Le réseau internet recèle une quantité presque infinie d'informations. Bien qu'elles soient souvent sans intérêt pour les forces de l'ordre, ces informations favorisent parfois le dépôt d'accusations dans des affaires de fraude, de pédophilie ou autres. Seulement, il faut pouvoir dénicher ces perles au milieu d'une mer de documents numériques.
«Dans bien des cas, c'est comme chercher une aiguille non pas dans une botte de foin, mais carrément dans l'océan», illustre le professeur Djemel Ziou, titulaire de la chaire CRSNG-Bell Canada en imagerie numérique personnelle à l'Université de Sherbrooke (UdeS).
Se rangeant du côté des agents de la paix, M. Ziou a monté avec Nizar Bouguila, un collègue de l'Université Concordia, un ambitieux projet de cybersurveillance. Les deux experts croient être en mesure de fournir aux policiers un outil informatique performant pour traquer les criminels sur la toile au cours des toutes prochaines années.
Le projet en question est financé par le Conseil de recherche et sciences naturelles et en génie du Canada, qui a consenti 450 000 $ pour sa concrétisation. La Sûreté du Québec et l'entreprise e-Profile sont partenaires du duo de chercheurs.
L'intuition du policier
Des outils informatiques facilitant la recherche sur l'internet, il en existe déjà (pensons aux moteurs de recherche comme Google), mais ils possèdent des capacités limitées jusqu'à présent.
«Notre projet est à la fine pointe de la technologie. L'outil que nous souhaitons obtenir ressemble à un moteur de recherche, mais avec des fonctionnalités qui n'ont pas été développées encore. Une des particularités, c'est que les recherches pourront se faire simultanément sur différents supports (photos, textes, son, vidéos) et en plusieurs langues», note M. Ziou.
La technologie à laquelle rêve le professeur permettrait non seulement de sélectionner des informations pertinentes et crédibles accessibles par l'internet, mais cet outil établirait des liens entre les données et tenterait par surcroît certaines prévisions.
Djemel Ziou ne fait cependant pas de cachette: l'enquêteur de police continuera à jouer un rôle central même s'il emploie la technologie en développement. «Pour que cela marche bien, il faudra aussi l'expérience et l'intuition de l'enquêteur. C'est facile pour un logiciel de passer à côté d'une info cruciale», explique-t-il.
Un des avantages pour les corps policiers sera la réduction du coût des enquêtes. «Les ressources financières des services de police ne sont pas infinies. C'est intéressant quand moins de personnel est requis.»
Si l'application des travaux lancés par les deux chercheurs paraît évidente dans le cas des corps policiers, on prévoit également que la future technologie aura son utilité dans d'autres secteurs d'activité, comme les assurances ou la recherche.
«C'est un projet qui est riche en développement des connaissances, notamment en ce qui concerne l'intelligence artificielle et les mathématiques. J'estime que ses retombées seront importantes», confie avec enthousiasme Djemel Ziou.