Mille mots en moins

«Cause de la mort, je mets quoi? « Connerie humaine » ou « caricature » C'est... (Photo AP)

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CAMILLE DAUPHINAIS PELLETIER
La Tribune

«Cause de la mort, je mets quoi? "Connerie humaine" ou "caricature"?» C'est ce que se demande le préposé de la morgue qui accueille les victimes de l'horrible attentat survenu hier chez Charlie Hebdo, dans un dessin posté sur Twitter par l'illustratrice bruxelloise TINE.

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Camille Dauphinais-Pelletier

Les caricaturistes, illustrateurs et bédéistes de ce monde ont été nombreux mercredi à sortir leurs crayons pour dénoncer les actes barbares survenus dans les bureaux de l'hebdomadaire satirique parisien, pour rendre hommage aux 12 victimes et surtout pour assurer au monde entier que non, la liberté d'expression ne se laissera pas atteindre si facilement.

Charlie Hebdo était reconnu pour son contenu irrévérencieux il s'agissait là de son essence.

C'était toutefois rarement ses chroniques ou ses articles qui passaient à l'histoire, mais bien son contenu illustré. On se rappelle particulièrement de la controverse entourant ces fameuses caricatures de Mahomet, mais un bref coup d'oeil dans les archives nous rappelle qu'à peu près tous les sujets ont été traités par les brillants dessinateurs de la place. La mort de Michael Jackson, les performances sexuelles de François Hollande, les scandales de pédophilie au sein de l'Église catholique; aucun sujet n'était trop délicat pour faire la Une avec une illustration qui dépassait allègrement le politically correct une fois sur deux. Sinon plus souvent.

En 2012, après que des poursuites soient intentées contre lui pour avoir publié les caricatures de Mahomet, Charlie Hebdo change le temps d'une édition spéciale son sous-titre « Journal irresponsable » pour « Journal responsable ».

L'illustration qui fait la Une? Une page bien blanche, bien vide.

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Parmi les dessins publiés mercredi, certains retenaient particulièrement l'attention.

Dans Le Nouvel Observateur, on retrouvait la devise française « Liberté, Égalité, Fraternité », gravée sur un mur, le premier mot criblé de balles.

Dans Slate, le mot « Charlie », barré d'un simple carré noir, emblème de la censure s'il en est un.

Dans le Canberra Times, un homme qui se tient debout à côté d'un cadavre, un fusil fumant à la main, qui se justifie en disant : « He drew first » (« C'est lui qui a dessiné en premier »).

Le dessinateur néerlandais Joep Bertrams a pour sa part dessiné un homme étêté, portant un chandail Charlie Hebdo, qui trouve quand même le moyen de tirer la langue à son assassin à travers son cou mutilé - un dessin réalisé seulement quelques heures après le drame, qui s'aventure à son tour sur la limite de la rectitude politique, délicate impertinence qu'auraient probablement appréciée les victimes.

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En décrivant ici ces images en mots, on ne leur accorde pas le quart de l'impact qu'elles auraient s'il avait été possible de les reproduire.

À partir d'aujourd'hui, en l'honneur de ces artisans morts à la table à dessin, ne regardons plus jamais l'illustré de haut, et ne laissons pas la peur altérer la force de cette forme d'expression.

Après tout, chaque fois qu'on retire une image, on gomme mille mots d'un seul coup. Il faut bien y penser.

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