En effet, BRP planche sur un véhicule d'exploration conçu avec le Centre des technologies avancées (CTA) BRP-Université de Sherbrooke (UdeS). Pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, l'entreprise NGC Aérospatiale développe une intelligence artificielle qui pourrait un jour guider un véhicule sur la Lune.
Le corps...
Le CTA annonçait en grande pompe le printemps dernier que BRP avait reçu des contrats de 5,6 millions de dollars de l'entreprise MacDonald Dettwiler and Associated (MDA). Cette dernière a obtenu des contrats de l'Agence spatiale canadienne (ASC) pour la conception, la construction et les tests des véhicules spatiaux.
Le CTA et BRP travaillent donc actuellement à la conception de châssis et de systèmes de locomotion d'une astromobile (rover) légère d'exploration lunaire et d'une astromobile scientifique et d'exploration de Mars.
L'astromobile martienne, de la taille d'un VTT, sera propulsée à l'électricité et sera équipée de panneaux solaires pour recharger ses batteries. Elle sera munie d'instruments de mesure ainsi que de bras pour prendre des échantillons au sol. Ces équipements seront toutefois fournis par d'autres partenaires, la tâche de BRP étant de concevoir et de fabriquer le véhicule, soit le transporteur.
Les chercheurs font face à de nombreux défis techniques, dont la gravité, qui est six fois moindre sur la Lune, ainsi que les écarts de température. Sur le corps céleste, le thermomètre peut atteindre -150 degrés Celsius la nuit et entre 200 et 250 degrés le jour.
«Le même véhicule, selon son orientation, peut geler ou brûler. Le matériau doit pouvoir résister au stress thermique», indique Mihai Rasidescu, vice-président du groupe de véhicules spécialisés chez BRP, également président du conseil d'administration du CTA.
...et l'intelligence
En parallèle aux contrats attribués à MDA, qui compte BRP comme sous-traitante, l'Agence spatiale canadienne a aussi émis un contrat à Neptec, pour qui NGC Aérospatiale agit à titre d'entreprise sous-traitante.
Grâce à ce contrat, NGC travaille à transposer ses technologies de navigation autonome sur les astromobiles. Avec un autre partenaire, Neptec travaille également à développer un véhicule d'exploration lunaire.
L'astromobile présente de grandes qualités, mais ses caractéristiques amènent les chercheurs de NGC à se creuser les méninges.
«La beauté d'un rover, c'est que, quand on ne sait pas où il s'en va, il est possible de l'arrêter et de regarder où il se trouve grâce à son système de navigation de style GPS. Quand un satellite atterrit sur la Lune et qu'il descend à 120 km/h, c'est impossible de l'arrêter pour se demander : "Est-ce qu'il s'en va au bon endroit?" Nous avons quelques secondes pour prendre des décisions...» fait comprendre le président de NGC Aérospatiale, Jean de Lafontaine, en comparant l'astromobile à un atterrisseur.
«À la hauteur où il est, le rover voit seulement son environnement immédiat. Quand nous voulons faire une mission d'exploration, ce n'est pas long qu'il ne voit plus l'atterrisseur, sa base. Il faut une navigation assez précise pour qu'il revienne.»
Les véhicules doivent être capables de se reconnaître sur la Lune alors que s'y perdre est très facile, explique Jean de Lafontaine.
«J'ai eu la chance de parler avec certains Russes qui contrôlaient les premiers véhicules envoyés sur la Lune, dans les années 1970. Il paraît que c'était tout un stress! On se retrouve sans repère, sans maison, sans indication de rue, en ne voyant que des dunes...»
Et le défi est important.
«Selon l'une des exigences de ce projet, il faut connaître la distance à un pour cent près. Donc, si vous faites un kilomètre de distance, il faut que vous sachiez votre position à dix mètres près. Cette exigence n'est pas facile à satisfaire.»
Un défi pour l'humanité
Si on demande à Mihai Rasidescu quand BRP ira sur la Lune, l'ingénieur admet que c'est difficile à prédire.
«L'humanité (ce n'est pas seulement un pays qui peut se le permettre) n'a pas de programme ni d'échéancier clairs pour aller sur la Lune. Mais pour tout le monde dans le domaine de l'exploration spatiale, c'est évident qu'il s'agit seulement d'une question de temps.
«La Lune deviendra une plateforme pour lancer des missions dans le système solaire, et, plus tard, dans les autres systèmes. En ce moment, l'Agence spatiale canadienne positionne le Canada comme un joueur important dans cette nouvelle époque d'exploration.
«C'est un peu comme Christophe Colomb... C'était juste une question de temps avant que l'Amérique ne soit découverte. La question n'était pas de savoir s'ils allaient la découvrir ou non, mais quand. C'est la même chose maintenant. Nous avons agrandi un peu la zone d'exploration», affirme en souriant Mihai Rasidescu.
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