Lutter malgré les embûches

Chantale Charron... (Imacom, Jessica Garneau)

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Chantale Charron

Imacom, Jessica Garneau

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Alain Goupil
La Tribune

(SHERBROOKE) Chantale Charron croit profondément au rôle fondamental que joue le milieu communautaire dans le bon fonctionnement d'une société. Son parcours professionnel en est d'ailleurs une preuve éloquente. Entre le fait d'avoir été la toute première travailleuse de rue à Sherbrooke et d'occuper aujourd'hui, 30 ans plus tard, le poste de directrice de la Maison Jeunes-Est, n'a rien changé à la mission qu'elle s'est donnée, soit celle d'aider les jeunes en difficulté à développer leur potentiel personnel.

À l'heure où le milieu communautaire craint les effets des mesures d'austérité que doit annoncer sous peu le gouvernement Couillard, Chantale Charron dit trouver un certain réconfort à chaque fois que le milieu communautaire reçoit une quelconque part de reconnaissance de la part du milieu qui l'entoure. Et, pour elle, le fait de se voir décerner le titre de Mérite estrien fait partie de ces gestes ayant une portée significative.

«C'est un honneur qui me touche beaucoup, dit-elle d'entrée de jeu lors de l'entrevue qui se déroule dans son bureau de la Maison Jeunes-Est, à l'angle des rues King Est et Papineau. Et c'est un honneur que je tiens à partager avec tous ceux et celles qui travaillent dans le communautaire et surtout avec mon équipe. Vous aurez beau avoir une direction très dynamique, si les gens de première ligne ne sont pas là, une organisation comme la nôtre ne fonctionnera pas. J'ai la chance d'avoir une équipe extraordinaire autour de moi et je tiens à le souligner. Nous sommes peu nombreux dans le communautaire par rapport aux besoins et c'est pour cette raison que je tiens absolument à partager ce titre-là avec eux.»

Située dans l'ancienne caserne no 4 du Service des incendies de Sherbrooke, la Maison Jeunes-Est a vu sa vocation évoluer depuis sa fondation, en 1984. De maison de jeunes offrant un milieu de vie à une clientèle de plus en plus diversifiée, s'est ajouté en 1997 un volet hébergement pour mineurs, accessible 24 heures par jour 7 jours sur 7.

Le fait d'accueillir en moyenne un millier de jeunes par année (environ 90 par mois) a aussi amené la Maison Jeunes-Est à développer une expertise considérable à l'égard des problématiques jeunesse (décrochage scolaire, travail, itinérance, etc.), expertise qu'elle a su partager et continue de partager avec ses partenaires du système public et du milieu communautaire.

Après 30 ans d'implication sociale et communautaire, Chantale Charron est consciente du fait qu'elle doit aussi penser à la relève. Mais elle sait aussi que la passion qui l'anime encore, trois décennies plus tard, est un atout lorsque vient le temps d'agir socialement.

«Je me suis toujours dit que le jour où je vais me lever et que ça va être lourd de venir travailler, c'est qu'il va être temps pour moi de quitter. Mais ce n'est pas le cas. Pourtant, on a vécu beaucoup d'embûches depuis 30 ans. Je pense à notre maison d'hébergement, fondée il y a 17 ans, et qui n'a toujours pas de reconnaissance financière. Je pense à tous ces dossiers où on arrivait à la fin des négociations, où tout était pratiquement ficelé, et où finalement tout tombait parce qu'il y avait un changement de gouvernement...

«J'essaie toujours de voir le côté positif des choses, mais parfois c'est difficile. Surtout actuellement, avec les mesures d'austérité qui s'annoncent, on est dans une atmosphère où il est difficile de trouver du positif, notamment avec les grosses fusions qui s'en viennent dans l'ensemble du réseau de la santé et des services sociaux. Les gens vont vouloir sauver leur poste et c'est normal. Dans tout ce qui s'en vient, où seront les services directs à la population? C'est ça ma préoccupation majeure actuellement.

«Mais malgré tout, j'ai la conviction que je peux encore être un agent de changement social. Je me dis que dans les grosses structures qui s'annoncent, il va encore y a avoir de la place pour les intervenants de proximité et de première ligne que nous sommes. J'ose croire que ceux et celles qui prennent les décisions y croient aussi. En tout cas, moi j'y crois et je vais porter ce message-là partout où je peux le faire», promet Chantale Charron.

Mère de deux enfants : Maxime (26 ans) et Myriam (20 ans);

> Première travailleuse de rue à Sherbrooke (1984);

> Récipiendaire de la médaille de l'Assemblée nationale pour l'ensemble de son oeuvre auprès de la jeunesse (2013);

> Récipiendaire du prix Bâtisseur de l'Estrie Secteur jeunesse (1994).

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