Pour les patients âgés, mais aussi pour ceux qui habitent tout simplement loin des grands hôpitaux, le chemin qui mène au médecin ou au spécialiste de la santé représente souvent une course à obstacles ardue, épuisante, infranchissable parfois.
Et si l'on soignait le patient chez lui, directement dans sa maison? Et si le patient drummondvillois ou méganticois recevait des soins très spécialisés à l'hôpital ou au centre local de services communautaires (CLSC) situé dans sa propre municipalité?
Voilà l'un des principaux objectifs que visent les initiatives de télémédecine et de téléassistance.
Grâce à trois projets mis en place en Estrie (dans les salles d'urgence, pour les soins de plaies et en réadaptation physique), la région est en voie de devenir la pionnière dans le domaine au Québec et même au-delà des frontières.
Fin des bris de service
Michel Tousignant, professeur à l'Université de Sherbrooke (UdeS) et chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement du Centre de santé et de services sociaux et de l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke (CSSS-IUGS), a amorcé des travaux en 2002. Son objectif était de trouver une façon d'offrir des services de réadaptation à des patients qui n'en avaient pas, ou peu, pour des raisons d'accessibilité.
Prenons l'exemple du patient à qui l'on installe une prothèse du genou. Pour récupérer de façon optimale, il doit idéalement faire 45 minutes de physiothérapie, deux fois par semaine, pendant huit semaines. Voilà qui est compliqué, voire impossible, pour la personne qui habite à une heure de route de l'hôpital ou pour la personne âgée pour qui chaque déplacement est un défi organisationnel.
«Dans des cas comme ça, les patients ne recevaient pas les traitements appropriés», explique Michel Tousignant.
La téléréadaptation devient alors une solution fort intéressante. Dans le cadre de ce projet pilote, il suffit qu'un membre du personnel du CSSS-IUGS se pointe une fois chez le patient afin d'y installer un ordinateur et une connexion internet tout inclus.
Ensuite, au moment du rendez-vous, le patient n'a qu'à enfiler ses espadrilles et à allumer l'ordinateur. Le physiothérapeute ou l'orthophoniste (les deux spécialités où l'on tente de la téléréadaptation au CSSS-IUGS pour le moment) fait le reste.
Et le système fonctionne, assurent les spécialistes. Par-dessus le marché, les patients adorent le concept, ajoutent l'orthophoniste Lambert Dechêne et le physiothérapeute Éric Bouchard, qui offrent tous les deux leurs services virtuels.
Guérir plus vite... chez soi
La téléassistance en soins de plaies développée au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) permet aussi aux patients de guérir plus vite sans faire la route jusqu'à l'arrondissement de Fleurimont.
Le projet amorcé en 2006 est unique au Canada, et probablement même au monde. D'ailleurs, un système basé sur le modèle sherbrookois est en train d'être déployé en France et des pourparlers sont actuellement en cours avec l'Inde, le Mali et la Colombie, entre autres!
Avant l'implantation du service, les infirmières spécialisées en soins de plaies du CHUS recevaient énormément d'appels d'infirmières qui travaillent ailleurs dans le réseau de la santé.
«Maintenant, avec le support visuel et l'échange verbal qu'offre la téléassistance en soins de plaies, c'est beaucoup plus facile de travailler», explique l'une de ces expertes, Hélène Bouchard, infirmière stomothérapeute qui travaille sur le projet depuis ses débuts.
Des urgences plus efficaces
Le projet d'utiliser la télésanté dans les urgences a vu le jour en 1998 grâce à la vision du Dr Marcel Martin, le père du projet. C'est toutefois en 2005 que le projet a pu prendre son envol de façon plus importante et concrète.
Le fonctionnement? C'est simple. Quand un patient polytraumatisé arrive dans un centre hospitalier qui n'a pas l'habitude de traiter ce genre de patients, un médecin expert du CHUS se joint à la salle d'urgence grâce à un système de caméras robotisées. À partir de ce moment-là, il peut intervenir et conseiller ses collègues.
«Comme la technologie dont nous avions besoin n'existait pas, il a d'abord fallu que nous la développions. C'est pour cette raison que nous nous sommes associés à la faculté de génie de l'UdeS », explique Renald Lemieux, directeur adjoint à la direction de la qualité, de la planification, de l'évaluation et de la performance du CHUS.
Au début de ce projet, l'incertitude se trouvait donc sur le plan technologique. « Il nous a fallu créer un système de caméras mobiles avec une interface accessible et conviviale pour l'utilisateur. Ce fut tout un défi», explique François Michaud, directeur de l'Institut interdisciplinaire d'innovation technologique de l'UdeS.
C'est très bientôt que le système se retrouvera enfin dans les hôpitaux. «Nous sommes rendus à la phase de déploiement, qui devrait être achevée au printemps. Il faut dire que l'organisation clinique est compliquée dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, surtout chez les médecins intensivistes et les urgentologues», concède Renald Lemieux.
L'arrivée de cette nouvelle tâche est heureusement bien vue par les médecins experts du CHUS, qui en ont déjà plein les bras, assure le père du projet.
«En contribuant à augmenter la performance des équipes en région, nous diminuons l'achalandage dans les urgences des grands centres. Nous sommes donc tout à fait gagnants dans le processus», se réjouit le Dr Marcel Martin.
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