Meurtres à Saint-Romain : un regard trop superficiel

En juillet dernier, le coroner Pierre Guilmette a sonné l'alerte en... (Archives La Tribune)

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Luc Larochelle
Luc Larochelle
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(Sherbrooke) En juillet dernier, le coroner Pierre Guilmette a sonné l'alerte en recommandant à la curatelle publique de réexaminer les dossiers de tous les malades mentaux qui sont à sa charge. Un homme atteint de schizophrénie et de déficience intellectuelle s'était jeté en bas du balcon de sa résidence. La révision suggérée a été enclenchée.

Le cas de Pascal Morin n'appartient pas à cette catégorie mais s'y apparente à tout le moins par la maladie sur laquelle s'appuie le verdict de non-responsabilité criminelle pour les meurtres de sa mère et de ses deux nièces, commis en février dernier à Saint-Romain. Or, dans son rapport, le coroner affecté au dossier, Me Robert Giguère, s'en est tenu à la tâche élémentaire de confirmer la cause de ces trois décès par homicide.

Rien sur le contexte, c'est-à-dire sur le refus de traitement, sur les antécédents connus de violence de M. Morin ainsi que sur le risque qu'il pouvait représenter pour la société.

En face d'un regard aussi superficiel, il ne faut pas s'étonner que les parents de Juliette et Laurence Fillion, les deux enfants victimes de la crise d'hystérie dont le grand malade aurait été en proie, soient insatisfaits.

« C'est décevant, très décevant comme travail. Nous avons déjà entrepris des démarches auprès des autorités provinciales et locales, nous demandons à ce que soit instituée une véritable enquête de coroner» a confié hier à La Tribune le père, Francis Fillion.

Il a abondamment été question de l'encadrement médical minimal offert à Pascal Morin par le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) du Granit à la suite du décès du médecin spécialiste qui traitait son cas en obtenant une relative collaboration du patient. L'engagement du malade aurait laissé à désirer par la suite.

«Le ministre de la Sécurité publique a déjà été avisé que le milieu, en appui à la famille, veut une enquête plus élaborée»

« Ça prend un éclairage public sur les mesures à prendre en cas d'un refus de traitement. Qui fait quoi ? Il ne faut pas juste déplorer, il faut identifier des procédures pour prévenir efficacement », insiste M. Fillion.

Les policiers sont équipés d'outils informatiques pour vérifier instantanément si les droits d'immatriculation d'un véhicule automobile ont été acquittés. Quel historique suit par ailleurs dans les registres policiers un individu qui, pour des raisons de santé mentale, est potentiellement dangereux ?

La Sûreté du Québec est intervenue plus d'une fois au domicile des parents de Pascal Morin. Il aurait notamment menacé son père, du temps où celui-ci était vivant, avec une arme blanche.

Puis, en 2007, en invoquant l'instabilité mentale de M. Morin, la SQ de la MRC du Granit a obtenu de la Cour une ordonnance lui interdisant de posséder des armes à feu. Indice de plus que son comportement parfois imprévisible alimentait des doutes.

Deux jours avant le triple meurtre de Saint-Romain, la police a de nouveau été appelée au domicile familial. Qui et pourquoi a-t-on alors jugé que Pascal Morin ne représentait pas une menace pour son entourage ?

« Sans pointer qui que ce soit du doigt, une réflexion a été entamée au comité de sécurité publique de la MRC, de concert avec le commandant du détachement local de la SQ. Nous voulons savoir si des choses auraient pu être faites différemment, en matière de protection autant qu'en matière de prévention. Par la police ou par les soins.

" Je connais personnellement le nouveau ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron. Nous avons siégé ensemble comme députés du Bloc Québécois à Ottawa. Je l'ai déjà avisé que le milieu, en appui à la famille Fillion-Morin, veut une enquête plus élaborée », confirme pour sa part le préfet de la MRC du Granit, Maurice Bernier.

Selon M. Bernier, Québec peut difficilement ignorer cette requête.

« Francis Fillion et son épouse Claudia, la soeur de Pascal Morin, ont beaucoup souffert. Malgré cela, ils ne sont pas animés par un esprit de vengeance. Mme Morin est infirmière au CSSS du Granit, elle a une très bonne connaissance du milieu. Nous sommes en mode d'introspection, notre démarche est l'expression d'une volonté d'exercer une plus grande vigilance dans le futur. Nous ne voulons plus revivre un pareil cauchemar ».

Le coroner Robert Giguère ne voyait peut-être pas la nécessité de pousser l'enquête plus à fond. Le message à ses patrons ne peut être plus clair et être exprimé plus sereinement, en dépit des blessures.

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