Trois femmes et leur démence

La médecin-omnipraticienne à la retraite Francine Audet signe... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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La médecin-omnipraticienne à la retraite Francine Audet signe un deuxième livre, Ces femmes-là, après avoir publié l'an dernier Soins prolongés - Le récit de Marie. L'histoire raconte le quotidien de trois femmes qui ont en commun la démence.

Spectre Média, Frédéric Côté

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(Sherbrooke) Ces femmes-là racontent l'histoire de trois dames âgées qui cohabitent dans un centre de soins prolongés et qui ont en commun la démence. Jeanne, une ancienne professeure d'histoire célibataire, qui est toujours d'une humeur exécrable. Françoise, une épouse fière, qui éprouve une grande détresse à la suite de son récent déménagement. Et Hélène, une veuve qui perd la boule dans le parfait bonheur et se lie d'amitié avec une peluche aux traits humains.

Ces femmes-là, c'est le deuxième livre que la médecin-omnipraticienne à la retraite Francine Audet signe après avoir publié l'an dernier Soins prolongés - Le récit de Marie.

« Ce livre est une chronique du quotidien de trois femmes. La première est très rébarbative. La deuxième, qui arrive de la maison familiale, est dans la confusion à cause du déracinement. Et la troisième est l'une de celle que la démence rend heureuse, car ça existe aussi », note celle qui connaît bien l'univers dont elle s'inspire puisqu'elle a évolué pendant 20 ans au sein de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke.

Dans ce livre, la question « Être, ou ne pas être? » est remplacée par « Mettre ou ne pas mettre sa prothèse dentaire? » On lit la répétition des gestes, la violence qui accompagne souvent la démence et les dialogues d'un quotidien gris marqué par le passage d'un visiteur. « Je m'en vais. Veux-tu me faire la bise avant de passer au petit coin? » « Pars pas, pars pas. »

Le livre ne ressemble en rien à un dépliant publicitaire qui souhaiterait convaincre la population vieillissante que la vie est rose dans un centre de longue durée. Il n'a pas non plus pour objectif de convaincre les jeunes générations de se choisir les yeux fermés un métier qui les mènerait entre les murs de ces institutions.

« Il n'y a personne qui finit sa vie volontairement dans un CHSLD; et y travailler, c'est une vocation. J'ai pourtant vécu une belle histoire d'amour avec ces patients qu'on apprend à apprivoiser, à aimer, à diriger et à protéger. Et ce qui te raccroche, c'est aussi le contact avec les familles. Apprendre qui étaient ces personnes avant d'être un patient aide à les respecter et les estimer », relate l'auteure qui aborde aussi la façon de traiter cette clientèle et l'influence de la famille dans le choix des traitements.

Testament biologique

« L'intention de traiter n'est pas toujours là rendu à ce stade. Parfois, on décide que, si quelque chose peut venir les chercher, on va les laisser aller. Ça dépend des familles et des vues exposées par le patient par le passé. Un de mes anciens patrons disait : la pneumonie est l'ami du vieillard, car elle lui permet de partir », se souvient la médecin retraitée qui souligne au passage l'importance de faire un testament biologique.

« Parfois les familles sont prêtes, parfois on doit traiter quatre ou cinq pneumonies avant de les laisser partir. Quand on ne veut pas que l'autre parte, c'est pour nous et non le malade qu'on traite. Il faut se demander pour qui on traite. Et prendre conscience qu'un traitement devient futile lorsqu'il n'améliore pas la condition du patient. »

La démence vient parfois avec l'inacceptation ou la honte de certains proches. Ceux qui évitent de lui faire face et deviennent des inconnus. « Mais je crois que ce qui est le plus difficile pour les proches, c'est l'agressivité. Les moments d'hygiène sont des atteintes à la pudeur qui sont difficiles à accepter pour ces patients. La violence et aussi l'incontinence sont probablement les deux principales raisons pour lesquelles les gens se retrouvent dans les CHSLD. »

Il y a des moments lourds, mais aussi de l'entraide dans les unités prothétiques. « C'est comme un petit village où les familles apprennent à se connaître et finissent par aider le petit monsieur qui est tout seul en même temps qu'elles aident leur conjoint. Et quand il y en a un qui part, tout le monde est triste sachant bien que le tour de leur proche s'en vient. »

Les deux bouquins de Francine Audet sont en vente à la Biblairie GGC ou à partir du site internet De Bouquinbec.

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