professeur de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) Pierre Fortin démontrent que cette politique a aidé la croissance de l'économie de la province. De plus, plus de femmes peuvent réintégrer le marché du travail et les revenus engendrés par l'impôt et les taxes à la consommation ont cru considérablement.

Les travaux de M. Fortin et d'autres chercheurs prouvent que le gouvernement du Québec récolte entre 1,50 et 3 $ pour chaque dollar investi dans le programme.

Pour la qualité, toutefois, les données sont moins favorables.

Kevin Milligan, de l'Université de la Colombie-Britannique, Michael Baker, de l'Université de Toronto et Jonathan Gruber, du Massachusetts Institute of Technology, aux États-Unis, ont mis à jour leurs travaux datant de 2008 pour observer si les enfants qui fréquentaient le système québécois s'étaient départis de leurs comportements troublants de l'époque.

Les spécialistes ont plutôt découvert des «preuves frappantes» que le programme était associé à un haut taux de criminalité, surtout chez les garçons. Ces derniers étaient plus susceptibles d'être hyperactifs et agressifs. De leur côté, les filles ont démontré un déclin dans leurs «comportements prosociaux», qui se manifestent par des activités altruistes, comme les dons ou le bénévolat. Ces facteurs sont regroupés sous le terme «capacités non cognitives», qui incluent l'impulsivité et la stabilité émotionnelle.

Les experts ont également remarqué que les enfants québécois issus du système de garderies étaient associés à «une mauvaise santé et à une (moins bonne) satisfaction face à la vie».

De tels effets durables n'ont cependant pas été observés quant aux habiletés en mathématiques, en sciences et en lecture des enfants étudiés.

Ces découvertes ont été comparées aux recherches ayant examiné certains des programmes de garde les plus connus aux États-Unis. On y révèle que les enfants d'un programme présentaient des capacités cognitives relevées, mais que celles-ci s'atténuaient avec le temps, alors que les changements non cognitifs positifs duraient toute une vie. Leur taux de criminalité étaient moins élevées que celles deux leurs semblables n'ayant pas participé aux mêmes types de programmes et ils avaient tendance à avoir mieux réussi, financièrement, plus tard dans leur vie, en ayant par exemple de meilleurs emplois et une meilleure éducation.

«Les effets non cognitifs semblent vraiment avoir des répercussions sur leur vie future», a souligné M. Milligan.

Pourquoi les enfants du Québec n'ont-ils pas obtenu le même résultat, dans ce cas?

M. Milligan précise qu'il ignore quelle est la source des problèmes relevés dans l'étude. «Ce pourrait être les employés, le curriculum, le financement. Je ne sais pas la réponse», a-t-il ajouté.

«Mais je crois que ce que l'on doit retenir dans notre étude est que ces capacités non cognitives sont peut-être celles que nous devrions songer à cibler.»

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