Loi 28: les pharmaciens sur le qui-vive

Jean-Luc Trottier... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

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Jean-Luc Trottier

Imacom, Jocelyn Riendeau

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(SHERBROOKE) Les pharmaciens-propriétaires sont sur le qui-vive depuis l'adoption sous bâillon de la loi 28 il y a deux semaines : ils savent que les pharmaciens subiront des coupures de leurs honoraires professionnels. Ce qu'ils ne savent pas encore, c'est l'ordre de grandeur exact des coupures qu'ils subiront.

« Après l'adoption de la loi, le ministre Gaétan Barrette a 60 jours pour la mettre en vigueur. Nous sommes donc dans un blitz de négociations. L'Association des pharmaciens propriétaires du Québec propose des coupures de l'ordre de 100 M$ par année, alors que le gouvernement veut couper 177 M$. Nous imaginons que les coupures seront quelque part entre les deux », explique Jean-Luc Trottier, pharmacien et propriétaire de deux pharmacies à Sherbrooke.

La loi 28 prévoit en effet une coupure de 20 % des honoraires versés aux pharmaciens pour offrir le service de piluliers à leurs patients âgés ou vulnérables. Or, ce service représente aujourd'hui 30 % des honoraires des pharmaciens.

« Les gens pensent parfois que les honoraires des pharmaciens vont directement dans leurs proches. Non! Les honoraires servent à faire tourner l'entreprise, à payer les employés, les aides techniques, les pharmaciens salariés, le local, etc. », explique Jean-Luc Trottier.

Or, l'univers des pharmacies en est un où la concurrence est forte. « En ce moment, il y a des pharmacies qui fonctionnent à perte dans la région et certaines pharmacies qui ne font que 30 000 $ de bénéfices par année », ajoute-t-il.

Jean-Luc Trottier raconte que, lorsqu'il a acheté sa première pharmacie, il a pris un risque financier important. « J'ai réhypothéqué ma maison. Pendant des années, je gagnais moins qu'un pharmacien salarié », se souvient-il.

S'il subit des coupures de l'ordre d'environ 100 000 $ par pharmacie, Jean-Luc Trottier jongle avec plusieurs hypothèses pour réussir à combler le manque à gagner, par exemple en réduisant les heures d'ouverture. Cela aurait donc un impact sur la clientèle qui se buterait à des portes closes plus souvent, et aussi sur les employés qui se verraient offrir moins d'heures de travail.

Plus de services

La loi 28 prévoit que les pharmaciens seront payés pour poser trois nouveaux actes : prescrire certains médicaments qui ne nécessitent pas de diagnostic, comme un antibiotique pour la diarrhée du voyageur, le renouvellement de prescriptions pour un médicament connu (pour un feu sauvage par exemple), ainsi que pour assurer le suivi thérapeutique et l'ajustement de certains médicaments.

« Le gouvernement nous dit qu'il nous donne de l'argent frais en nous rémunérant pour ces actes, mais cet argent frais servira exclusivement à couvrir les frais supplémentaires occasionnés par ces nouveaux actes. Quand j'envoie un pharmacien 15 minutes dans un bureau pour rencontrer un patient et que ça rapporte 15 $, il faut que je m'assure d'avoir toujours un ou deux autres pharmaciens derrière le comptoir pour continuer le travail que l'on fait déjà. La rémunération de ces trois nouveaux services me servira seulement à couvrir les nouveaux frais », illustre Jean-Luc Trottier.

Or, selon le projet de loi 41, ce sont quatre autres services qui pourraient être offerts par les pharmaciens dans l'objectif de dégager la première ligne dans les hôpitaux, comme le renouvellement de prescriptions connues.

« Mais encore là, le pharmacien doit rencontrer le patient pour évaluer sa situation. J'offrirais donc un service supplémentaire sans recevoir un sou. Comment je peux faire, comme homme d'affaires, pour offrir ce service sans que personne ne paie rien? » questionne-t-il.

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