• La Tribune 
  • > L'accusation d'apostasie pourrait être une «porte de sortie» pour Raif Badawi 

L'accusation d'apostasie pourrait être une «porte de sortie» pour Raif Badawi

Accuser de nouveau Raif Badawi d'apostasie et ensuite l'amener à se repentir... (Archives La Tribune)

Agrandir

Archives La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(SHERBROOKE) Accuser de nouveau Raif Badawi d'apostasie et ensuite l'amener à se repentir pourrait être une «porte de sortie» pour l'Arabie saoudite, estime Mohamed Ourya, chargé de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

«Même s'il est accusé d'apostasie (NDLR : renoncer à sa religion), il peut, selon la procédure, ne pas être exécuté; c'est possible de lui demander de se repentir et il pourrait être gracié», avance M. Ourya, lorsqu'on lui demande comment interpréter le fait que Raif Badawi pourrait de nouveau être accusé d'apostasie. Sa conjointe, Ensaf Haidar, réfugiée à Sherbrooke, dit avoir eu cette information d'une source crédible en Arabie saoudite. Une première accusation d'apostasie a déjà été rejetée.

«Est-ce possible que tout soit juste pour montrer, sous la pression internationale, qu'on ne va pas céder aux pressions? C'est possible», croit le chercheur associé à l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

L'Arabie saoudite pourrait-elle chercher à se débarrasser de lui en l'accusant d'apostasie? «Oui, certainement, ça pourrait être le cas. Il n'y a pas un jour où on n'en parle pas.»

À ses yeux, deux scénarios peuvent se dessiner : Raif Badawi pourrait être accusé d'apostasie et «là c'est la peine de mort» ou encore l'apostasie ne sera pas retenue.

«Dans le premier cas, où il sera peut-être jugé, où il serait accusé d'apostasie, il sera demandé à Raif Badawi de se repentir. S'il admet qu'il est tombé dans l'erreur, selon les dispositions de la charia, il va se repentir. Ça a été fait plusieurs fois», illustre M. Ourya.

«Personnellement, je crois que c'est plus probable que Raif Badawi ne soit pas retenu comme apostat», commente M. Ourya, en rappelant que peu d'informations filtrent de ce pays. Si le chef d'accusation n'est pas retenu, le blogueur pourrait être libéré.

Le problème, explique M. Ourya, est qu'une fatwa (une sorte d'avis) a été émise par un chef religieux; celle-ci «dit clairement que Raif Badawi est un apostat». Le tribunal n'est pas tenu de prendre compte de cette fatwa, mais le juge pourrait cependant y être attentif. «C'est un religieux : il n'a pas le pouvoir d'ordonner la peine de mort», précise-t-il.

Là-bas, le pouvoir religieux est étanche aux pressions internationales. «Le pouvoir religieux n'est pas concerné par ce qui se passe à l'extérieur. Ça, c'est le cadet de leur souci.» Cependant, il est beaucoup plus difficile pour le pouvoir politique de ne prendre en considération ce qui se passe à l'extérieur du pays. D'ailleurs, selon M. Ourya, les reports des séances de flagellation depuis le 9 janvier dernier sont liés aux pressions internationales. Partout, des voix s'élèvent pour demander la libération du Saoudien. Ensaf Haidar a d'ailleurs reçu un coup de fil du ministre des Affaires étrangères de l'Autriche, Sebastien Kurz, qui lui a offert son appui. Sur Twitter, le ministre a fait valoir qu'il avait abordé cette question lors d'une rencontre du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme.

Raif Badawi est emprisonné depuis 2012 en Arabie saoudite pour les propos qu'il a tenus sur son blogue, où il a notamment remis en question certains fondements de la société saoudienne, dont la place faite aux femmes.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer