De graves lacunes dans le traitement de l'Ebola

Dr François Lamontagne et Dr Christophe Clément... (IMACOM, René Marquis)

Agrandir

Dr François Lamontagne et Dr Christophe Clément

IMACOM, René Marquis

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(SHERBROOKE) Un an après leur intervention en Afrique de l'Ouest dans les foyers d'infection du virus Ebola, le médecin intensiviste du CHUS le Dr François Lamontagne et son collègue le Dr Christophe Clément, de l'Hôpital Bordeaux Nord Aquitaine à Bordeaux en France soulèvent des questions relatives aux soins des personnes atteintes.

«Nous avons la sensation malheureusement que nous n'avons rien fait en terme de soins aux patients. En ce qui concerne l'isolement aux patients, la quarantaine, le concept fonctionne parfaitement bien. L'épidémie est certainement efficacement contenue par ces centres d'isolement (...) Il est clair que nous n'avons rien fait de ce que nous aurions souhaité faire. François et moi voulions faire certaines choses, mais nous étions confrontés à des interdictions, des impossibilités et des refus de faire», constate le médecin coordonnateur de l'unité de réanimation médico-chirurgicale à Bordeaux, Dr Christophe Clément.

Lors d'une conférence donnée à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke à laquelle La Tribune a assisté, le Dr Clément dresse un portrait peu reluisant relativement aux soins donnés aux patients et au recueil des données cliniques et biologiques qui sont essentiels au traitement de la fièvre Ebola.

«Nous avons les symptômes à l'admission, et plus rien par la suite. Il n'y a pas de paramètres chiffrables. Les enseignements cliniques de 2014 sont tristement inexistants», déplore le Dr Clément qui indique qu'il y a des données sur seulement 81 cas sur plus de 27 000 personnes infectées.

Tension artérielle, fréquence cardiaque, saturation en oxygène, fièvre, état de conscience, importance des pertes de liquide aucune donnée clinique n'est colligée.

«Le Dr Lamontagne a tenté de mettre en place un simple logiciel de recueil de données, mais on lui a dit que ce n'était pas utile. Ce n'était pas faute de moyen technique», illustre le Dr Christophe Clément.

Lorsqu'un patient perd des litres d'eau et d'électrolytes chaque jour, le Dr Clément rappelle que la réhydratation est essentielle, voire vitale.

«Quantifier les pertes sert à adapter les apports (...) Le Dr Lamontagne et moi sommes convaincus que beaucoup des patients décèdent de déshydratation aiguë. Tant qu'on n'aura pas donné des soins de réhydratation, des soins de base, on ne fera aucun progrès dans le traitement de cette maladie», estime le Dr Clément.

Lors de leurs deux missions en Guinée au printemps 2014 et au Libéria en septembre 2014, les Drs François Lamontagne et Christophe Clément ont soulevé d'autres lacunes.

«Il y un défaut de prise en charge qui, curieusement, ne semble pas avoir bouleversé les gens. Ça nous a paru étrange. Les patients n'étaient pas vus, n'étaient pas examinés. Beaucoup mouraient sous nos yeux comme si c'était inéluctable. C'est étrange. Il y avait cette peur terrible de la contagion et finalement l'idée qu'il allait en mourir tellement que l'on se dit à quoi bon aller recueillir les selles et prendre la température. Je n'en suis toujours pas revenu» soulève le Dr Clément.

Il souligne que le contact avec les patients dans les centres d'isolement était extrêmement difficile et que la tenue de protection exigée ne permettait pas les contacts prolongés et était totalement inadapatée au climat africain.

«Nous avions adopté une tenue alternative et tout aussi sécuritaire, mais elle a été interdite par Médecins sans frontière. Ne pas examiner un patient est un problème important. La tenue de protection actuelle empêche le personnel soignant de passer du temps auprès des malades pour les examiner et les surveiller», constate leDr Clément.

Le Dr Christophe Clément souligne que le recueil des données et les traitements, n'ont jamais été réévalués et expertisés hors de la structure de Médecins sans frontière.

«Le traitement des maladies infectieuses ce n'est pas de la médecine humanitaire, c'est de la médecine. Je ne vois pas de raison pourquoi des institutions étatiques comme l'OMS ne font pas en sorte que l'on puisse aller soigner des patients autrement qu'en passant par des organisations humanitaires qui ont leur importance, qui sont irremplaçables, mais dont la légitimité, en cette occasion, médicale et scientifique est discutable», soutient le Dr Christophe Clément.

Selon les données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'épidémie du virus Ebola a touché 27 620 personnes, dont 11 268 personnes qui sont décédées, soit un taux de mortalité de 40 pour cent.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer