Cette robe qui nous écoeure

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Les débats entourant la couleur de cette robe ont enflammé internet la semaine dernière, certains la voyant bleue et noire, et d'autres la voyant or et blanc.

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(COMMENTAIRE) Jeudi soir, je rentre du travail un peu après minuit, je parcours Instagram et dans le premier post que je vois à propos de la robe, on s'excuse déjà de nous rebattre les oreilles avec le sujet. «Ce sera mon dernier post là-dessus, promis!» affirme l'usager avant de nous expliquer scientifiquement pourquoi certains voient ce vêtement bleu et noir et d'autres le voient or et blanc.

La photo originale postée mercredi soir sur Tumblr.... (Swiked.Tumblr.Com) - image 1.0

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La photo originale postée mercredi soir sur Tumblr.

Swiked.Tumblr.Com

Je suis confuse deux minutes; j'ai la fin d'une histoire dont je ne connais pas le début. Je fouille un peu sur Instagram, je tombe sur un bon article de Buzzfeed et je vais voir l'origine du drame sur Tumblr avant d'avoir l'impression de connaitre le tout. Je vais me coucher, et le lendemain, BANG, Facebook est pris d'assaut, et tranquillement, les conversations dans la vraie vie aussi. «C'est quoi l'affaire de la robe, là?» me demande un collègue insoupçonneux du fait qu'il s'expose à un torrent d'explications de ma part pas mal plus long que ce qu'il aurait voulu.

Dès vendredi soir, tout le monde est écoeuré de l'histoire et somme ses amis, par le biais d'images drôles, de tweets ironiques ou de messages sincèrement enragés, d'arrêter d'en parler, bien conscients de l'ironie de leur intervention, mais ne pouvant pas faire autrement que d'embarquer un peu dans le bateau eux aussi.

Juste deux jours plus tôt, l'Américaine Sarah Weichel postait une photo d'une robe sur son Tumblr Swiked. «Guys please help me - is this dress white and gold, or blue and black? Me and my friends can't agree and we are freaking the fuck out», disait-elle, demandant simplement à ses abonnés de quelle couleur ils voyaient la robe, pour régler un litige avec ses amis.

Deux jours plus tard, un nouveau post : «what have i done».

***

Oui, je sais, on en a déjà énormément entendu parler, on sait que la robe est réellement bleue et noire et on s'est fait exposer toutes les explications scientifiques et les diverses illusions qui nous permettent de comprendre pourquoi on pourrait croire qu'elle est or et blanc. Mais si on fait abstraction du propos un peu insignifiant, mon Dieu qu'il s'agissait d'une occasion en or (!) pour observer comment l'information circule parmi notre entourage.

J'ai fait un sondage absolument pas scientifique en demandant à mes amis Facebook où ils avaient entendu parler de l'histoire de la robe pour la première fois. Les résultats ne sont évidemment pas généralisables, ils ne s'appliquent qu'à mes amis Facebook qui ont bien voulu prendre le temps de répondre, mais ça permet de constater quand même des choses intéressantes sur les réflexes de consommation médiatique de ma famille, de mon entourage et plus particulièrement d'une tranche de Sherbrookois âgés entre 14 et 55 ans.

Le magazine Wired publiait justement le mois passé un article qui déconstruisait la façon dont l'information circule maintenant. «The media has been so completely flattened and democratized that your little sister can use the same distribution methods as the world's most powerful publishers», pouvait-on y lire. Notre petite soeur, notre grand-père ou notre meilleur ami, donc, sont  des vecteurs de nouvelles par excellence, que le contenu qu'ils partagent ait été produit par un média traditionnel, un média alternatif ou simplement un usager d'une plateforme à titre personnel.

«The must-see publication of the 21st century is the first vibration in your pocket. It's the thing all your friends liked when you shared it. It's OK, OK, I'll read it», poursuit l'article. L'article à lire dans le moment, donc, est celui partagé par tous, une preuve de plus de l'influence de nos pairs dans le choix de nos sources d'information.

Par curiosité, donc, comment mon entourage a-t-il entendu parler de la robe?

Par un post sur les médias sociaux, pour la plupart (60%), avec une écrasante majorité pour Facebook (49% de l'ensemble des répondants) - un peu normal considérant que c'est là que j'ai lancé ce sondage -, suivi par Twitter (9% des répondants).

Cependant, quand même 18% des répondants en avaient entendu parler parce qu'un ami ou une connaissance leur avait dit personnellement (en vrai, au téléphone ou par message privé) d'aller voir la robe. Ça, c'est ce qu'on appelle un camelot de nouvelles privé!

Des sites n'appartenant pas à des médias traditionnels avaient appris la nouvelle à 9% de mes copains; quand même une part importante de médias ayant réussi à supplanter la machine des réseaux sociaux.

Pour le reste, 9% n'en avaient pas entendu parler, et un peu plus de 3% l'avaient appris par le biais des médias traditionnels, qui sautent beaucoup plus vite qu'avant sur les phénomènes viraux malgré le décalage qu'impose une certaine forme de prudence qui persiste par rapport à ceux-ci.

***

Ce qu'on doit déduire de tels résultats? Je ne sais pas trop, je pense que j'étais juste curieuse par rapport à ceux-ci, et j'aimerais pouvoir les comparer avec d'autres données du genre prises ailleurs dans le monde, mais je n'en ai pas trouvé pour l'instant.

Notons que certains ont été incapables de répondre autre chose à ma question que : «La f****** robe.» Ou encore «On s'en c*****? On a fait le tour?»

Et ça se rattache à ce qui me semble le plus fascinant. Ce n'est pas tellement que la couleur d'une robe obnubile la planète. Les illusions d'optiques ont toujours été populaires, et est-ce que quelqu'un a réellement été surpris qu'on se soucie plus d'une robe que des conflits entre l'Ukraine et la Russie? Avez-vous écouté les Oscars récemment?

Ce qui me semble le plus fascinant, donc, c'est à quel point la saturation et l'épuisement d'un sujet se font de plus en plus rapidement. La viralité, c'est loin d'être récent, mais à part le Ice Bucket Challenge, je n'ai pas souvenir d'un phénomène qui se soit immiscé aussi rapidement et partout au Québec. On parle de deux jours maximum avant l'écoeurantite aiguë!

J'anticipe déjà le nombre de commentaires négatifs que cet article pourrait recueillir, par le simple fait de son existence, alors que l'histoire est arrivée il y a quelques jours à peine. Désolée d'avance!

Mais dans le fond, est-ce qu'on doit vraiment s'étonner du fait que quelque chose de viral finisse par nous rendre malades?

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