Baisse de 600 élèves au Salon du livre

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Le Salon du livre a enregistré une baisse de 600 élèves pour les journées de jeudi et vendredi, habituellement consacrées aux groupes scolaires.

Imacom, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) On ne se marchait pas sur les talons, jeudi soir, au Salon du livre de l'Estrie. Les allées dressées dans le Centre de foires étaient si désertes, en cette soirée d'ouverture, qu'on aurait pu y exécuter quelques roues latérales sans être gêné dans son élan.

« C'est un soir de match du Canadien! » tentait comme explication, son crayon Sharpie à la main, un nouvel auteur sherbrookois, loin d'avoir développé une tendinite en deux heures de dédicaces.

Il y avait bien un petit attroupement, là, au fond, où Les Elfes de la vapeur lançaient leur premier roman. Le couple d'Estriens, qui ne cesse de créer de nouveaux produits dérivés de son univers fantastique, avait mis le paquet: reptiles en cage, machine à boucane, musique chevaleresque, vieux sage à la fausse barbe, château de carton, petits gâteaux et thé elfiques.

Croisée devant cet espace fantastique, qui ressemblait plus à un grand vivarium où se serait déroulée une séance de spiritisme, Ghislaine Thibault paraissait préoccupée.

Vêtue en dame de la Nouvelle-France pour fusionner avec le thème historique de cette 36e édition, la directrice générale du Salon aurait bien bu cul-sec une tasse de leur potion et porté des oreilles pointues si les pouvoirs magiques du royaume de Daêfaël et Mèlagwën lui avaient permis d'annuler les compressions gouvernementales en éducation.

« Un gros choc »

Pour les journées de jeudi et vendredi, traditionnellement consacrées aux groupes scolaires, le Salon encaisse une baisse nette de 600 élèves. Il y a une semaine, l'organisation était encore confiante de ne pas souffrir du climat d'austérité qui mine les institutions publiques. Mais voilà : au lieu de voir descendre des autobus scolaires 2800 élèves du primaire et du secondaire comme l'an dernier, les guichetiers en verront passer 2200 pendant les deux jours.

« C'est une grosse baisse! Et c'est un gros choc pour nous », a affirmé Mme Thibault, jetant le blâme sur le gouvernement libéral, dont les coups de tranche dans les budgets des commissions scolaires poussent des écoles à limiter leurs sorties culturelles.

Trois animations pour enfants prévues hier ont dû être annulées et deux activités planifiées aujourd'hui sont tombées à l'eau.

« Ce n'est pas la perte de revenus ou d'affluence qui nous chicote, c'est plutôt la perte du contact établi avec les jeunes. Nous avons trimé dur, depuis plusieurs années, pour gagner la confiance et l'intérêt des enfants et des professeurs. Nous craignons que ces efforts soient maintenant sabotés.On comprend que les élus doivent couper, mais c'est dommage que ce soient les enfants et la culture qui écopent », déplorait la présidente en corsage lacé, qui espère que les parents prendront la relève et iront bouquiner en famille sur le plateau Saint-Joseph pendant le week-end.

Mince consolation : la première nuit au Salon, qui permettra à 25 jeunes lecteurs de 8 à 12 ans de faire dodo entre les rayons, affiche complet.

Garder la roue droite

Auteure de livres jeunesse et enseignante, Valérie Fontaine redoute les effets à plus long terme de cette désertion des classes. « Une expérience en salon est bien différente d'une expérience en bibliothèque. Quand l'enfant peut se choisir un livre et l'acheter, la relation avec les mots prend une autre valeur. La rencontre avec l'auteur a aussi son importance. Un salon peut donner le goût de lire à un enfant et élargir ses horizons », disait la Sherbrookoise d'origine, devant un étalage débordant de nouveautés pour adultes.

Selon cette cofondatrice de la maison d'édition Fonfon, cette mauvaise nouvelle empire le contexte déjà morose dans lequel baigne le milieu du livre pour enfants, après l'annonce de la faillite de La courte échelle.

« C'est un peu décourageant. Si la roue du livre québécois se met à tourner croche, tout le monde sera perdant. C'est notre essence qui s'y trouve. Qui est intéressé à n'acheter que des traductions? La lecture est à la base de tout. Il ne faut pas la lâcher. Nous devons en faire un combat de société. »

En réalité, la société a peut-être besoin de quelques gorgées de thé elfique.

AUJOURD'HUI AU SALON

Vendredi Lit-Thé-Raire

Série d'entrevues et de conférences pour les aînés 13 h à 18 h

David Goudreault en performance 14 h

Contes en pyjamas

Lecture par Michel Noël, parrain d'honneur du Salon 18 h 30

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